‹ IndeChapitre 39 sur 42 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

EXPÉDITION DE BHtillTPOUB. L0BD WILLIAM BENTliNCK. PHASE NOU- VELLE DE LA DOMINATION AN- GLAISE DANS L'INDE. COUP D'gEIL

sub l'état actuel des établissements FBANÇAIS.

Nous avons vu le siège soutenu, en 1805, contre lord Lake par le rajah de Bliurtpour. Ce rajah, Randjit Singh, dut enfin se soumettre à un traité qui mettait ses Ktats sous la protection britannique. A sa mort, il laissa quatre fils, dont l'aîné ne régna qu'un instant , et mourut sans postérité. Le second, Rulder Singh, monta sur le trône, qu'il occupa jusqu'en 1824. Avant de mourir, et peur mieux assurer sa

succession à son fils Bulwant Singh ,

il requit pour lui, du gouvernement anglais, le khilaut d'investiture. C'était placer plus étroitement encore sous la garantie de la puissance britannique les droits du futur rajah. Le khilaut fut accordé, et le jeune prince en fut revêtu, avec toutes les cérémonies d'usage, par sir David Ochterionv (août 1824). Bulder Singh survécut peu aux pompes de cette fête ; et l'événement montra bientôt qu'il n'avait été trop loin ni dans les appréhensions qu'il avait conçues, ni dans les précautions qu'il avait prises. Au commencement de 1825, un certain Dourjun Saul excita contre le jeune ra jah, contre sa mère et contre son oncle , une révolte dans laquelle ce dernier périt.

Dourjun Saul tenait par le sang à h famille régnante. L'intervention anglaise contre cette usurpation fut d'abord toute diplomatique, ou , du moins, on s'en tint , quant aux actes d'hostilité, à de simples démonstrations.

Mais, vers la lin de l'année, le gouvernement jugea qu'il était temps d'employer les moyens de rigueur, et le siège de Bliurtpour fut résolu. En conséquence, la place fut investie, par lord Combermere, dès les premiers jours de décembre. L'artillerie de siège était arrivée le 14, et le feu des batteries commeuça le 23. Il fut soutenu, pendant près (l'un mois, par les assiégés avec une grande vigueur. EnGn, le 18 janvier, deux brèches étaient praticables, et l'assaut fut résolu des deux côtés à la fois. Malgré l'explosion d'une mine que les Anglais avaient construite, et qui porta le ravage jusque dans leurs rangs, les deux opérations réussirent, toute la garnison fut prise, ainsi que Dourjun SauJ , sa femme et ses enfants. Cette victoire avait une importance plus grande encore que celle du rétablissement de Bulwant Singh. Au temps de lord Lake, les armes anglaises avaient échoué une fois devant les murailles de Bhurtpour; et elles y eussent échoue peut-être la seconde fois, si le manque de munitions n'avait réduit les assiégés à capituler. En résultat, Bhurtpour, jusqu'en

1825, pouvait passer, aux yeux des indigènes, pour une place imprenable et pour un dernier rempart ouvert aux révoltes de la nationalité humiliée partout ailleurs. C'était un prestige à lui ûler. Il ne fallait pas qu'il restât, dans Tlnde, une forteresse dont la réputation intacte fût comme un déli éternel porté aux armes de l'Angleterre. Les murs de Bhurtpour expièrent l'orgueil de leurs premiers triomphes, ils furent complètement rasés.

Les habitants purent voir gisant par terre un bastion qu'ils avaient surnommé le bastion de la Victoire, et qu'ils se vantaient d'avoir élevé avec les os, la chair et le sang des Anglais que lord Lake avait perdus au pied de bes murs. Lord Combermere procéda, aussitôt après la prise de la ville, à la ^installation du rajah, auquel il laissa une garnison anglaise , composée de deux régiments.

Telles furent les guerres soutenues par lord Amherst , et les dernières cierres que les Anglais dussent soutenir, jusqu'à nos jours, dans l'Inde proprement dite, ou dans le voisinage immédiat de leurs possessions. Lord Amherst signala encore son administration par un acte plus important en apparence qu'en réalité, acte accompli depuis longtemps déjà dans les kits, fa déchéance de l'empereur mogolt et la dévolution absolue de ses droits de souveraineté à la Compagnie.

