CLXXVIII
Un artiste ne saurait jamais assez approfondir les secrets de son art, mais il ne doit jamais perdre sa naïveté native.
Il n’est pas d’atelier d’artiste, même médiocre, où l’on ne trouve une étude supérieure à ses œuvres terminées.
Tout ici-bas est le produit d’une étude. On ne joue du piano qu’en s’é-
vertuant à faire des gammes, de même qu’on ne devient un tireur émérite qu’après avoir longtemps plastronné.
Il serait vraiment étrange que, par exception, l’art de peindre n’eût pas besoin d’étude.
L’opinion de la jeunesse inexpérimentée est souvent plus judicieuse que celle d’un peintre arrivé. La jeunesse a le sentiment de l’actualité et le pressentiment du lendemain; l’artiste arrivé a des prédispositions à s’engourdir dans les formules de la veille, qui lui ont valu sa réputation.
On voit aujourd’hui trop d’artistes s’essayer dans toutes les branches de la peinture avec une déplorable imper-
sonnalité. Rubens et Rembrandt, lorsqu’ils faisaient du genre ou du paysage, apportaient dans ces productions la marque géniale de leur griffe. Les peintres actuels, au contraire, changent de facture en changeant de genre.