‹ IndeChapitre 36 sur 42 · EXPÉDITION DE CEYLAN · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE CEYLAN

Lord Minto, qui avait fini par tourner à la politique guerrière , avait légué au marquis d'Hastings une guerre imminente avec les Gourkhas. Les Gourkhas sont une tribu belliqueuse et indoue qui habitait, au nord de l'Indoustan, dans le Népaul, un petit territoire montagneux. Ils adoptèrent de bonne heure Ta tactique européenne ; et, grâce à cet avantage, vers 1760, un de leurs chefs commença à fonder, aux dépens de ses voisins, ùn royaume assez étendu. Les progrès en furent rapides. En moins de cinquante ans , les Gourkhas , gagnant de proche en proche, avaient étendu leur empire sur toute la lisière de l'Indoustan, depuis le Boutan , à Test, jusqu'au Sattfedge, à l'ouest. Au pied de leurs montagnes règne une longue forêt d'où se tire presque tout le bois qui s'emploie dans la construction des bâtiments destinés à la navigation du Gange. Cette forêt abonde en éléphants plus petits que les autres races de l'Inde , mais dont l'ivoire est plus recherché. Entre la forêt et le territoire anglais , s'étend une vallée trèsriche dont les pâturages sont, aux mois d'avril et de mai , le refuge des troupeaux que la sécheresse chasse des parties méridionales de l'Indoustan. Le tribut que rapporte ce droit de pacage est la source principale du revenu des petits rajahs de cette contrée. Il est aussi une source de connus nombreux et d'éternelles contestations. L'esprit d'envahissement qui a fait des Gourkhas un peuple puissant, se tourne en esprit d'usurpation dans les rapports de voisinage qui unissent ou plutôt divisent les chefs , et l'usurpation amène la guerre. Dans l'intervalle de 1760 à 1810, les Anglais s'étaient mis plus d'une fois en relation avec les Gourkhas, soit pour des échanges, soit pour interposer leur médiation, soit enfin pour exercer des revendications. Des zemindars du

territoire anglais avaient eu fréquemment à se plaindre de l'esprit dont nous venons de parler. Toutefois, tant que les entreprises des Gourkhas, vexatoires seulement pour les zemindars, n'entamaient pas la souveraineté ou le revenu de la Compagnie, celle-ci, suffisamment embarrassée d'autres affaires, laissait crier ses agents, ou se bornait à faire quelques représentations. Quelquefois les Gourkhas envahissaient le territoire d'un rajah tributaire des Anglais, et se faisaient tolérer dans cette usurpation en continuant à payer son tribut. Cette substitution de personnes admise, ils en profitaient pour élever, comme ayants droit du rajah dépossédé, des prétentions plus ou moins fondées. Un certain territoire de Boutwul avait été acquis, après la mort de son rajah, par les Anglais, qui en avaient dédommagé la famille du défunt, moyennant la cession d'un autre district.

Peu après, en 1804, les Gourkhas ayant conquis le district de Palpa, revendiquèrent celui de Boutwul, comme dépendance de leur conquête, et commencèrent par y envoyer leurs collecteurs. Aux réclamations de sir George Barlow, les Gourkhas répondirent en offrant de posséder Boutwul comme tributaires des Anglais, et de régler ce tribut sur le taux qui avait été fixé primitivement avec leur zémindar. Le gouvernement, qui tenait non-seulement au tribut , mais à la possession directe, repoussa cette proposition.

Lord Minto survenant, laissa là cette affaire pendant plusieurs années. Mais, au temps où la crainte des projets de Napoléon lui faisait envoyer une ambassade en Perse, une autre à Caboul, une armée chez les Seiks, il voulut aussi régler ses démêlés avec les Gourkhas , et accrédita auprès d'eux un commissaire chargé de procéder à une exacte délimitation de frontières.

Les Gourkhas s'étudièrent à faire traîner les négociations en longueur, et , chemin faisant, ils occupaient des villages, levaient les impôts, et mettaient à la raison les rajahs récalcitrants.

Ils finirent par forcer le gouverneur

L'UNIVERS

général h leur donner un ultimatum très-net et assez menaçant (juin 1813).

