DEUXIÈME SYSTÈME
Celui-ci est de Sainte-Foix, et, s’il n'a pas le mérite de la vraisemblance, il a au moins celui de l'originalité. Sainte- Foix, comme on le sait, était un homme de beaucoup d'imagination, qui n’aimait pas les bavaroises, et qui trouvait mauvais que les autres les aimassent. Il en résultait qu’il déjeunait ordinairement avec des côtelettes et du vin de Champagne, et qu'il avait le tort d'écrire l'histoire après avoir déjeuné.
Un jour Sainte-Foix lut dans l'histoire de Hume, que le duc de Montmouth n’avait point été exécuté comme on l’avait dit, mais qu'un de ses partisans qui lui ressemblait fort, ce qui cependant n'était pas facile à rencontrer, avait consenti à mourir à sa place, tandis que le fils naturel-de Charles IE, chez lequel on avait respecté le sang royal, tout illégitime qu'il fût, avait été transféré secrètement en France pour y subir une prison perpétuelle.
A ce passage, Sainte-Foix, toujours en quête du rymanesque, ouvrit de grands yeux et découvrit un vetif, volume anonyme et apocryphe intitulé: Amours de Chartes II et de Jacques Il, rois d'Angleterre. Dans ce petit volume il était dit: « La nuit d'après la prétendue exécution du duc de Montmoutbh, le roi, accompagné de trois hommes, vint luimême le tirer de la tour. On lui couvrit la tête d’une espèce
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UNE ANNÉE A FLORENCE. ms al 61
de capuchon, et le roi et les trois hommes entrèrent avec lui dans le carrosse. »
Un autre témoignage, bien plus important que celui du colonel Helton, dans la bouche duquel l’auteur du petit volume met ce récit, était encore invoqué par Sainte-Foix. Ce témoignage était celui du père Saunders, confesseur de Jacques II. En effet, le père Tournemine étant allé, avec le père Saunders, rendre visite à la duchesse cp Montmouth, après la mort de cet ex-roi, il échappa à la duchesse de dire: « Quant à moi, je ne pardonnerai jamais au roi Jacques d'avoir laissé exécuter le duc de Montmoutb, au mépris du serment qu'il avait fait sur l'hostie, près du lit de mort de Charles If, qui lui avait recommandé de ne jamais ôter la vie à son frère naturel, même en cas de révolte. » Mais à ces mots, le père Saunders interrompit la duchesse en lui disant : « Madame la duchesse, le roi Jacques a tenu son serment. »
Selon Sainte-Foix, l'homme au masque de fer ne serait donc autre que le duc de Montmouth, sauvé de l'échafaud par Jacques IF, à qui Louis XIV aurait prêté presqu'en méme temps les îles Sainte-Marguerite pour son frère, et Saint- Germain pour lui.