SCENE II
DESCÜAMPS, PAUL, en veste de chasse en drap vert, pantalon blanc, casquette, un carnier et le fusil sur l’épaule.
PAUL, arrivant par le fond à droite.
Air r Assez courir ma belle.
Salut, hautes montagnes!
Verdoyante* campagnes!
Naguère, en me* beaux jours.
Votre abri tutélaire Et d’ombre et de mystère Protégeait nos amours!
C'est ici que ma belle.
Amoureuse et cruelle,
Si souvent m’a dit i Non I Et que cent fois, je gage.
Sur ce rocher sauvage Ma main grava son nom!
Salut, hautes montagnes, etc.
deschamps , rentrant.
Ali ! voilà ce jeune homme qu’on nomme... je ne peux jamais me rappeler... mais je sais b*en qu’il avait toujours l’air de courir après ma niée»?. pa ll, cavalièrement.
Ah! c’est vous, maître Deschamps?
DF.scn amps.
Mais il y a long-temps qu’on ne vous avait vu à Turin, monsieur?
PAUL
Oui... des affaires...
DESCIIAMPS.
Et quel hasard vous amène de ce côté?
PAUL
Ce n’est point un hasard , je savais vous y tr «Hiver.
deschamps.
Ah! vous êtes bien honnête l avez-vous déjeuné , sans cérémonie?
PAtJL.
Je n’ai pas faim.
descuamps, ù pari.
Je n’ai pas faim ! l'un croque des montagnes , l'autre n’a pas faim!... c’était bien la peine de charger deux mulets de provisions !
PAOL.
Dites-moi, Deschamps...
dbschamps, à part, avec humeur.
Tiens, Deschamps tout court! ce ton familier! Aie donc faim, au moins, malheureux ! si tu veux me manquer de respect !
PAUL
Dites-moi! y a-t-il beaucoup de gibier par ici? En sortant de Turin , j’ai chassé dans les environs... (en observant la contenance de Deschamps , du côté de la villa Torello , le lièvre y abonde; mais je ne sais si le propriétaire permettrait... ne le connaissez-vous pas?
DESCHAMPS
Non... et pourtant il est parent de ma nièce, par sa mère... mais c’est un ours, personne ne le voit...
pacl.
Cependant, vous qui êtes du pays?
DESCMAMPS.
Comment ! du pays I Je ne suis pas du pays plus que vous! Je suis Français aussi , moi! si je me suis fixé depuis quinze mois en Italie, ça a tenu tout bonnement à une circonstance... heureuse au fond, la mort d’une parente de ma nièce, qui dirigeait le Soleil...
MAGASIN THEATRAL
les saluant.
PAUL
Ah!
DESCHAMP»'.
Le Soleil-d’Or, à Turin, et qui nous l’a laissé ; moi, auparavant, j'étais établi en France, à Paris même... dans le beau quartier... rue Mauconseil!
PADL.
Rue Mauconseil l paardicu , ce nom me rappelle une querelle que j’eus, il y a deux mois a peine, avec un autre imbécile...
deschamps, avec humeur.
Comment ? un autre imbécile !
paol, tans l'écouler.
A table d’hôte , touchant l’étymologie du nom de cette rue, avec un certain Gambillard.
DKSCUAMPS.
Gambillard !
pacl.
Oui, nous nous étions donné rendez-vous pour le lendemain matin. Je ne l'ai jamais revu depuis 1
DESCHAMPS
Mais il est ici! il estdes nôtres! Il loge chez moi depuis huit jours. C'est une vieille connaissance, car rue Mauconseil nous étions voisins! ils mangeait chez moi... [à pari) à vingt-deux sousl (haut) et le malheureux était môme amoureux de ma nièce 1
PACL.
De la charmante Olympe!
dzschamp», à pan.
Ça a l'air de le vexer! ( Haut ) Oui, mais il tomba alors sur la tête de mon GambiMard...
paul, gaiement.
Une cheminée î
DESCBAMPS.
Non , non pas , malheureusement, mais bien un héritage, et tout fut rompu.
PAUL-
Mais enfin l’amour a donc ramené l’infidèle , puisqu’il est à Turin, cl qu'il loge chez vous ?
DESCBAMPS.
Qu’y puis-je faireî II tombe chez moi comme une bombe! cela me donne à réfléchir. Vient-il pour ma nièce, ou pour le Saint-Golhard? Comme aubergiste, j'accueille avec plaisjr M. Gambillard, je le choyé, je le mitonne, je fais bassiner son lit... avec du sucre, s'il le faut, en payant !... mais comme oncle, je l’avoue, le cas échéant, je n'hésiterais nullement à lui casser les reins!... très-volontiers, très-voloutiers!...
Vous ôtes un terrible homme ! ( A lui-méme, en apercevant Olympe qui entre par la droite et s'arrête au fond en regardant avec inquiétude vers le côté gauche.) Ah! enfin, voici Olympe!
descbamps, à pari, descendant la scène à gauche.
Olympe tout court! le mot me semble fort dans la bouche d’un homme qui n’a pas faim!..-