Leur réponse, qui se fit attendre six ou sept mois, fut reçue par le marquis d'Hastings. Celui-ci répliqua par une injonction formelle d'évacuer les territoires en litige. Les chefs gourkhas, convoqués par ie souverain à Katmendou, tinrent conseil ; et le système de la résistance aux prétentions britanniques ayant prévalu, à l'expiration du délai que le gouverneur général avait fixé, trois compagnies anglaises entrèrent sur les terres contestées , et y établirent les agents de l'administration. Les Gourkhas n'y mirent d'abord aucun obstacle , mais lorsque les trois compagnies se retiraient, il les attaquèrent, et la guerre commença. Les opérations toutefois furent ajournées à la saison suivante, à cause des pluies qui commençaient, et aussi pour laisser aux sujets anglais, engagés d'affaires avec les Gourkhas, le temps de sauvegarder leurs intérêts. Le gouverneur général s'était de sa personne rapproché du théâtre des opérations futures pour pousser plus activement les préparatifs, et assurer par luimême Inexécution des mesures de précaution qu'il croyait devoir prendre contre les Pindarrvs, que cette guerre

f>ouvait ramener sur les Anglais ou sur eurs alliés. Enfin, tout étant prêt, le 1er novembre 1814, il lança, a Lucknow, sa déclaration de guerre jusquelà suspendue.

Le théâtre de la guerre présentait un front de deux cents lieues de long, que le gouverneur général résolut d'attaquer sur toute la ligne en même temps. Il divisa son armée en cinq corps. Celui de gauche, commandé par Ochterlony , qui , depuis les affaires avec Lahore, en 1808 , occupait Loudhiana sur le Sattledge, avait ordre de couvrir les contrées montagneuses sur la rive gauche de ce fleuve. Gillepsie,

3ui venait ensuite, avait son point de épart à Mirât, dans le Douab, d'où il devait envahir les vallées comprises entre le Gange et la Djamna, pour appuyer ensuite, en divisant ses forces , à gauche, vers Ochterlony, à droite ,

sur Sirinagar. Le corps rassemblé à

Bénarès , sous le major général John Wood , avait son champ d'opérations dans les territoires contestés, Boutwul et Palpa. Le corps principal, commandé par le major général Marley, devait se porter sur Katmandou, capitale du Népaul. Le dernier corps , à Test, était Commandé par le major Lutter, chargé de protéger la frontière. Ces forces réunies formaient un total de 24,000 hommes environ, dont 6,000 à Ochterlony, 4,000 à Gillepsie, 4,000 à Wood, 8,0*00 à Marley, et 2,000 à Lutter. Des renforts arrivèrent d'ailleurs à diverses reprises sur les points où ils étaient devenus nécessaires. Cette guerre de montagnes, où les généraux anglais et gourkhas luttèrent de talent et d'intrépidité, ne présente qu'une suite de petits détails d'un haut intérêt militaire, mais purement militaire; ils n'appartiennent qu'à des ouvrages spéciaux. Le résultat qui seul est'de notre ressort, fut, en général, peu favorable aux Anglais. Dans les montagnes du Maloun, Umur-Singh sut se maintenir contre Ochterlony, malgré les forces supérieures et les prodiges d'habileté de celui-ci. Gillepsie, après des débuts vigoureux suivant son habitude, paya de sa vie un assaut téméraire qu il voulut livrer a la forteresse de Napali , où commandait Bahadur- Singh. Le colonel Marley, puis le major général Martindall , qui lui succédèrent, ne furent pas plus heureux, à la mort près , et cette campagne finit pour le corps d'armée par une retraite assez désastreuse. Le maior gênerai Wood perdit l'offensive dès son début, et, malgré les renforts qui ki furent envoyés , n'osa pas la repreudre. Le général Marley , après quelques escarmouches où les Gourkhas eurent l'avantage, se sentit tellement intimide, qu'il n'osa nlus faire un pas eu avant au delà de cette plaine pacagère qui formait la bande frontière du territoire gourkha. Bien plus, il perdit la tête au point de s'évader un jour, et d'abandonner son année sans avoir prévenu personne, ni remis le commandement en

L'armée anglaise était battue sur toute la ligne.

