‹ Impressions de voyage (volume 2)Chapitre 15 sur 43 · QUATRIÈME SYSTÈME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SYSTÈME

Ce quatrième système, qui n'était pas loin non plus d'é. tre celui de Voltaire, avait été répandu avec un prodigieux succès par l’auteur anonyme des Mémoires pour servir à l'histoire de Perse. Conme l'Histoire amoureuse des Gaules, les Mémoires pour servir à l'histoire de Perse racontent des anecdotes de la cour de France. Le roi y est appelé Cha-Abbas, le dauphin Sephi-Mirza, le comte de Vermandois Giafer, et le duc d'Orléans Ali-Homajou. Quant à la Bastille, elle était désignée sous le nom de la forteresse d'Ispahan, et les îles Sainte-Marguerite sous le nom de a cit. delle d'Ormus.

Voici maintenant l’anecdote réduite à ses vrais BOMS :

Louis de Bourbon, comte de Vermandois, était, comme on le sait, fils naturel de Louis XAV et de mademoiselle de Lavallière. Comme à tous ses bâtards, Louis XIV lui portait une grande amitié, si bien que celle amitié ayant changé l'orgueil qui était propre au jeune prince en insolence, il s’oublia, dans une discussion avec le dauphin, jusqu'à lui donner un soufllet. C'était là un de ces outrages à la majesté royale que Louis XEV ne pouvait pardonner, même à

un de ses bâtards. Aussi, toujours selon les Mémoires pour servir à l'histoire de Perse, Giafer, ou le comte de Vermandois, fut-il envoyé en Flandres, où pour lors on faisait la guerre. Or, à peine fut-il au camp, où il arriva si bien prêché par sa mère, qu'on croyait, dit mademoiselle de Montpensier, qu’ilse fût fait un honnête homme, que le 42 du mois de novembre au soir il se trouva mal, et mourut le 19. Ce malheur, dit mademoiselle de Montpensier, arriva à la suite d’une orgie où il avait trop bu d'eau-de-vie. Les autres Mé moires parlèrent de fièvre maligne ou de peste. Mais l'auteur du 4° système prétendit que ces bruits n'avaient été répandus que pour éloigner les curieux de la tente du jeune prince, qui était, non pas mort, mais seulement endormi à l'aide d’un narcotique, et qui ne se réveilla qu’un masque de fer sur le visage.

Selon le même auteur, Ali-Homajou, c’est-à-dire Philippe If, régent de France, était allé faire une visite au comte de Vermandois, à la Bastille, vers le commencement de 1725 ; il était résulté de cette visite la résolution de rendre la liberté au prisonnier, lorsque la même année, le régent mourut d’une apoplexie foudroyante. Il en résulta que le pauvre Giafer resta dans la forteresse d'Ispahan, dont ce n'était guère d’ailleurs la peine de sortir, attendu qu’à cette époque il devait avoir à peu près soixante-cinq ans.

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