L'empereur et les siens eurent la fail»Iesse«de s'en montrer aussi affectés que si on lui avait enlevé réellement quelque chose. Lui ôter un vain titre, <x n'était pourtant que le soulager du poids d'une humiliation pompeuse et d'un contraste écrasant pour son orgueil. Après avoir proclamé, à Dehii , ta souveraineté indépendante de la Compagnie, lord Amherst revint à Calcutta, où il s'embarqua, à la fin de Mrs (1828), pour l'Angleterre. Lord fcntinck, son successeur nommé, était déjà en mer pour l'Inde. Ils se rencontrèrent au Cap, où le nouveau gouverneur général s'empressa d'invoquer les lumières de son prédécesseur.

Avec l'administration de lord Wil-

liam Bentinck, commence une ère nouvelle dans l'histoire de l'Inde anglaise. Pour ce qui regarde la conquête, tout est accompli, tout est consommé , tout est même proclamé.

L'Inde est Anglaise de fait et de nom. Le canon joyeux qui, du haut des remparts de Dehli, a annoncé cette nouvelle à l'empire, a écrit pour longtemps la dernière page de l'histoire de l'Inde qui diU être écrite avec le canon. La guerre a jusqu'ici pesé de tout le poids de ses nécessités sur le système politique, sur les vues administratives, sur tous les établissements, sur tous les essais de la puissance conquérante. Les meilleures intentions, les conceptions les plus habiles ont dû s'ajourner ou se mutiler pour faire place aux mesures d'urgence que réclamait impérieusement l'état de guerre.

Rien n'a été ordonné avec ensemble , avec suite et persistance que ce qui avait été préparé en vue de la guerre , ou amené par la guerre. Ce fait immense , et qui a absorbé jusqu'à présent toutes les ressources, tout le temps , toutes les idées , tous les dévouements, disparait subitement de l'histoire de l'Inde, et laisse en présence d'un État nouveau la conquête désormais assurée. Un autre génie va présider aux destinées de I empire.

Cette supériorité de la civilisation européenne, qui a été si bien établie par la gloire des armes, va-t-elle éclater avec une puissance aussi incontestable dans l'art de gouverner que dans l'art de conquérir? Telle est la question qui survit à toutes les questions déjà vidées, et qui reste la seule pendante au moment où lord William Bentinck est élevé au pouvoir.

L'histoire , sous lord William , devint tout administrative. Sauf quelques troubles aussitôt étouffés à Nagpour et dans le Mysore, rien ne vient distraire le gouverneur général des soins de ce genre. L'empire anglais n'a en quelque sorte pas de voisins.

Les flots de la mer ou les cimes du Thibet le séparent de toutes les grandes puissances du globe. Il n'a, à ses portes, que des peuplades déjà vaincues

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ou trop faibles pour lqi porter ombrage. Il n*v a donc plus de politique. Assurer la justice, organiser et percevoir les impôts, favoriser par de sages établissements la création et la circulation des richesses, tels sont les points sur lesquels se concentrent tous les efforts du nouveau gouverneur général.