Pour la seconde campagne , qui commença en février 1816, le marquis de Hastings se fortifia de quelques alliances et de levées faites parmi les Itohillas , population éminemment guerrière. Le colonel Gardner, qui les commanda , battit les Gourkhas dans le Rumaoun , les chassa de la province et en obtint la cession par une capitulation qu'il leur arracha dans Almora, la capitale. Le major général Martindall donnait toujours des signes de faiblesse; 200 Spartiates gourkhas, qui cardaient un autre passage des Thermopyles, tinrent bon contre 2,000 hommes de son corps d'armée, et les culbutèrent. Mais Ochterlony avait repris ?es opérations dans les monts Maloun.

Il prit une à une toutes les forteresses ennemies , dispersa les armées, et finit par réduire son brave adversaire, Umur Simm, à capituler (15 mai 1815). Ces victoires ajoutèrent à l'empire britannique le vaste espace compris entre la Gogra et le Sattledge. Des négociations de paix qui avaient été plusieurs fois entamées, furent reprises cette fois par les Gourkhas. Le gouverneur général leur fit savoir ses conditions, qui étaient la cession de toute la contrée montagneuse conquise pendant la guerre; la cession de la plaine de Turaî dans toute sa longueur et jusqu'à la forêt; la remise des prises faites par ta Gourkhas sur le territoire d un allié des Anglais , le rajah de Sikim ; l'émission à Katmandou d'un agent anglais avec son escorte et tout ce que comporte un établissement de ce genre ; fnfin, l'engagement de ne prendre aucun Européen au service du Népaul sans l'autorisation du gouvernement anglais.

Il y eut quelques difficultés , surtout sur la clause relative à la plaine de furaî. Plusieurs chefs gourkhas y postaient des jaghires. Le gouverneur général offrit de les indemniser par unepension équivalente. Mais les ja- Chirdarsobjectèrentquec'étaitla plaine p,le-même qui était nécessaire a leur subsistance, leurs districts montagneux

ne produisant rien. Le marquis de Hastings consentit à abandonner la

1>laine, et, sous cette nouvelle forme, e traité fut accepté. Mais avant que les ratifications eussent été échangées, le parti de la guerre reprit le dessus à Katmandou. Umur Singh surtout , l'adversaire vaincu mais non dompté d'Ochterlony , était arrivé soufflant le feu de la guerre et de la vengeance.

Il disait que c'était folie de se fier à un traité conclu après une défaite; il évoquait en exemple les souvenirs de Tippou Sahib , du rajah de Bhurtpour, et effrayait les Ghourkas sur les effets de l'ambition anglaise. La guerre fut rallumée.

L'armée anglaise, au nombre de 20,000 hommes , était mise sous les ordres d'Ohcterlony ; il divisa ses forces en quatre brigades, et ouvrit la campagne en personne, le 10 février 1816. Deux batailles successives qu'il gagna à Hurihurpour et à Sikurkutri réduisirent les Gourkhas à offrir leur acceptation du dernier traité. Mais Ochterlony leur répondit qu'ils devaient s'attendre désormais a des conditions plus rigoureuses , et continua de marcher. Enfin, devant Muckwanpour, le wackil gourkha présenta au général un exemplaire signé du nouveau traité, qui ne modifiait le premier que par quelques augmentations de territoire et quelques stipulations , tant en faveur du nabab d'Oude que du rajah de Sikim, auxquels on faisait des avantages sur la plaine de Turaï.

Par cet événement, les Gourkhas se trouvèrent anéantis comme grand peuple, et ramenés à l'état de tribu , d'où ils étaient partis un demi-sièrle auparavant. Durant ce demi-siècle, ils avaient osé déclarer la guerre à l'empereur de la Chine, et l'avaient battu d'abord. Plus tard, l'empereur fit proposer aux Anglais d'attaquer les Gourkhas d'un côté, tandis qu'il envahirait de l'autre; proposition qui fut repoussée. Durant cette dernière guerre, les Gourkhas invoquèrent le secours de l'empereur, qui se regardait comme leur suzerain, et celuidu Teshou Lama , leur chef religieux; mais rien

