‹ Impressions de voyage vaudeville en deux actesChapitre 12 sur 56 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

DESCHAMPS, GAMBILLARD, vêtu d'un paletot tf été de couleur noisette, cravate de couleur, col rabattu, pantalon de coutil rayé, bottes chapeau de forme très-basse; il porte sur le dos un tabouret pliant , un carnier en filet , un parapluie et un bâton ferré; JULES; OLYMPE, qui a descendu la scène avec tout le monde, à rentrée de Gambillard, s’ est assise sur le banc de roche à droite, sans être vue de lui. (Le parapluie doit pouvoir se visser sur le bâton ferré.)

gaubillard , fort animé.

Eh bien , vous êtes gentils! Comment! je m’arrête un instant pour respirer la brise des Alpes; je tombe . une minute tout au plus... daus une profonde rêverie, et quand je renais A la société, vous étiez tous partis!... je me trouve seul... en Italie!...

DESCBAUPS

Il fallait continuer tout droit.

GAUBILLARD.

Tout droit? il y avait quatre chemins ; une parodie du carrefour Bussy! Voulant vous rejoindre • j’aperçois un sapin ; j’y monte.

descbaups, étonné.

Un sapin?

caubillaed , impatienté.

Un arbre, un sapin, quoi? du haut duquel j’espérais vous apercevoir.

descbaups, comprenant.

Ah! bon!

GAUBILLARD.

Une fois dans le sapin , j’entends un coucou.

descbaups, étonné , de nouveau.

Un coucou? c’est donc une nouvelle entreprise?

gaubillard, plus impatienté.

Un oiseau , un coucou , quoi ! un ( Imitant le chant du coucou) coucou part aux touristes.) Est-il béte, cet homme là! Haut.) Je me trouve nez à nez avec lui ; il a peur... ça m’effraie, et je me dépêche de descendre ; justement , un de vos mulets se trouvait au bas de l’arbre et broutait quelques herbes piémontaiscs. Je me dis: Toi , lu vas me servir de marche-pied. Je pose donc mon pied sur son bât, et je dis : Ah ! — cet animal entend: Hul (Avec importance ùDcschamps.) Je dis : Ab ! il entend : Hu! il ne sait pas un mot do français , votre mulet

descbaups.

Dam!

GAUBILLARD.

Et il part sans me prévenir I lui an galop, moi debout et m’accrocbant aux poils de sa nuque; et houpl boupl boup!... je représentais en ce moment le Cirque Olympique dans un de ses plus pénibles exercices. J’avais beau crier comme une andouillo de Melun.

descbaups, bas A Gambillard et d’un air officieux. Anguille !

MAGASIN THEATRAL

CA MBILLAHD, insiSIUHt.

Andouille!

descbamps, de mime.

Anguille.

Gambillard te tourne vers Jules comme pour le consulter. jolis, à Gambillard.

Anguille !

ca moi ll ard, continuant sa narration.

Vous croyez? C’est possible l Je ne le cache pas, j'aurais voulu descendre. Enfin, mes amis, cet animal fit une ruade tellement gigantesque, tellement cyclopêenne, qu’il me jeta A plat sur cette belle terre d'italio, terre des beaux-arts, si vous voulez, mais qui est diablement dure quand on y tombe sur le dos. Je voudrais me brosser. jcles, gaiment.

Vous qui préparez une relation de vos aventures, vous n’oublierez pas celle-ci?

GAMBILLARD.

J’én priverai le lecteur.

DESCBAMPS.

C’est pas l’embarras, vous avez été rudement secoué; vous devez avoir bien faim?

GAMBILLARD-

Faites-moi donner... tout de suite, s’il vous plaît... une brosse.

DEScn amps , disappointé.

Une brosse! je vous dis : Vous devez avoir bien faim.

CAMSILLARD.

Du tout!.:.

descbamps, descendant la seine à gauche , avec humeur.

Ah çà, la faim est donc supprimée!

GAMBI LLA HD.

Enfin me voilAl j’ai mes quatre membres, ça suffit à mon bonheur. Vive la joie 1 Avez-vous rencontré beaucoup de brigands?

JULES

Pas un.

DESCBAMPS.

Mais c’est du côté du col de Ténia qu’ils sontt

CAMBILLARD

Messieurs, voulez-vous que je vous dise une chose ?

JULES

Dites.

GAMBILLARD.

Je ne crois pas aux brigands alpestres.

DEscHAMPs, d'un air de doute.

Oht oh 1...

Je les regarde comme une utopie propre à égarer simplement l’imagination des vieilles portières... Je ne vous cacherai même pas que c’est cette conviction , (appuyant) profonde chez moi .. qui m’a déterminé à prendre part & la dangereuse battue que vous faites.

Jules, riant.

L’aveu est naïf.

GAMBILLARD.

Parce que... on cherche un brigand... on trouve autre chose! Qu’est ce que je demande moi? des impressions de voyage. J’ai trois millo six cents

livres de rente, dont j’ai hérité de ma tante Baco t . je veux les manger à ça... il m’en faut, j’en veux , j’en cherche, j’en ai soifl ( Pendant ce temps les touristes se sont retirés au fond, de sorte que Gambillard aperçoit Olympe qui est assise sur le banc.) Abl vous étiez IA, Olympe?

olÿmpe , se levant .

Sans doute.

Le» tour U les te dispersent et disparaissent peu à peu.

cambillard , d'un ton de reproche.

Comment! moi qui vous Aime, rfcr je vous aime toujours, Olympe... moi qui suis verni A Turin , de la rue Mauconseil , pour vous , vous no vous êtes donc pas aperçue de mon absence?

olympe, naïvement.

Ah! que si ! je disais aussi : Où est donc Cambillard ?

GAMBILLARD , scandalisé.

Ahî ce mot! ( Avec dignité.) Olympe! je ne trouve pas qu'il parte du cœur; vous auriez égaré votre chat, que vous emploieriez cette locution!...

olympe , à part.

Maisqu’cst-cc qu'il veut que je lui dise. ..devant mon oncle?

descbamps , se mettant entre eux.

Mon cher monsieur Gambillard, si vous recherchiez encore ma niôCe en mariage. ..je ne dis pas... 11 repousse Gambillard ver* 1a gauche.

GAMBILLARD.

Il ne s’agît pas de çal... fi donc! le mariage, un touriste! un voyageur!

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