Cette transition d'une ère guerrière et conquérante à une ère pacifique et organisatrice amenait naturellement de grandes réformes. Pour s'éclairer sur les besoins du pays, lord William commença par établir la liberté de la presse. Il institua des comités de finances, chargés de recueillir tous les renseignements relatifs à l'administration civile ou militaire. L'armée s'émut fortement de ces préparatifs de réformes, et s'empara avec vivacité de l'arme nouvelle que les idées lil>érales du gouverneur général venaient de mettre entre ses mains. La presse défendit l'épée. La fermeté de lord William n'en fut pas ébranlée. Pour étendre les réformes à tout ce qui en avait besoin, il parcourut, en 1829, le vaste empire qui lui était confié; affermit, par des dispositions nouvelles, le système que lord Hastiugs avait établi dans les récentes conquêtes du pays des ÎSlahrattes, et en confia la surveillance aux soins d'un résident qu'il institua dans la province de Malwa. Il perfectionna le système de police déjà organisé pour l'extermination de ce genre de vol qui est connu dans l'Inde sous le nom de déçoit: il essaya même, chose extrêmement délicate et non encore tentée, de toucher aux mœurs et aux croyances religieuses, en poursuivant l'abolition de ces sacrifices humains qui s'accomplissaient encore sur les bûchers des sattis. Satti, on le sait, est le nom que l'on donne, dans l'Inde, au sacrifice même, et à la veuve qui s'y est soumise. Les vieilles superstitions protestèrent d'abord, mais la raison et l'humanité l'emportèrent. Il n'y avait pas un demi-siecle qu'un bataillon de cipayes s'était révolté à Madras, parce qu'on avait voulu changer sa

coiffure. Ce rapprochement seul indiqué quel pérfl il y avait dans les innovations qui touchaient à des coutumes enracinées par le temps, sanctionnées par des croyances; et quel progrès avait fait l'ascendant de la puissance anglaise dans l'esprit des peuples.

Une nouveauté moins hardie , mais qui aura des résultats bien plus marquants dans l'histoire, fut I introduction de la navigation à vapeur dans les communications de la colonie arec la métropole. On ne saurait prévoir ce qui adviendra , même pour les nations d'Occident , de cette innovation

Î[ui a substitué la vapeur à la voile, et a route d'Égypte à celle du Cap. L'Europe a déjà ressenti , en f 840 , un de ces ébranlements précurseurs qui lui laissent entrevoir ce que cette simple question peut receler de bouleversements pour l'avenir. Lord William n'eut pas, il est vrai, la gloire de concevoir cette idée qui avait été préparée dès 1821, et réalisée dans un premier essai en 1825. Le vaisseai l'Entreprise, parti de Falmouth le 16 août de cette année, et suivant l'ancienne voie du cap de Bonne-Espérance, était arrivé dans le Bengale le 7 décembre. Ce succès était suffisant pour exciter l'enthousiasme et exalter les espérances, mais non pour résoudre le problème d'une communication régulière et permanente par une voie maritime si longue et si dispendieuse, eu ég.ird aux exigences particulières de la navigation a vapeur. Les autres voies de l'Euphrate ou de la mer Rouge , si elles offraient une solution bien plus facile pour les difficultés nées de ces exigences, soulevaient en même temps des problèmes d'un autre ordre et bien plus épineux. Toutefois, l'objet du moment étant d'obtenir le moyen d'aller le plus vite passible avec le moins de frais possible, tcutes les études se portèrent de ce cite. On sait les travaux que les Anglais ont exécutés sur le cours de l'Euphrate, et le projet toujours suivi par eux de rétablissement d'un chemin de fer à travers l'isthme de Suez; projet ardu,

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et non pas pour les ingénieurs seulement. Ce qui leur suffisait à l'époque où nous sommes arrivés, c'était de réaliser une très • grande économie de temps sans de trop grandes incommodités. Le passage par la mer Rouge fut tenté pour la première fois en 1830. Le navire Hugh Liiidsay, parti de Bombay le 20 mars, arriva à Suez le 22 avril. Aujourd'hui le même espace de temps suffit aux journaux qui suivent le même trajet pour arriver jusqu'à Paris. Mais l'inexpérience et les imperfections d'un service nouvellement organisé avaient retardé la marche du Hugh Undsay. Il recommença le même voyage au mois de décembre suivant, et l'accomplit en vingt-deux jours. L'expérience fut depuis plusieurs fois répétée, et donna à peu près les mêmes résultats. Ces résultats étaient assez satisfaisants pour déterminer l'organisation régulière de cette communication nouvelle qui venait de s'ouvrir entre la métropole et sa eolonie. La question fut portée devant le parlement en 1834. La chambre des communes, frappée des avantages obtenus, vota l'établissement d'un service permanent, et toutes les dépenses qui devaient l'assurer. Cette grande mesure, à laquelle lord William Bentinck a contribué de tout son zèle et de tous ses efforts, inaugure glorieusement l'ère nouvelle à laquelle préside le nom de ce gouverneur général , et sera une époque mémorable dans l'histoire de la Compagnie. Les réformes administratives, judiciaires, militaires, de police, de finances, etc., absorbèrent toute son administration, à laquelle le délabrement de sa santé vint mettre un terme. La cour des directeurs lui témoigna, dans une déclaration solennelle, ses regrets et sa gratitude. Les négociants de Londres et diverses corporations lui votèrent aussi une adresse de remerciment, et une statue à élever sur l'une des places publiques de Calcutta.

