‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 42 sur 63 · LE SOUVENIR DE MA MERE · texte numérisé non relu

LE SOUVENIR DE MA MERE

30 décembre. —Cette époque de l’année me rappelle un bien triste souvenir.

C’est le 27 décembre 1889 que ma mère a quitté la terre pour un monde meilleur Deux ans se sont écoulés depuis, et la plaie faite au cœur est encore aussi profonde qu’au premier jour. La pensée de ma mère me suit partout. Je vis en sa compagnie ; et, comme de son vivant, j'aime à lui conter mes joies et mes peines. Oui, elle me voitencore ; elle m’en-

Il 170 Impressions de voyage D ————— ù | | tend ; elle connaît ies détails de ma vie. | Elle prenait tant d'intérêt à tout ce qui l me concernait ; il est impossible qu'ilen Lil puisse être autrement aujourd'hui. La : | tombe ne doit pas épuiser ce fonds de il dévouement, de désinteressement et d’iil népuisable tendresse du cœur de la mère,

fl de ce cœur qui se prodigue sans cesse, et Al se conserve tout entier pour se prodiguer | LL encore. Les manques de correspondance, les mauvais traitements, les ingratitudes Ep n’y peuvent rien ; la mère se rend maître I] | des cœurs les plus rebelles à force de se f donner elle-même. Elle aime, rest sa | vie ; si vous voulez qu'elle cesse de se dé- QI penser pour l’objet de son amour, enle- IN vez-lui plutôt le cœur, car il ne peut 1RIR battre sans développer le dévouement et 118 le sacrifice, ‘Tant qu’un souffle de vie pi | soulêve sa poitrine, il est pour sa famille: | là se concentre son généreux égoïsme,

Le souvenir de ma mère 171

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Aussi comment exprimer l’état où vous laisse la mort d’une mère ? Comment décrire le vide qu’elle creuse en nous, autour de nous, partout : tant notre mère occupait de place dans notre existence La vie n’est plus la même ; car une partie de nous-mêmes a suivi notre mère, et nous ne tenons plus à la vie que par l’autre partie. Plus de joie entière, plus de bonheur sans mélange ; plus de douceur sans amertune. Il y a des épanchements intimes de l'âme que nous ne goûterons plus. Tl en coûte moins, après cela, de mourir, puisque c’est l'unique moyen qui

nous reste de nous réunir à notre mère.

Après la mort de nos parents, on comprend que Dieu ne nous a pas créés seulement pour vivre quelques années sur la terre au milieu de bien des épreuves, et mourir ensuite tout entiers; non, ce n’est pas en vain que Dieu à placé au plus intime de notre être des aspirations plus

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