‹ Impressions de nature et d'artChapitre 14 sur 55 · LE TREMBLE · texte numérisé non relu

LE TREMBLE

Je connais des rameaux dont le pâle feuillage Par un souffle du vent toujours tremble, agité; En vain le temps est calme, en vain sans un nuage L'azur rayonne au fond du fleuve reflété.

11 tremble quand l'aurore au ciel bleu se réveille, Il tremble quand midi sourit dans un rayon. Il tremble quand la nuit s'étend et que sommeille Parmi les épis d'or l'humble fleur du sillon.

Et l'on croirait toujours voir les branches couvertes De légers papillons un instant arrêtés.

Pliant et dépliant leurs ailes entr'ouvertes Avant de s'envoler par la brise emportés.

Et je connais des cœurs qu'une vague tristesse Agite frissonnants sous un souffle orageux, Même en ces jours bénis d'espoir et de jeunesse, Oi^i l'horizon s'étend limpide et lumineux.

Leur bouche connaît mieux le rire que la plainte, Leur front pur s'est penché pour prier seulement, Et s'ils s'en vont tremblants, ce n'est jamais de crainte, La vie est loin encor, — c'est de pressentiment.

Lorsque, dans une course à travers Paris, je dois faire une rencontre, si indifférente qu'elle soit, il semble que le hasard y prépare d'avance mon esprit et mes yeux. Ce sont des visages ressemblants qui se lèvent de la foule, subitement écartée, comme des esquisses avant l'image véritable; on dirait autant de gradations vivantes et comme des appels à mon attention surexcitée.

Les fenêtres fermées ressemblent à des yeux d'aveugle. Les vitres luisent, le bleu du ciel s'y pose en surface et elles regardent sans voir ; elles se contentent du reflet, puisqu'il leur manque la vision.

Je ne sais pourquoi un jet d'eau fraîche arrosant des fleurs éclatantes me donne toujours une impression de luxe, comme si c'était cela la richesse, quelque chose qui brille, qui désaltère et se renouvelle à sa source môme.

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