L'ère des transformations était arrivée pour la Compagnie. Son privilège expirait avec l'année 1883. Au mois de février 1830 , lord Ellenbo-

rough proposa la formation d'un comité chargé d'examiner l'état des affaires de l'Inde , et fit en outre une motion tendante à décider si l'Inde devait être gouvernée avec ou sans l'assistance de la Compagnie ; s'il était à propos que cette assistance s'exerçât sous la forme précédemment adoptée ou sous une forme nouvelle. Cette question, on le voit, avait marché depuis le temps où Burke et Fox s'effrayaient des empiétements du pouvoir royal sur la Compagnie; depuis le temps où celle-ci osait élever, dans l'Inde, des conflits d'autorité, de souveraineté contre la couronne représentée par des commissaires, et paralyser dans leurs mains l'intervention royale. La mort du roi George IV, en entraînant la dissolution du parlement, vint interrompre les premiers travaux commencés en vertu de la motion de lord Ellenborough. Mais, au mois d'octobre de la même année 1830, lord Wellington, à la tête du ministère, reprit la question et se mit en communication avec la cour des directeurs, pour traiter avec eux des arrangements à prendre avec la Compagnie.

L'un des contre-coups de la révolution de juillet fut de renverser le ministère Wellington. Il légua à lord Grey l'accomplissement de cette œuvre ébauchée, et mie devait interrompre encore unefoisunedissolutiondu nouveau parlement. Les pourparlers avec la cour des directeurs reprirent leur cours.

Ils aboutirent à un arrangement par lequel la Compagnie consentait à transférer à la couronne ses propriétés territoriales et ses privilèges commerciaux moyennant un ensemble de mesures destinées à indemniser les propriétaires, et à sauvegarder tous les intérêts existants, tous les droits acquis. Ces mesures consistaient surtout dans un remboursement par annuités, et dans la création d'un capital qui, placé dans les fonds publics d'An* gleterre, serait , au bout d'un certain temps, reparti entre les propriétaires.

Le ministère portait à 630,000 livres sterling le montant de l'annuité, et à 1,200,000 livres le capital du fonds

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commun. La Compagnie demandait que l'annuité fût concédée pour une durée de quarante ans au moins ; que le chiffre du fonds commun fût calculé de manière à ce que, à l'expiration de ces quarante ans, il pût suffire au rachat des annuités ; que , dans le cas où le revenu de l'Inde ne serait pas suffisant pour payer les annuités aux termes fixés, le déficit fût comblé par des sommes prises sur le fonds coinmun, quitte à les remplacer plus tard par les fonds venant de l'Inde ; la cour des directeurs demandait en outre que la Compagnie continuât d'administrer l'Inde pendant une période de temps qui serait fixée d'avance, et ne pourrait être moindre de vingt années; et que ses privilèges , à l'égard du bureau du contrôle ou du ministère , lui fussent confirmés pendant cette période. Elle se réservait aussi le droit de présenter au bureau du contrôle un plan propre à assurer l'exécution de ses obligations commerciales, et le sort de ceux de ses employés dont la situation serait atteinte par les dispositions nouvelles.

