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CHAPITRE I. — ARCHÉOLOGIE

Monuments celtiques (1).

1° Le dolmen de la Madeleine, situé au sud de Gennes, se compose de dix pierres, dont sept placées verticalement supportent les trois autres servant de toit. Les pierres verticales sont ainsi disposées : trois au sud, trois au nord et une à l’ouest. L'ouverture est à l'est.

Ce monument de douze mètres de longueur, cinq mètres de largeur, 3 mètres de hauteur, ne présente plus qu’un seul compartiment, le vestibule ayant sans doute été détruit. (Voy. pl. 74, d’après un dessin de M. de Lorière.)

— 2° Le dolmen d’Avort, situé à cinq kilomètres environ au sudouest du bourg de Gennes vis-à-vis la cour d’Avort, se compose de

(1) Tous ces monuments sont en pierres de grès,

sept pierres : six placées verticalement et la septième horizontalement servant de toit. Sa longueur est de 4 m. 50 c., sa largeur de 2 m.et sa hauteur d’un mètre soixante-quinze centimètres. Son entrée est quasi à l’ouest. (Voy. pl. 74, d’après un dessin de M. de Lorière.)

3° Le dolmen de la Pagerie ou du Bois-Gilbert, situé au sud-ouest de Gennes et à 3 kil. environ du bourg, se compose de douze pierres, dont neuf placées verticalement supportent les trois autres servant de toit. Sa longueur est de 10 mètres, sa largeur de 5 m. 40 c. et sa

hauteur de 2 mètres environ. (Voy. pl. 75, d’après un dessin de M. de Lorière.)

4° et 5°. Cette commune possède aussi deux peulvans : l’un placé sous le numéro 17 de la carte antique de Bodin, est situé sur la rive gauche du ruisseau d’Avort au sud-ouest de Gennes.

L'autre peulvan, placé sous le numéro 18 de la carte antique Bodin, est situé à quinze cents mètres, vers ouest, du bourg de Gennes.

Nonuments divers,

Dans la commune de Gennes on remarque encore les restes d’un théâtre romain, situé près la grotte de l’Hermitage, dans un bois dépendant de l’habitation de M. Dachon. Ce lieu scénique, indiqué , déjà par les archéologues, présente la forme d’un hémicycle entouré de gradins pour les spectateurs.

Non loin de là, les restes d’un aqueduc romain, qui conduisait les eaux de la fontaine Mazerole à Gennes; et des bains dont on retrouve trois niches, de même qu’une voie romaine au sommet du coteau, se font aussi remarquer.

Sur un mamelon très-élevé, situé à peu de distance de la Loire au nord-est de Gennes, et d’où la vue, en s'étendant au loin procure la jouissance d’un des plus beaux panoramas de la contrée, se trouve placée l’église Saint-Eusèbe.

Cette église si remarquable d’ailleurs, dont les murs en partie, sont construits en petit appareil imbriqué, qui rappelle la manière de bâtir des Romains, tandis que le reste de l'édifice appartenant au moyen àge, donne assez à penser qu’avant d’avoir été consacrée au culte des chrétiens, cette construction devait avoir eu toute autre destination, celle peut-être d’un temple romain.

Il en est de même sans doute par rapport à l’église paroissiale de Gennes, du nom de Saint-Vélérin, qui présente les mêmes genres de bâtisse.

« Près l’église Saint-Eusèbe, dit Bodin (Bas-Anjou), on voit trois » pierres sépulcrales de 18 pieds de largeur sur 3 à 4 pieds de lon-

» gueur. Sur deux de ces pierres, l’une gravée en relief et l’autre » en creux, on trouve entre autres figures celle de l’ascia ou bêche » pour ouvrir la terre... (1). »

M. Godard-Faultrier qui a cherché vainement ces pierres sépulcrales, pense qu’elles auront été détruites.

Nous devons mentionner encore les ruines d’un ancien château fort situé dans la paroisse de Milly-ie-Meugon, au centre de la forêt

de ce nom. Mais de cette forteresse, qui appartenait aux Maillé-

Brézé, 1l ne reste plus que quelques pans de murs insignifiants.

Fontaine d’Avort ou d’Avor.

(rennes possède une fontaine qui a joui longtemps, et jouit encore par des souvenirs traditionnels, d’une certaine célébrité, à raison des choses extraordinaires débitées sur son compte par les habitants mèmes du pays : c’est la fontaine d’Avort ou d’Avor.

Cette fontaine, située presqu'au sommet du coteau sud-ouest qui domine (rennes, au bord et au nord de la forêt de Milly, repose sur le terrain crétacé.

Ses eaux, claires, limpides, froides et très-abondantes, sont employées d’abord dans son large bassin à un lavoir très-fréquenté, dont le trop plein ensuite, forme un ruisseau torrentiel, qui ne tarit jamais et fait tourner sept moulins à farine et un moulin à tan.

La multiplicité des choses extraordinaires racontées sur les pro priétés des eaux de cette fontaine engagea le docteur Tessié-Ducloseau de la commune des Rosiers à recueillir tous les faits, toutes les particularités attribués aux eaux de cette fontaine; et devinrent le sujet d’un mémoire de quatorze pages d'impression inséré dans le

Mournal de physique, t. xxvu°, juillet 1791, et ayant pour titre :

Analyse des eaux alcalino-terreuses, minérales et thermales de la fontaine d’Avor en Anjou.

