SCÈNE XX
GAMBILLARD, TORELLO
torello, entrant par la droite, enveloppé de son
manteau.
Il était parmi ces gens que j’ai ms ici ce matin, m’a-l’on assuré; j'aurais été bien aise de le voir pour l’exécution de mon projet : mais ils sont partis!
Il s’abrite sous le rocher à droite. gambillard, à lui-mime.
Tiens, tiens , voilà un monsieur qui cherche à se mettre à l’abri comme moi, un voyageur sans doute. ( A Torello.) Monsieur, je vous salue. torbllo, sèchement.
Bonjour. (.4 part.) Quel est ce bouffon en attirail de guerre?
GAMBILLARD.
Voilà un diable de temps!
T Oi\ El. LO.
Oui. (A part. 11 pourra peut-être me donner dos renseiguemens.
CAUllILLAItD.
Monsieur voyage?
TORELLO
Souvent... la nuit surtout.
GAUSfLLAftD.
Vous craignez la chaleur du jour?
TORELLO
Cost cela.
GAMBILLARD.
Mais vous n’avez pas de parapluie, mon cher
monsieur I (En ricanant niaisement.) Permettes^ pour un voyageur, c’est uno grande imprudence. (Il se lève.) Comme confrère, je mets le mien â vos pieds, comme on dit
A mes pieds, non ; mais sur ma tête, à la boane heure.
Torello s’avance et se place sons le parapluie. gambillard, riant.
Ah! ah! (4 part.) Il est très-aimable!
TORELLO
Vous êtes Français, monsieur?
GAMBILLARD.
Même Parisien, rue Mauconseil. Je suis littérateur, et je suis venu en Italie pour y recueillir des impressions de voyage, (avec mystère) notamment, s’il faut vous le dire, des impressions amoureuses.
torello, ironiquement.
Oh! on voit que vous voulez faire des conquêtes. Vous avez l’air d'un arsenal ambulant!
gambillard, riant.
Ahl très-joli! (4 pan.) H a beaucoup d’esprit, ce monsieur-là 1
torello, repoussant violemment du pied le sabre de Gambillard.
Pardon, c’est que votre sabre me gêne.
gambillard, riant toujours.
Il me gène aussi; il est assez long pour nous gêner tous les deux. Au fait, je vais ôter tout cela, je n’en ai plus besoin. Voulez-vous tenir un peu lo parapluie, s’il vous plaît.
Torello reste seul .ou» le parapluie, Gambillard te dirige vers le banc qui est â droite.
Volontiers.
gambillard, étendant la main.
Ehl mais il ne pleut plus.
torello, pliant le parapluie.
Tant mieux!
Torello ferme le parapluie et le dépose près du rocher a
droite, taudis que Gambillard dépose sou sabre, ses pistolets , sou tabouret , sou carnier et son chapeau sur le
banc.
gambillard, prenant un air léger et fanfaron.
Pour en revenir à notre conversation, mon cher monsieur, je vous disais donc que je m'occupe beaucoup d’affaires...
TORELLO
Amoureuses?
gambillard, gatment.
Oni; les Français sont assez versés dans ce genre d’industrie, vous le sa?ez?
TORELLO
Ils s’en vantent.
gambillard, riant ei d’un ton affirmatif.
Ils s'en vantent.
Et il y a long- temps que vous êtes en Piémont ?
OAM BILLARD
Huit jours.
TORELLO
f ORBLLO •
Vous n’avez guèro eu le temps d’exercer ce que vous appela votre industrie.
gambillard, i J'un ton avantageux.
Bah ! vous croyez!
TORELLO
Ohl voilà bien les Français! se vantant toujours! Ils passent pour un peu...
cambillard, l’interrompant vivement.
Oh! le mot est trivial!
TORBLLO.
Je n'ai rien dit.
GAMBILLARD.
J’ai cru que vous alliez le dire. (Avec emphase.) Non, monsieur, je ne suis point un blagueur, jamais! c’est preuves en main que je parle. (Avec finesse.) Quoique voyageur, connaissez-vous de nom la villa Torello?
torello, avec 6 motion .
La villa Torello T
GAMBILLARD.
Yes.
TORELLO
Ze l’ai entendu citer. Eh bien?
gambillard, frissonnant un peu.
Est-ce que vous ne trouvez pas qu’il fait fro dl torello.
Comment?
GAMBILLARD.
Oui, l’humidité...
TORELLO
Ob î on n’a jamais froid avec uu manteau comme le mien.
GAMBILLARD.
Mais moi qui n’ai qu’un paletot d’été.
MORXLLO.