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ne les put sauver de leur destinée. Les Chinois se prêtèrent à intervenir, mais avec leur lenteur ordinaire , et la paix était conclue lorsque Ton reçut d'eux une première demande d'explications qui précédait la mise en mouvement de leurs troupes. Le gouverneur général envoya à Pékin le récit de ce qui venait de se passer, et le céleste empereur se déclara satisfait. Les Gourkhas , d'un autre côté , n'étaient pas bien assurés que l'armée chinoise une fois en mouvement ne fit tomber sur eux l'humeur guerrière dont elle se serait approvisionnée contre les Anglais. Ils firent demander au gouverneur général s'ils pouvaient compter sur son appui , et s'upprêtèrent à bien recevoir les Chinois. Le marquis de Hastings intervint en effet, mais pour calmer ces peuples impétueux , et tout se borna à une entrevue grotesque entre le wackil gourkha et le général chinois.

Toutes ces guerres n'allaient pas sans grandes dépenses , et les finances de la Compagnie se trouvaient dans l'état le plus désastreux où elles eussent jamais été; le pays était épuisé; d'autres circonstances encore s opposaient à ce qu'on pût émettre un emprunt. Délivré de tous les soins du gouvernement, le dernierjnabab d'Oude, Salut-uli-Khan , frère d'Azoff al Doulah , avait concentré tous ses soins dans celui d'amasser de l'argent.

Les désordres de son administration, désordres dont il savait ne pas souffrir, avaient engagé plusieurs fois les Anglais à lui proposer un plan de réforme qu'il avait toujours repoussé. Sa mort laissa à son fils , Guzi-ud-din-Haïdur, le trône et d'immenses trésors. Pour prix de l'appui que lui prêtèrent les Anglais , celui-ci consentit à laisser passer le plan de réforme , et , pour se concilier plus étroitement la faveur du gouverneur général, il n'hésita pas à lui accorder un prêt d'un crore de roupies (25,000,000 de francs) , au modique intérêt de 6 pour cent. L'emploi peu judicieux que Ton fit de cette somme , lit qu'au milieu de la guerre contre les Gourkhas l'argent fut sur le

point de manquer. On eut recours une

seconde fois au nabab vizir qui , avec un peu moins d'empressement, avança un autre crore de roupies.

Cet argent ne fut pas inutile pour une expédition à Ceylan, où de vieilles injures à venger et d'autres intérêts plus récents appelaient les armes d« Anglais. C'est ici le lieu de revenir sur des faits antérieurs dont noui avons ajourné le récit pour ne poit<t rompre le lien des événements. Ceylan.

comme presque tous les premiers points occupés par les Européens dans l'Inde, avait appartenu d'abord aux Portugais, puis aux Hollandais. En 1782, les Anulais y prirent Trinquemale.et recherchèrent aussitôt l'alliance de l'empereur. La dynastie de cet empereur est malabarê. Les femmes de ce dernier pays avaient seules le privilège de donner des héritiers au trône impérial. L'ordre de succession n'était cependant point réglé d'avance par les lois ou par un usage fixe. L'empereur commandait à une confédération de seize chefs qui, à sa mort, désignaient son successeur. L'ambassade envovre par les Anglais à ce personnage pour rechercher son amitié, ne produisit que de vaines paroles; mais, en 1796, hs nouveaux venus profitèrent de la defaveur où étaient les Hollandais pour s'emparer de leurs possessions. Deui ans après, l'empereur mourut. Un fits qu'il avait eu d'une femme ceylana*e.

et qui, par conséquent, n'avait atifl)»

droit au trône , y fut placé cependant par les intrigues d'un ministre. La femme et les enfants légitimes de l'empereur, ainsi que toute sa famille, furent jetés en prison , d'où parvint i s'échapper un frère de la reine, nomn* Moutto-Saoni. La possession de presque toutes les côtes faisait alors de* Anglais, dans Ceylan, une puissant assez considérable' pour que leur alliance fût sollicitée à la fois par Moutto- Saoni et par le ministre Palamé-Talevi. Mais cette possession récente ne paraissant pas encore assez bien assise à M. North, cet agent ministériel (Ceylan avait été déclaré possession du roi de la Grande-Bretagne, et

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de la Compagnie) refusa delà compror mettre dans ces démêlés. Sans perdre courage, Palamé-Talevi se tourna vers M. Boyd, secrétaire du gouvernement, et fit si bien par ses confidences sur l'état intérieur de Ceylan et sur ses projets à lui-même, que le gouverneur M. North finit par se laisser convaincre que les Anglais pouvaient avoir intérêt à s'en enquérir de plus près. En conséquence, au mois de mars 1800, legéneral Macdowal f ut envoyé comme ambassadeur à la cour de Candy. Cette ambassade excita des défiances et des mécontentements réciproques, plutôt qu'elle ne créa des rapports d'amitié.