Pour ne pas dénaturer les faits racontés primitivement sur les propriétés s1 étonnantes attribuées aux eaux de la fontaine d’Avor,

“nous croyons, tout en citant quelques passages du curieux mémoire

de M. Tessié-Ducloseau, rappeler également d’autres faits qui s’y rattachent ; car il est à croire que la tradition, en passant de bouche en bouche, pour les conserver dans le pays, leur aura fait subir quelques modifications, quelques variantes et surtout une énorme amplification. Ne sait-on pas d’ailleurs que plus un fait parait empreint de merveilleux, plus aussi le récit qui le concerne l’augmente

(4) On sait que c'était sous la protection de ce signe sacré que les Gaulois pla-

. Gaient leurs tombeaux.

encore et en l’accroissant presque toujours dans des proportions colossales?

« La fontaine d’Avort, dit M. Tessié-Ducloseau, sort par une multitude de jets qui soulèvent en bouillonnant le lit sableux de son

vaste bassin de forme irrégulièrement parallélogrammatique, di=

rigé du nord-est au sud-ouest, long de quatre-vingts pieds (26%,66) sur dix-huit pieds de largeur (6m) dans sa partie orientale, et de trente pieds (10") à son extrémité occidentale ; d’où il s'écarte aussitôt pour suivre une direction vers le nord... Son eau est claire, lim— pide et transparente, cependant opaline ; elle ne fait aucun dépôt, tant au fond qu’à la surface; elle ne gèle pas, même pendant les rigueurs excessives du plus grand froid connu, tel que celui de 1788 à 1789, où, après avoir parcouru un espace de trois milles elle fondait encore les glaces considérables de la Loire, dans laquelle elle se décharge.

» Une longue et funeste expérience a fait connaître que les oïes et les canards qui se baignent continuellement dans ces eaux ne sont plus féconds ou donnent naissance à des êtres de formes monstrueuses : les uns éclosent le bec de travers, les autres Les ailes renversées, le col contourné, les cuisses et les pattes retournées et placées sur le dos; d’autres naissent avec deux têtes, une naturelle, l’autre sur le croupion; les autres n’ont que des demi-pattes et une enfin en avait quatre, dont deux ordinaires et deux sur le dos; ces

animaux périssent misérablement dans l’espace de trois à quatre,

jours sans pouvoir prendre de nourriture.

» Les terrains bas et marécageux arrosés par les eaux de cette fontaine ayant été défrichés, 1l fut reconnu que les hommes employés à ce travail devinrent chauves, les ongles tombèrent presqu'aussitôt; les mulets et les bœufs qui labourèrent ces terres per— dirent leurs poils et leurs sabots ; et le froment que l’on obtint de ce travail fit un pain qui altérait très sensiblement les facultés physiques.. Les grenouilles qui vivent dans la fontaine et dans les eaux qu’elle fournit ne coassent jamais.

» Par un beau temps sec les eaux d’Avor blanchissent supérieurement le linge, ce qui en fait le lavoir public du canton. Les habitants en font leur boisson ordiraire, ils l’emploient à fabriquer

leur pain, à cuire leur légumes et généralement. à tous les usages

de l’économie domestique.

» Le contact de l'air et l'agitation continuelle des moulins suffisent pour enlever à cette eau la majeure partie de ses propriétés nuisibles

à la fécondité et à la reproduction des animaux et même des hommes,

selon la tradition, laquelle est sans fondement à l'égard des derniers.»

En voilà assez, sans doute, pour rappeler tous les faits si extraordinaires et surprenants attribués aux eaux de cette fontaine; mais

il faut bien le dire, comment se fait-il que ces eaux, qui agissaient autrefois avec tant de pouvoir sur l’organisme animal, ne peuvent plus maintenant produire ces effets si étranges et si contraires au cours ordinaire de la nature sur les animaux, si l’on en excepte toutefois les grenouilles, dont le mutisme s’est conservé, dit-on, ce que nous n’avons pas eu l’occasion de vérifier, mutisme d’ailleurs qui pourrait s'expliquer par l'absence du soleil, dont les rayons bierfaisants et vivifiants ne pénètrent pas plus aujourd’hui qu’autrefois dans le bassin de cette fontaine ; car l’astre du jour, pour ces lieux, est toujours à son déclin.

En outre, si de nouveaux faits se fussent révélés, il est à penser que dans un pays déjà tant imprégné du merveilleux, de nouveaux observateurs aussi se fussent trouvés pour apprécier et proclamer ces curieuses réapparitions. Ces eaux auraient-elles changé de nature ? oh ! alors ce serait une merveille de plus à ajouter à toutes les autres. Dans tous les cas, 1l est à désirer que les eaux de la fontaine d'Avort deviennent le sujet d’une analyse sévère faite avec toute la

précision que donnent, dans ces sortes de travaux, les procédés de la chimie moderne.

Enfin, non loin d’A vort se présente encore une fontaine, la fon-

laine du Veau-d’Or. Avec un nom semblable, celle-ci devait avoir aussi quelqu'histoire sur son compte ; néanmoirs il ne nous est rien revenu qu'on puisse citer à cet égard.

CREZICLE

(ARRONDISSEMENT DE SAUMUR, CANTON DE GENNES

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