L’ÉGLISE DU SACRÉ CŒUR SUR LA BUTTE MONTMARTRE
A peine appelé au siège de Paris, Monseigneur Guibert conçut l’idée d’élever une basilique au sommet de la butte Montmartre. Vainement, M. Thiers essayat-il de lui faire préférer l’emplacement du Trocadéro à celui de la vieille montagne ; non seulement il lui offrait le terrain, mais il faisait les frais de la voie d’accès, il lui allouait en même temps un secours de deux millions. Le cardinal fut inflexible. Arrosé du sang de saint Denis et de ses compagnons, Montmartre a été le berceau du Christianisme à Paris. C’est pour cela que le cardinal voulut y planter la croix, et non pour attester la domination des Jésuites comme affecte de le dire un groupe de républicains.
La direction des travaux fut confiée à M. Abbadie. Grâce aux plus touchants élans de joie, des souscriptions affluèrent de la France entière; pendant quinze ans, les dons s’accumulèrent, souvent par sommes infinitésimales, et ont formé des millions. M. Abbadie n’a pas goûté la joie de Yexegi monumeiitum. L’éminent architecte était un colosse bâti comme son église ;
il fut foudroyé par l’apoplexie eu pleine vigueur intellectuelle et physique.
La continuation des travaux a été confiée à de très habiles mains.
La basilique est construite dans le style roman le plus pur ; à cette hauteur les délicates merveilles de l’art ogival n’auraient pas été à leur place. La basilique est le triomphe du plein cintre et rappelle les premiers temps de la chrétienté, pleins de force dans leur majestueuse solidité.
Quelle grande œuvre! On est véritablement frappé d’admiration à la vue des travaux accomplis, en présence de ces piliers énormes, de ces murailles cyclopéennes et en même temps des harmonieuses proportions de l’édifice. La basilique sera plus vaste que Notre-Dame de Paris, elle aura cent seize mètres de long sur cinquante-deux de largeur. Le Paris moderne aura son temple, comme le Paris du moyen-âge a le sien dans la vieille et superbe cathédrale de la cité, mais plusieurs années encore s’écouleront avant son achèvement. La basilique de Montmartre restera une des merveilles de Paris et, après Saint-Pierre-de-Rome, le temple le plus magnifique de la chrétienté. Elle sera toujours respectée comme une [manifestation de la liberté de conscience. Pourquoi la détruirait-on? Les monuments religieux donnent satisfaction à la piété de ceux qui croient et ne blessent en rien les sentiments de ceux qui ne croient pas.
Au pied du maître-autel le cardinal avait marqué sa place : là dort du sommeil éternel le saint prélat fondateur de l’immense basilique.