Vous m’avez offert la moitié de votre parapluie, si je vous offrais...
gambillard, avec empressement.
La moitié de votre manteau? volontiers!
Torello pa»c U moitié de «on manteau tur le» épaule» de Gambillard ; Torello tient a^ec la main le» deux cdté* du collet du manteau, de »orle que leur» têtes »ont prè» l’une de l’autre ; il* »’ asseyent b droite.
torrllo, à part.
A présent je suis sûr d’avoir la fin de l’histoire.
GAMBILLARD , S aSSCyQUt.
Ab! ah ! Paul et Virginie sous l’allée des Pamplemousses, absolument!
TORELLO
Revenons t
gambillard.
S’il vous plaît.
TORRLLO.
Vous dites qu’à la villa Torello..
gambillard.
Savez-vous lire?
TORRLLO.
Moi?
GAMBILLARD.
Les écritures de femme, ce n’est pas toujours facile.
Après?
gambillard, avec mystère.
Vous êtes discret !
torello, d’une voix sombre.
Comme la tombe!
GAMBILLARD, UH pCU ému, à part.
Oh ! la comparaison n’est pas joyeuse , mais elle est forte! (Haut.) Eh bien! lisez (lui montrant la lettre t qu’il a soin de plier de manière à en cacher la signature) ces deux lignes seulement; (riant) car je suis aussi comme la tombe, moi ! (Il lit.) «A la chute du jour, à la villa Torello, trois » coups dans la main. » Hein?
torello, à part.
Miséricorde ! c'est bien son écriture ! plus de doute!
gambillard, avec un peu d’ inquiétude.
Qu’ est-ce que vous avez?
TORELLO
Moi? rien 1 (4 part.) Le voilà donc, ce séducteur!
I! ce lève brusquement et entraîne avec lai Gambillard jaaqu’i ta gauche du théâtre.
gambillard, tandis que Torello l’entraîne.
Eh bien t eh bien ! vous n’avertissez pas ?
torrllo.
Je vous rends justice !
gambillard , riant.
Vous me rendez justice, mais vous n’avertisse* pas 1
TORELLO
Vous m’avez pris pour votre confident, je Tais vous prendre pour le mien.
GAMBILLARD.
Vrai? vou9 allez me conter votre histoire? Bon! je la mettrai dans ma relation! Mais je ne vous cache pas une chose, mon cher monsieur : ce manteau n’ayant été établi que pour un seul habitant , j’ai le cou un peu contrarié.
U fait un mouvement pour se dégager.
torello, fortement.
Restez!
Il le secoue.
gambillard, interdit et avec inquiétude.
Comme il me traite t (Torello lui donne une saccade. Gambillard lui dit avec colire:) Monsieur, me prenez-vous pour un nègre? (A part.) Il na m’inspire plus de confiance 1
TORRLLO.
Vous avez sans doute entendu parler des bandits qui...
gambillard, déjà effrayé.
Très-bien 1 très-bien! vous êtes gendarme? (4 part et comme eatisfait d’avoir mortifié ToreUo.) Vlan!
TORELLO
Je suis leur chef.
GAMBILLARD.
Des gendarmes?
torello.
Des bandits.
MAGASIN THEATRAL
GAMBILLARD , avtt ItTYtUr ,
Trombolino ?
TORILLO
Lui-méme! ( Ici une lutte s'établit entre Torello et Gambillard , qui veut inutilement se dégager du manteau.) Qu’avez-vous donc? tous remuez beaucoup ?
gambillard, criant en se remuant toujours .
Je vous dis que ça me gène. (D’un air caressant.) Monsieur Trombolino, j’ai peu d’argent sur moi, j’en suis désolé... soyez gentil, soyez gentil !...
TORILLO
Tu as peur, je crois.
CAMB1LLARD, à part.
En voilà, une impression de voyage! j’étais mieux sur le mulet. [Haut.) Prenez mon parapluie.
TORILLO
Ce n’est pas tout cela qu’il me faut, il me faut une explication.
GAMBILLARD, ù part.
Je suis dans la conjoncture du chevalier d’Àssas. (On entend des voix au dehors.) Ab ! voilà les autres î (Criant et se débattant .) A moi , d’Àuvergnel oh! sacrebleu! à moi, d’Auvergne!
torillo, d part.
On vient, garde à nous I
Il «’eloîgne rapidement par le premier plan i gauche, laissant le manteau au pouvoir de Gambillard, et lui en jetant un pan sur la tête. Gambillard continue de crier: /émoi, d’ Auvergne! tans pouvoir se dégager du manteau ; il va et vient au haiard au milieu des touristes qui arrivent.
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