Entre autres propositions que M. Macdowal avait a faire, était celle d'une route militaire que les Anglais demandaient à percer à travers Ceylnn, pour relier entre eux les postes échelonnés sur les côtes. Cette proposition fut rejetée bien loin. Déjà même , dans le trajet, l'adigarqui, de la part de l'empereur, était allé recevoir l'ambassadeur sur les frontières de Candy, avait trouvé fort mauvais que M. Macdowal voulût faire réparer par les troupes qu'il avait amenées certaines parties du chemin tout à fait impraticables.

Les choses en restèrent là pendant deux ans encore. Mais, dans l'intervalle, les projets de Palamé-Talevi avaient grandi, ou, du moins, ses moyens d'exécution lui paraissaient s'être accrus. Il songeait à se placer lui-même sur le trône et à expulser les Anglais. Un système de vexations et d'insultes fut organisé contre eux.

Toute satisfaction leur fut refusée; et, comme la cour de Candy faisait des préparatifs de guerre, le gouverneur ju^ea l'heure venue de mettre son armée en campagne. Elle partit de Colombo le 31 janvier 1803, sous le commandement du général Macdowal. Une autre colonne partit de Trinquemale , sur la côte opposée, le 4 février. Ces forces réunies montaient à près de 4,000 hommes. Elles se rejoignirent à peu de distance de Candy , dont les approches ne leur avaient guère été disputées que par le mauvais état des chemins. La capitale elle-même ne

leur opposa aucune résistance. Les Anglais la trouvèrent complètement évacuée, et l'eussent même trouvée détruite , s'ils ne fussent arrivés à temps pour éteindre le feu qu'on avait mis en divers endroits. Ils commencèrent par installer sur le trône Moutto- Saoni , qui les avait suivis , espérant que son élévation créerait un parti en leur faveur. Mais il ne leur vint personne, Moutto-Saoni ayant été dégradé par un châtiment public que lui avait infligé le dernier empereur.

Le projet des Ceylanais était de vaincre leurs ennemis" par la ruse plutôt que par les armes. Ils comptaient d'ailleurs beaucoup sur l'insalubrité du climat; et, au lieu de combattre , ils négocièrent. Seulement ils s'appli-

auèrent à intercepter tous les convois, e manière à ce que les Anglais bloqués dans Candy eussent à lutter à la fois contre le climat et contre la famine. L'adigar avait en outre promis dix roupies par tête d'Anglais, cinq par tête decipaye, ce qui était ajouter l'assassinat aux deux autres fléaux. Le premier ministre avait commencé ses négociations par offrir au général Macdowall de lui livrer la personne de l'empereur. Un détachement sortit de Gond y à cet effet ; mais , au lieu d'un prisonnier, il trouva une embuscade, et fut rudement ramené dans la ville. Cependant les calculs de Palamé-Talevi avaient été très-justes, et Macdowal , étroitement enfermé dans Candy par des forces très-supérieures, commençait à y sentir sa position tout à fait compromise. Le système de temporisations et de négociations l'avait amené à une situation extrêmement critique, dont le résultat était, pour comble de maux , de le rendre facile à l'ouverture de toute négociation nouvelle, seule voie de salut qui lui restât. Palamé-Talevi changea donc de batteries; il flt proposer au général la déposition du souverain actuel , et sa propre élévation sur le trône, moyennant une pension qui serait faite à Moutto-Saoni, dont les Anglais abandonneraient les prétentions. Macdowall s'embarqua dans cette intrigue,

