MAUX ET HORREURS DE LA GUERRE
Muis, Messieurs, pour bien comproudre les services incommensurables que le'Héros de Châteauguay rendit à son pays en 1812 et 1813, il faut se transporter, en. esprit, À cette époque mémorable. Nous, de la génération avtuelle, noùûs sommes habitués aux bienfaits de la paix, de la douce paix, ‘‘ cette fille aînée du Ciel,” nous n'avons aucune idée des horreurs d'une guerre. Arrêtons-nous y un instant.
Messieurs, vous êles-vous jamuis figuré les tortures morales, les tressaillements d'un père de famille, à l'approche d'une guerre—les inquiétudes fièvreuses des jeunes
ens... Voyez cette pauvre mère à famille, à la nouvelle de l'approche de l'ennemi. Voyez-la, toute haletante... ses cheveux en désordre... voyez son regard etfaré, ses yeux inondés de larmes; vous pouvez compter les battements de son cœur, elle promène ses regards Lg autour d'elle, elle tremble, elle pletre, elle crie... tout à coup, dans son délire, elle appelle tous
ses enfants à la fois, puis les nomme tour À tour, elle les compte, puis les recompte, n’en trouvent jamais le compte exact.
Tantôt, en butte au plus triste désespoir, elle cherche à les ramasser, à les grouper autour d'elle, croyant toujours que ce sora pour la dernière fois. Plus loin, ce sont de timides jeunes filles qui cherchent, en tremblant, l'aide maternelle, jeunes vierges, douces colombes destinées peut-être à être la
roie d’une soldatesque en fureur...
oulez !.. silence... Entendez-vous le canon .qui gronde dans le lointain, semblable à la foudre au sein des tempêtes ?... Grand Dieu! le bruit approche ! déjà le clairon de l'ennemi se fait entendre... Encore un peu de temps et l'ennemi seru à nos portes ! notre beau Canada, le champ de bataille. La guerre, une guerre d'invasion, la plus terrible de toutes les guerres. Vos champs punis en seront le théâtre. 8 lieux qui vous out vus naître, les endroits où reposent les cendres de vos ancêtres, seront peut-être arrosés du sang de votre
ère, peut-être de celui de votre
bonds mère et d= vos sœurs adorées.… Oh! Me. rs... ne vous y trompez-pas —- la guerre, la guerre véritable est, du tout au tout, différente de cette brillante et séduisante image que vous envoyez sur le champ de parade, ou aux grandes revues militaires.
La guerre ext le plus épouvantable fléau qu'un Dieu terrible emploie dans sa colère pour châtier le genre humain. C'est le glaive vengeur dont s’arme la Divinité lorsqu'elle veut punir les peuples de la terre.
Dans ses autres modes d'attaque, sous les autres formes que prend la mort, les victimes sont le plus souvent les faibles, les vieillards, ceux enfin qui, dans l’ordre ordinaire des choses, sont destinés à en être la proie prochaine ; mais à la guerre,
En
au contraire, ce sont les plus forts, les plus vigoureux, les plus vaillants qui tombent les premiers sous
l'impitoyable faulx de la mort.
Quelle scène épouvantable doit of.
frir un champ de bataille, ce cham
de carnage, où des milliers de blessés sont quelquefois laissés sans secours, souvent sans pitié, leurs horribles blessures, leurs plaies sanglantes, exposées tantôt aux ardeurs
d’un soleil rûlant, tantôt au froid le plus rigoureux, leur sang se solidifiant à mesure qu'il s'échappe de leur système, les tient, pour ainsi dire, cloués à la terre, pendant que le rude sabot du cheval de bataille, les foulant aux pieds, fait Jaillir le sang de leur bouche et de leurs oreilles,—tout cela au bruit des cris, des insultes d’un ennemi enivré de sang et que la rage rend plus furieux que la bête la plus féroce.
Ce tableau est terrible, n'est-ce pas, messieurs, et cependant il n’est pas trop chargé. Je ne vous ai pas parlé de moissons dévastées.…….
de maisons en flammes... de la terreur, de l’épouvante, de la consternation, de tout un peuple, fugitif, pour ainsi dire, sur son s0l natal, de villes en ruine... de la famine...
des maladies, et de tous:les autres maux qui sont la conséquence d'une
uerre cruelle ; mais je m'arrête.….
n effet, messieurs, la plus grande partie des maux terribles dont je viens de parler auraient pu fondre sur les habitants et la province du Canada, si le “ Héros de Châteauguay ” n'eût été là pour défendre en 1812-13 son pays contre la profanation du pied étranger. ui, messieurs, c'est de Salaberry qui alors sauva le Canada, et, par là, nous a conservé notre langue, nos lois, nos usages, auxquels nous tenons tant. puis ce temps jus-
qu’à ce jour, les habitants da Cana- |:
da (saufune courte période) ont joui de tous les avantages d’une paix s0lide et durabie, et tout nous fait
présager que sous la glorieuse protection de l'Angleterre, nous sommes destinés À ajouter encore de longs et heureux jours de tranquillité, de paix et de bonheur, de ce bonheur réel qui a fait dire à un Anglais éminent: “Si je n'étais pas Anglais, » je désirerais être Canadion.” C’est ce bonheur qui a fait avouer forcément à plus d’un étranger, voyageant au milieu de nous, que, parmi tous les peuples de la terre, il n'y en a pas un de lus libre, de plus véritablement Évereute que le peuple Canadien, (Appl)