‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 63 sur 63 · SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE · texte numérisé non relu

SAINT BENOIT-JOSEPH LABRE

4 février.—Non loin du Colisée, est une maison à jamais célèbre, parce qu’un pauvre mendiant y rendit le dernier soupir.

C’est le 16 avril 1783, un Mercredi Saint, que le boucher Zaccarelli emme-

nait dans sa modeste demeure, en le soutenant, un homme du peuple qu’on venait de trouver sans connaissance sur les degrés de l’église de $Saïnte-Mariedes-Monts, et qui mourut le même jour, On se disposait à lui donner la sépulture des pauvres ; mais Dieu ne voulut pas tarder davante ge à glorifier son serviteur.

Voilà que la foule, comme mue par un instinct supérieur, accourt auprès de sa dépouille mortelle, et le cadavre à peine refroidi commence à opérer des miracles.

Que les voies de Dieu sont admirables !

Hier envors, le pauvre d’Amettes était le jouet et la risée des enfants et de la populace ; aujourd'hui il est l’objet de la vénération de toute une ville ; il allait pieds nus, couvert de haïllons, de vermine et de plaies, se nourrissant des aumônes qu’on lui offrait ou des débris ramassés sur les places publiques, aujourd’hui son corps est porté en triomphe à

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travers les rues de Rome et on lui fait des obsèques solennelles.

Ce fut une existence bien extraordinaire que celle de saint Benoit-Joseph- Labre. Elle se passa à faire des pêlerinages de Rome à Lorette, de Lorette à Assise, au mont Cassin, à Einsielden en Suisse, et jusqu’en Espagne à Saint- Jacques de Compostelle. Il revenait toujours à Rome et finit par s’y fixer. Il se tenait dans les ruines du Colisée où il parcourait les stations du chemin de la croix. Il reposait quelques heures sur la terre ; tout le reste de ses jours et de ses nuits était consacré à la prière. Il affectionnait surtout l’église de Sainte-Mariedes-Monts, qui s'élève tout auprès du Colisée et l’image miraculeuse qu’elle possède. Cette Madone appartenait à des Clarisses qui s’établirent ici même da vivant de leur bienheureux fondateur.

Le couvent fut changé en un grenier à foin, mais l'image se conserva ; et an X VIe siècle Dieu la rendit célèbre. Les pèlerins accoururent pour la vénérer, et leurs aumôûnes permirent de bâtir une église et de doter le clergé chargé de la desserte.

C’est a ses pieds que Benoiïit-Joseph aimait à venir prier, et c’est en la quittant, après une longue oraison, qu'il alla tomber sans connaissance sur la porte du sanctuaire, exténué par une vie toute de privations, de veilles et de mortifications de toutes sortes.

Voilà une vie qu'il est plus facile d'admirer que d'imiter. Cependant ik était nécessaire de la mettre en évidence dans notre siècle avide de jouissances matérielles, où les hommes redoutent tout ce qui sent la contrainte ou la fatigue. C’est au milieu de cette effervescence malsaine des passions que le grand

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pape Léon XIIT, qui traite d’égal à égal avec les rois de la terre et leur est supérieur, dont legénie éclaire de ses vifs reflets les problèmes les plus difficiles de notre époque tourmentée, des hauteurs de ses sublimes enseignements se pencha vers le pauvre d’ Amettes, couronna son front de l’auréole de la sainteté, et le proposa pour modèle et protecteur à tout l'univers.

Quand se sont vérifiées plus à la lettre ces paroles du psalmiste : de stercore erigens pauperem, 1 a tiréle pauvre de dessus le fumier ? Qui a été plus abject que le mendiant Benoit-Joseph-Labre couvert de haïllons, de vermine et de plaies, allant pieds nus, se nourrissant des aumônes qu’on lui offrait, ou des débris ramassés sur les places publiques, et devenu à la fin de sa vie le jouet. et la risée des enfants et de la populace? Les autres saints ont eu sur la terre des com-

pensations que la Providence leur a snéragées, un Thabor ; lui seul vit pendant toute son existence le mépris s'attacher à ses pas comme son ombre. Et cependant aujourd’hui, bien plus honoré que les per.

sonnages célèbres de son temps qui n’auraient pas cru pouvoir sans déshonneur Jui toucher la main, il les domine de toute la hauteur de l’autel où ses vertus

l'ont placé.

Ces pensées remplissaient mon esprit pendant que je disais la messe composée en l'honneur de saint Labre, dans la maison uu boucher Zaccarelli conservée dans le même état qu’à la mort du saint.

Dans l’épître de cette messe saint Paul nous avertit de ne pas nous attacher à des biens périssables de peur de nous y

laisser prendre.

Saint Mathieu, dans

l’évangile, fait ertendre la grave parole qui convertit l’apôtre des Indes : ‘‘ que sert à l’homme de gagner l'univers s’il

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vient à perdre son 4äme!””? Toutes ces paroles, qui parlent de renoncement, impressionnent bien davantage, lorsqu'on les médite dans le lieu même où tout rappelle le souvenir de l’un des hommes les plus mortifiés qui ait jamais paru sur la terre.

Devant moi est le portrait du saint ; un chapelet enroulée autour du bras retombe sur ses habits de pèlerin ; sa figure angélique rappelle celle de saint Louis de Gonzague. A quelques pas de l’autel, dans l’argle à droite, une statue en marbre le représente sur son lit de mort, à l'endroit où il rendit l’âme, et, au-dessus de sa tête, un tableau nous montre Marie jui l’attend avec une couronne.

De chaque côté de l’autel sont des objets qui ont appartenu à l’homme de Dieu,et, en particulier, les derniers habits, tout en iambeaux, qu’il porta. On remarque ie sac dans lequel il mettait des

pierres pour alourdir sa marche, son cilice, des débris d’écorces d’oranges amères qu il mangeait pour mortifier son goût.

Le tombeau de l’autel est rempli par le coussin, le matelas, le drap et la planche du lit sur lequel il expira.

Bien d’autres reliques précieuses sont l’objet de la vénération des fidèles.

Le recueïllement le plus absolu rêgne autour de moi. J'aurais pu me croire dans la profondeur des Catacombes, tandis qu’en réalité je me trouvais au milieu de la ville au premier étage d’une maison de la voie dei Serpenti.

Ce sont des prêtres français de la so.

ciété des Pères de Lourdes qui ont la propriété de la maison du boucher Zaccarelli, et qui desservent le sanctuaire.

J’avais déjà présumé que j'étais au milieu de Français à un indice bien léger ; pour la première fois depuis mon arrivée en Italie, je trouvais, comme au Canada,

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un manipule qu’on attache au bras au moyen d’une épingle, et, au lieu d’une mince toile, c'est un carton solide qui sert de pale.

Le Père desservant m’invita à prendre le déjeuner avec lui. J’acceptai avec plaisir ; il fait toujours bon en pays étranger de se rencontrer avec des confrères parlant la langue maternelle.

Les Pères de l’ Assomption, qui organisent les grands pèlerinages nationaux de France aux Lieux Saints, ont pris pour patron de leur œuvre saint Benoit- Joseph-Labre. Moi aussi, je voulus mettre mon voyage à Jérusalem sous la protection du pêlerin-mendiant, et voilà pourquoi j'ai dit la messe hier sur son.

tombeau à Sainte-Marie-des-Monts, et, ce matin, dans la Chambre même où il mourut,

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