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« ceux du nôtre qu'il aimait autant que le sien ; tâchez, mon « ami, de vivre assez pour arracher les bornes que vous avez « plantées », et les larmes venaient aux yeux de l’énergique el excellent vieillard.
« À ses incessantes fatigues, Boussingault ne trouvait de délassement qu’auprès des siens; J'ai déjà dit combien M»° Boussingault avait su lui rendre le foyer familial attrayant et doux ; près d’elle avait grandi un fils qui devait porter digncment le nom de son père et se distinguer à son tour, deux filles, dont l’une devait épouser Jules-Gustave Holtzer, l’habile directeur des forges et aciéries d'Unieux ; l’autre, Jean-Claude Crozet, neveu de Fourneyron, notre autre illustre ancien, directeur des ateliers créés par son oncle au Chambon-Feugerolles. Boussingault se rapprochait ainsi de notre région, où l’attachait tant de souvenirs. Puis une nouvelle génération avait surgi avec son enchantement et sa grâce ; elle animait, chaque été, cette délicieuse chartreuse de Liebfrauenberg où nul ne manquait à l'appel, et où le patriarche, heureux de sa belle lignée, élevait les cœurs par son enseignement et ses exemples, les charmait par ses souvenirs, les captivait par sa bonté.
« Mais il est rare que le bonheur se maintienne intact au cours d’une longue existence ; comme tant d’autres, notre camarade eut à passer par de cruelles épreuves. Dès 1876 :l perdait son gendre, M. Holtzer, à peine âgé de quarante-deux ans ; puis une petite-fille de seize ans, pleine de grâce et d’intelhgence ; et enfin, en 1877, celle qui tenait une si grande place dans sa vie, M" Boussingault. Notre pauvre ami, désemparé, se retira quelque temps au Liebfrauenberg, puis M Holtzer
le recueillit en son hôtel de la rue d'Anjou et ne cessa, avec sa
sœur, de l’entourer de la plus tendre sollicitude. Il se remit peu à peu au travail, ce suprême consolateur, et publia encore quelques travaux ; puis, avec les années, ses forces s’affaiblirent, annonçant la fin prochaine ; il expirait le 11 mai 1887.
« Il est bon, surtout pour les jeunes générations, de connaître les pensées qui hantent de si hautes intelligences à l'approche des ténèbres de la mort; or, Boussingault avait coutume de dire : « Je trace une grande barre, d’un côté le connaissable, « Je l’étudie et je m'en rends maître ; de l’autre l’inconnais- « sable, je le pressens, j'y aspire, j'ai foi en l'idéal. » Cet élan Si Vrai, Si humain vers l'inconnu méritait de vous être signalé ; il explique chez cet homme éminent son respect absolu des croyances et son blâme irrité contre tous ceux qui dédaignent où méprisent la religion.
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« Huit années plus tard, on inaugurait le superbe monument qu'ont élevé à la mémoire de Boussingaull, au Conservatoire des Arts et Métiers, ses disciples, ses amis et ses admirateurs. L'exécution en avait été confiée au ciseau de éminent artiste Dalou ; au pied de la colonne supportant le buste du grand agronome, deux personnages, admirables d'expression et de vie, symbolisent, l’un la science, l’autre l’ouvrier agricole, et le premier dit au second : « Tu ne peux rien sans moi. »
« Gette leçon est aussi pour nous, mes chers camarades ; mineurs ou métallurgistes, nous ne pouvons rien sans la scrence, notre flambeau et notre guide. Au reste, n'est-elle pas la raison d'être de cette vieille Ecole des mines que nous entourons d’une affection si vive? N'est-ce pas à son enseignement et à ses professeurs si dévoués que nous devons d'être ce que nous sommes ? Sans doute nous ne pouvons guère lui demander de produire de nouveaux Boussingault ; de pareils hommes sont trop rares en tous temps et en tous pays. Peut-être aussi la science est-elle moins attirante que de son temps où, encore peu développée, elle laissait le regard s'étendre au loin vers un horizon éblouissant ; aujourd'hui, elle est devenue si touffue qu'il faut monter bien haut dans les branches pour apercevoir un lambeau de ciel. Mais à côté de la science, l’industrie offre un champ assez vaste pour que les plus beaux talents puissent s'y épanoulr. La tâche de notre Ecole sera donc dignement et utilement remplie aussi longtemps qu'elle fournira à notre patrie, à défaut de grands savants, de bons ingénieurs et de bons Français. » (Longs applaudissements.)
À l'issue de la séance, les auditeurs prennent place au banquet offert à la famille Boussingault par la Société amicale des anciens élèves de l'Ecole des mines de Saint-Etienne.
Autour des membres du bureau, M. Murgue, président, accompagné de M et de M'° Murgue, M. Michalowski, viceprésident, et M®° Michalowska, M. Faure, secrétaire et Mr° Faure, se groupaient un grand nombre d'anciens élèves de l'Ecole.
Au dessert, M. ie Président porte un toast chaleureux à la famille Boussingault et plus particulièrement au fils de l’illustre chimiste, M. Joseph Boussingault, à sa fille M Crozet qui l'un et l’autre l’ont accueilli avec des marques de sympathie dont il leur garde une profonde reconnaissance ; il se plait à reconnaître que M° Crozet a été pour la biographie de son père son plus précieux collaborateur.
Ce toast est vivement acclamé par tous les convives.
St-Etienne, Société de l’Imp. Tuéouer — J. Tuomas et Cie, — 12, rue Gérentet.
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