Ces arrangements, soumis à l'assemblée des propriétaires, y furent adoptés par une majorité de 477 voix contre 52. Le ministère consentit à élever à 2,000,000 le montant du fonds commun; à faire du payement de l'annuité une créance privilégiée, et à proroger pour vingt ans le gouvernement de l'Inde dans les mains de la Compagnie. Le parlement sanctionna toutes ces mesures par un bill présenté le 28 juin 1833 , et dont voici quelques-unes des principales dispositions :

« Les territoires possédés dans l'Inde par l'Angleterre demeurent sous le gouvernement de la Compagnie jusqu'au 30 avril 1864. Les propriétés de la Compagnie sont acquises à la couronne pour l'acquittement des dépenses de l'Inde. Les privilèges, droits, pouvoirs, immunités de la Compagnie continueront d'avoir force jusqu'à la même époque.... Les dettes de la Compagnie seront liquidées, à une époque déterminée, sur les bénéfices et les revenus

territoriaux de l'Inde. Un dividende de 10 1/2 pour 100 est accordé aux propriétaires du capital de ta Compj «nie, mais racheta b le par le parleront dans certaines proportions fixées (favance. La Compagnie est autorisée à demander ce remboursement dans le cas où le gouvernement de l'Inde lui serait enlevé. Un fonds social de 2,000,000 de livres sterling est forme pour le remboursement de l'annuité accordée aux propriétaires du capital social de la Compagnie; jusque-là, Piotérêt de ce fonds commun s'ajoutera au capital. En cas de non pavement de l'annuité ou d'une partie de far.nuité par le gouvernement , la cour des directeurs est autorisée a prendre sur le fonds commun la somme nécessaire pour compléter ce payement. U dividende sera payé sur les revenus àt l'Inde, de préférence à toute autre dépense. »

Puis venaient d'autres disposition; qui renouvelaient le bureau du contrôle et réglaient ses attributions, ainsi que celles du gouverneur général et du conseil suprême. Une nouvelle présidence était établie à Agra , et la subordination des présidences de province, par rapport au gouvernement central de Calcutta, établie d'une manière plus étroite. L'abolition graduelle de l'esclavage était prescrite ; des évéebés créés à Calcutta, Madras et Bombay ; les emplois dans l'Inde réservés aux élèves du collège de Hailesbury:

enfin l'île Sainte- Hélène, jusque-là appartenant à la Compagnie, était transférée à la couronne.

Ce bill fut voté , le 26 juillet 1833 par la chambre des communes; le 16 août suivant, par la chambre des lords, et sanctionné, le 28, par la courons Sa mise en vigueur devait dater du 10 avril 1834. Il consacrait, après un delai de vingt ans, l'abolition de la Compagnie des Indes, et un régime transitoire jusqu'à l'expiration de ce délai.

Les événements remarquables arrivés depuis ont été retracés par les deux écrivains dont nous sommes le continuateur. L'un , M. de Janctgny, l'a fait dans l'introduction de cette bis-

toire de l'Inde; l'autre, M. Ravmond , Ta fiait dans l'histoire de l'Afghanistan , qui appartient à cette collection. Nous renvoyons surtout à cet ouvrage pour les derniers événements qui ont appckf les Anglais dans le Caboul.

L'txpédition de Chine sera racontée par M. Pauthier dans l'ouvrage consacre à la Chine. Ainsi donc, notre tâche est terminée en ce qui concerne l'histoire de l'Inde anglaise. Il nous reste à dire deux mots sur l'état actuel des établissements français dans l'Inde.

Nous avons vu à quel point alors inouï de prospérité Dupleix avait porté la puissance française dans le Deccan.

Les Anglais, pour arriver au point où ils en sont aujourd'hui , n'ont eu qu'à adopter la politique et à suivre les errements de ce grand homme. Aussitôt après lui , la décadence fut prompte et bientôt la ruine complète. Le traité Godeheu nous réduisit à quelques comptoirs sans commerce ; la prise de l'ondichéry, sousLally-Tolendai, nous réduisit à rien. La France fut complètement chassée de l'Inde/ La paix de 1763 nous rendit Pondichéry avec un territoire réduit , Mahé, Karikal, Chandernagor , et nos autres comptoirs dont nous ne reprîmes toutefois possession qu'en 1765. La Compagnie française, depuis 1725, ne s'était soutenue qu'aux dépens du roi et de l'État, a qui elle a vait souti ré la somme énorme de 376,000,000. Elle se trouvait abolie de fait par la perte de ses établissements. Comme elle avait assez prouvé son impuissance à en tirer parti , on l'abolit formellement après la restitution, en 1769. Tout Français eut le droit de naviguer et de trafiquer librement au delà du cap de Bonne- Espérance. Cette liberté du commerce, qui avait un peu relevé Pondichéry, ne devait pas nous profiter longtemps.