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et avec une telle confiance, qu'il se hâta, sur la foi de Punion établie entre lui et le ministre, d'abandonner la ville, où il ne laissa qu'une garnison d'un millier d'hommes. On le laissa tranquillement s'éloigner, mais , deux jours après , les Ceylanais se rapprochèrent de la ville et, sous prétexte de conférences , essayèrent d enlever le gouverneur. Ce projet ayant manqué, ils se mirent à débaucher les ci payes et les Malais, qui en effet désertèrent par bandes. Le reste de l'armée peuplait les hôpitaux. Les rivières débordées mettaient obstacle à l'envoi d'aucun secours. Toutes ces circonstances enhardirent Palamé-Talevi à tenter, pour en finir, une action de vive force. Attaqués dans le palais où ils étaient établis, les Anglais repoussèrent le premier assaut (24 juin), mais, trop prompt à desespérer du succès d'une plus longue résistance , le major Davis , qui voyait son effectif réduit d'un millier d'hommes à environ 400 , demanda à capituler. Il obtint pour lui , pour ses troupes et pour le prince Moutto-Saoni , la faculté de se retirer à Trinuueniale ; le ministre s'engageait à prendre soin des malades et des blesses qu'on laissait à l'hôpital. Davis se mit en marche le même jour, emmenant avec lui 14 officiers et 20 soldats anglais, 250 Malais, 140 canonniers lascars , Moutto-Saoni et sa suite. Le lendemain matin, comme il était arrêté sur les bords de la Mahavilla-Ganga, rivière débordée, il lui arriva un messager de l'empereur qui le somma, avec menaces, de livrer le priuce Moutto-Saoni. Le major repoussa vivement cette exigence. Un second messager lui vint assurer que les intentions de l'empereur, loin d'être malveillantes pour le prince, étaient au contraire de le replacer dans le rang qui lui appartenait à côté du trône. Davis n'en persista pas moins dans son refus. Un troisième messager survient alors, annonçant que l'empereur lui-même , à la tête de toutes ses forces , va venir barrer la retraite aux Anglais s'il n'est obéi sur-le-champ. Dans cette perplexité , le major, après avoir tenu un

conseil , croit devoir paver de la perte d'un homme le salut ae son armée.

Moutto-Saoni , amené aux pieds de l'empereur, y est exécuté sur place. Le chef anglais pouvait se croire quitte, après le sacrifice de son allié et ât l'honneur britannique. Mais le lendemain (26 juin) , nouveau message et sommation de mettre bas les armes, sous peiue de mort , avec la vie sauve au contraire si l'on obéit sans résu tance. Les événements, les maladies, l'abandon où ils étaient, avaient tellement abattu les courages , que i« Anglais n'essayèrent pas de mourir du moins en se défendant ; ils rendirent leurs armes et se laissèrent ramener prisonniers à Candy. Aucun d'eux n'y arriva, sauf le major Davis et le capitaine Brunsley, qu'on garda comité otages, et quelques soldats malais qui consentirent à passer dans l'ara*?

ceylanaise. Tous les autres furent égorgés à petit bruit , deux à deux .

tout le long de la route. Les malade»

de l'hôpital, au nombre de J 20, subirent le même sort. Un seul eo édiappJ par miracle , et nous le retrouvent plus tard.

Après ces hauts faits, l'empereur se sentit le cœur assez enflé pourostr prendre l'offensive et préparer l'expulsion des Anglais. Malheureusement un échec qu'il essuya tout d'abord contre un petit fort qu'il voulait prendre avant d'attaquer Colombo , abattit ce grand courage , et la guerre finit li ou du moins se réduisit a des rencontres de patrouilles. En 1804 , il reprit encore de vastes projets qui échouèrent, pour être remis à flot et pour échouer encore en 1805. La mort vint alors couper court à des projets nouveaux Son successeur songea plutôt à s'affermir qu'à continuer cette guerre, et de leur côté les Anglais ne furent point fâchés de profiter du répit qu'il leur laissait. Ce répit dura environ huit ans.

Le successeur du meurtrier de l'armée de Davis s'était fait une réputation de cruauté , même à Ceylan. En 1814, il cita devant lui son ministre.

