TENDANCES DES ARTS PLASTIQUES
raît tout à coup, il obéit au cours de la pensée et du besoin ; ce n’est point une mode qui apparaît et qui fuit, bien au contraire, il laisse une trace durable. Or si l’impressionnisme, dans le siècle dernier, a semblé surgir d’un seul élan, il a cependant traversé des états successifs pour écarter les écharpes opaques de tons conventionnels qui nous dérobaient les tuniques des heures. Turner, Corot, Manet, Monet, Cézanne, si quelques-uns d’entre eux se connurent, s’espacent sur un siècle, gradation, garantie du succès. Avec eux la puissance de la couleur est-elle à l’apogée d’une suprématie incontestable, est-il permis de le dire? Pourquoi taxer de déraison les exaspérations de ton les plus audacieuses quand elles ont pour point de départ un raisonnement et une sincérité de Paccord dans la forme ? Quelles surprises nous réserve demain, où la découverte de nouveaux moyens fera peut-être, par la comparaison, pâlir les couleurs actuelles ? Quoiqu’il arrive, même si l’avenir nous montre que l’impressionnisme qui a, comme toute grande découverte, son
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époque de faveur ait dit toutes ses vérités, il ne s’ensuit pas qu’il doive disparaître. Son influence, comme celle d’un avancement certain, demeure acquise, elle vient au secours de l’exécution qui par trop préoccupée d’elle-même et de sa correction dériverait vers une décadence, elle a épuré la vision, étape de progrès autres sans doute auxquels elle aura concouru.
Avant tout d’ailleurs, et régissant toute question technique, le principe qui, à l’image du monde, dirige les ouvrages des hommes est l’harmonie qui^ majeure ou mineure, retient et pare les édifices de leurs combinaisons.
En Whistler, elle existe à un point admirable. Il fut un peu convenu, ces mois derniers, de se déclarer déçu par l’exposition rétrospective de son œuvre. Vanité ! Dans le plus beau portrait, comme dans la moindre marine du peintre, se révèle un tact des rapports qu’il est difficile, sinon impossible, de surpasser. Peuton exiger mieux que le maximum d’une telle qualité, ici certes point seule, devant notre impuissance à les cumuler toutes !
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Pour dire ce qu’il juge devoir dire, chacun a ses moyens. Gauguin est, lui aussi, un poète, et puisque son nom se trouve suivre celui de Whisller, loin de les dissocier, comparons. Chez le peintre américain, délices des gris et des roses argentés sur le recueillement des fonds ; chez le peintre de Tahiti, saumons truités et bleus, orangés et lilas puissants, mais dont la violence donne la sensation d’une rare tapisserie orientale, aboutissant elle aussi aune symphonie, célébration d’une légende primitive. Fait encore, de Cézanne, concert savant, ingénument, de plans entiers, franchement accusés, d’une saveur qui ne décevra jamais.
Investigation de l’œil, souci de la pensée réunis tous deux à des degrés différents ; c'est là, avons-nous écrit, la caractéristique des maîtres de nos jours. Fantin-Latour, d’aspect précieux, plus traditionnel que les précédents, fut un peintre pensif du réel. Ses portraits serrés et compris dans un milieu paisible à leur fidèle image, sont d’une connaissance profondément humaine que ne démentent point ses
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allégories séduisantes. C'est ainsi que ces convictions, opposées pour les superficiels, restent ensemble soutiens et aiguillons pour la tradition qu'elles conservent et rénovent, que ces originalités en apparence séparées : Whistler, Gauguin, Pantin, Cézanne, ont ennobli de leur splendeur et de leur pénétration la fin du XIX® siècle.
Toutes expressions qui signifient sont belles. Surtout pas de formule ! A chacun ses qualités personnelles, selon ses aptitudes sous les rapports de l'accord et de la forme, sans lesquels, il ne peut y avoir œuvre d’art. Évidemment, nul n'inventera de magie supérieure aux fêtes naturelles, dont la variété, la puissance et la majesté ne sauraient être surpassées par la créature. Mais, reproduire uniquement leurs jeux prismatiques, ou bien se servir du clavier qu’elles nous offrent pour l’adapter à nos instincts de réfection, cela est de toute façon tendre à bien. Les deux voies ne sont pas opposées mais connexes. Les apparences des choses n’ont de réalité que celle que notre esprit leur prête