Prise de nouveau en septembre 1778 , cette ville nous fut encore rendue en 1783, pour être reprise en août 1793 ; restituée, en 1802, par la paix d'Amiens; et, enfin, prise une dernière fois en septembre 1803, et rendue définitivement en vertu des traités de 1814 et 1815. Ces traités placent en

Suelque sorte nos établissements sous i protection britannique. Par l'article 12 du traité de Paris, du 30 mai 1814, la France s'engage « à ne faire aucun ouvrage de fortification dans les établissements qui lui doivent être restitués, et qui sont situés dans les limites de ta souveraineté britannique sur le continent des Indes; et à ne mettre dans ces établissements que le nombre de troupes nécessaire pour te maintien de ta police.* En réciprocité, l'Angleterre s'engage, par le même article , • a faire jouir les sujets de S. M. T. C. , relativement au commerce et à la sûreté de leurs personnes et propriétés, dans les limites de la souveraineté britannique sur le continent des Indes, des mêmes facilités, privilèges et protection qui sont à présent ou seront accordés aux nations les plus favorisées. » Par la convention du 7 mars 1815, l'Angleterre s'engage, en cas de rupture : « 1° A ne point considérer ni traiter prisonniers de guerre les personnes qui feront partie de V administrât ion civile des établissements français dans l'Inde, non plus que les officiers, sous - officiers et soldats qui, aux termes du traité conclu à Paris le 30 mai 1814, seront nécessaires pour maintenir la police dans lesdils établissements, et a leur accorder un délai de trois mois pour arranger leurs affaires personnelles , comme aussi à leur fournir les facilités nécessaires et les moyens de transport pour retourner en France avec leurs Jamilles et leurs propriétés particulières ; 2° à accorder aux sujets de S. M. T. C. , dans l'Inde, ta permission d'y continuer leur résidence et leur commerce aussi longtemps qu'ils s'y conduiront paisiblement et qu'ils ne feront rien contre les lois et les règlements du gouvernement. »

Ainsi , même en cas de guerre entre les deux nations, on ne daigne pas nous traiter là-bas tout à fait en ennemis. On se contente de nous mettre officiellement hors de chez nous, et d'autoriser les particuliers qui le mériteront par leur bonne conduite de

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continuer leur résidence et leur commerce. Voilà à quelles conditions un peu dédaigneuses on nous a permrs de posséder aujourd'hui Pondichéry, Karikal, Yanaon, une loge à Masulipatam; Mahé, sur la côte de IVIalabar; Chandernagor au Bengale, et six loges encore dans les lieux suivants : Calicut, Cossimbazar , Jougdia, Dacca, Balassore et Patna. Une loge est une maison où la France a le droit d'établir un comptoir et de faire flotter son pavillon. La loge de Mazulipatam , ville autrefois française , et chef-lieu d'une opulente province française, serait aujourd'hui complètement déserte, n'était deux Indous subalternes qui y sont placés par le chef du comptoir d' Yanaon , pour fermer la porte et garder le pavillon. La loti» de Calicut est dans un état non moins florissant , et a pour hôte unique un concierge ou gardien. Celles de Balassore, de Oacca, de Cossimbazar, de Patna, de Jougdia, toutes cinq dans le Bengale, jouissent chacune d un petit territoire qui leur est annexé, et qui leur vaut de magnifiques prérogatives de souveraineté, de juridiction civile et criminelle sur quelques dizaines d'Indiens, dont ces territoires sont peuplés. Un agent français, qui avait été établi dans la

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