Eheilapoula , pour se taire rendre compte de certains actes qui lui déplai-

soient, L'adigar n'eut garde de comparaître, et au contraire il invoqua l'appui des Anglais contre son souverain, leur offrant, pour prix de ce service, la province de Saffragam qu'il avait entraînée dans sa révolte. Le gouverneur, M. Bowriog, déclina, quant à présent, cette offre. L'empereur, suivant l'usage de Ceylan, tenait en otage la famille de son ministre, cinq enfants et leur mère. Le plus jeune de ces enfants , encore à la mamelle, eut la tête coupée, et la mère fut contrainte à la piler elle-même dans un mortier. Ce coup frappa si violemment le malheureux Eheilapouln, que son courage et son intelligence en furent troublés ; il ne sut opposer qu'une faible résistance aux armées de l'empereur, et n'eut plus de refuge que sur le territoire anglais. Le général Bowling avait d'abord hésité a le recevoir; bientôt pourtant il lui promit des secours. Dans la première entrevue qui lui fut accordée, l'adigar, à la vue du général, éclata en larmes et en sanglots; il sollicita de lui la permission de l'appeler son père. Cependant l'empereur usait de représailles sur les sujets britanniques. ïl en fit arrêter dix , qui |iar malheur se trouvaient dans ses Etats , leur fit couper les bras , le nez et les oreilles, et les renvova ainsi mutilés. Sept moururent , trofs arrivèrent à Colombo dans cet état. La guerre fut résolue. Le général eut le soin de lancer d'abord une proclamation pour déclarer qu'il ne faisait point la guerre aux peuples de Ceylan , mais seulement au tyran féroce qui violait si indignement "toutes les lois divines et humaines. A peine l'armée anglaise était elle en mouvement , qu'on vit arriver le premier ministre qui passait à IVnnemi avec la grande bannière de l'empire , des éléphants , les papiers de son administration . etc. , exemple aussnôt suivi par les chefs de la province. Aidant ce temps , l'empereur s'amusait à faire empaler les messagers qui lui apportaient de mauvaises nouvelles.

Quand il sut les Anglais aux portes de ra capitale, il s'enfuit, et Tannée y entra sans coup férir. Alors se pre-

senta au quartier général un homme dans le costume du pays, mais de ligure européenne. C était ce caporal Thomas Tocn , qui avait échappé au massacre des malades, en 1803. Les assassins , à ce qu'il raconta , après lui avoir arraché l'appareil de ses blessures, l'avaient laissé pour mort d'un coup de crosse de fusil dont ils l'avaient étourdi. En revenant à lui, il s'était traîné au bord d'un réservoir d'eau. La, des soldats l'ayant découvert l'avaient pendu à un arbre; la corde s'était cassée. D'autres soldats survenant l'avaient pendu encore, mais à une corde qui ne valait pas mieux que la première. Pendant dix jours, caché dans une hutte abandonnée, il vécut de l'herbe qui croissait dans les fentes et de l'eau qui suintait des toits ou des murailles. Le besoin l'ayant un jour chassé au dehors pour ramasser quelques racines, il rencontra un vieux Ceylanais qui lui offrit un plat de riz. Le bruit de cette aventure étant venu jusqu'à l'empereur, la superstition, à défaut d'humanité, l'intéressa au sort de cet homme tant de fois et si miraculeusement sauvé. II donna ordre qu'on en prit le plus grand soin et toutefois le garda si sévèrement qu'une femme, pour avoir essavé de faire passer une lettre de Toê'n au major Davis , fut mise à mort. Quelques lambeaux d'une Bible anglaise, trouvés par hasard, furent l'unique distraction de ce malheureux depuis le mois de juin 1803 jusqu'à peu près à pareille époque de 1814.

L'empereur, abandonné de tous ses partisans , errait seul avec deux de ses femmes dans les euvirons de sa capitale. 11 y fut découvert dans une maison, ramené les pieds chargés de fers, les mains garrottées derrière le dos, au milieu des injures et des coups de la populace; peut-être eût-elle fini par le mettre en pièces , mais un détachement anglais rencontra le cortège et s'empara de l'empereur, qui fut aussitôt envoyé à Colombo. Là , on le traita avec plus d'humanité qu'il n'en méritait et qu'il n'en attendait. Mais le trône fut déclaré vacant , les droits

L'UNIVERS

de la dynastie malabare abolis, et, du consentement des chefs , avec qui on en passa le traité , la domination du roi d'Angleterre proclamée sur toute

nie.

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