CHAPITRE I. — ARCHÉOLOGIE
Sur les confins des départements de Maine-et-Loire et d’Ille-et- Vilaine, à l’ouest et sur la limite de la commune d’Armaillé, au milieu de l’ancienne route de Pouancé à Candé, l’on remarque un monument celtique, un menhyr ou peulvan des plus considérables à raison de la masse et de l’élévation qu’il présente. Il est connu
dans le pays sous le nom de Pterre-Frite. — Voy. pl. 77 (1).
Ce monolithe, formé d’un bloc de pierre schisteuse, d’un gris verdâätre et de nature légèrement serpentineuse, présente quatre faces à peu près d’égales dimensions, qui répondent aux quatre orients, et se termine par une pyramide informe. La face Ja plus large est à l'est et mesure deux mètres dix centimètres dans sa plus grande dimension. À deux mètres huit à dix centimètres au dessus du sol, elle montre une petite Vierge en faïence encastrée dans la roche. La cavité qui la reçoit, de trente centimètres de hauteur environ, est fermée par cinq petites barres de fer aplaties et scelléesw dans la pierre. |
Ce bloc, qui penche au sud d’environ quarante centimètres, présente une élévation de cinq mètres cinquante centimètres au dessus
(1) Si l’on veut trouver l’étymologie de Pierre-frite, il faut se reporter au langage ou idiome du pays, qui, pour exprimer quelque chose d’effrayant, de prodigieux, se sert du mot éfrite : ainsi l’on dirait, en parlant de cette pierre unique dans le pays par sa grosseur et son élévation : cette pierre est éfrite; ce -qui indiqueraït qu'elle est étonnante sous ces deux rapports. Comme on le voit, il n’y a pas bien loin de frite à éfrite. |
du sol. Il peut être enfoncé en terre d’un mètre à peu près, ce qui porterait à six mètres cinquante centimètres sa longueur totale (1).
A un mètreau dessus du sol, 1l présente un pourtour de six mètres quatre-vingt-quatre centimètres; et à deux mètres également au dessus du sol, 1l mesure sept mètres (2).
Sur une petite colline, à l’ouest et non loin de ce monument, l’on voit à son sommet, formant crète, la roche à nu. Cette roche, de nature semblable à celle dont la Pierre-Frite est formée, présentant des blocs de toutes dimensions, indique assez que ce peulvan est provenu de cette localité; et le /ichen pulmonarius, dont il vient d’être question, et qui se retrouve sur la roche de cette colline, sert . encore à corroborer ce que nous venons d’avancer.
Enfin, ce menhir, d’un isolement apparent par rapport au pays où il se trouve situé, semble néanmoins se rattacher à une ligne ou système de monuments de semblable origine, dont celui-e1 serait la
tête, et qu'on remarque sur différentes communes du département - d’Ille-et-Vilaine. En effet, cette ligne est formée d’un certain nombre de menhirs ou peulvans placés dans la direction de l’est à l’ouest, à diverses distances les uns des autres et sur les communes ci-après, SaVOIr :
1° Au delà de la forèt de la Guierche, commune de Réthiers, canton de Vitré, un peulvan;
. 20 Dans la forêt du Theil, commune du même nom, canton de Vitré, un peulvan ;
3° Sur les landes de Chapeau-Rouge, commune de Janzé, canton de Rennes, un peulvan ;
4° Au Boismont, commune de Janzé, canton de Rennes, un peulvan ;
5° Sur les landes Marie, commune de Saulnières, canton de Redon, un peulvan.
Ces peulvans d’ailleurs, ainsi alignés, se rattacheraient-ils par cette disposilion à cet autre monument celtique, l’un des plus remarquables de la Bretagne, connu sous le nom de Roche-aux-Fées, situé au village de la Roche, commune d’Essé, arrondissement de Vitré ? Cette supposition mérite peut-être de fixer quelque attention.
(1) Il est à penser que ce peulvan a dans le principe été placé verticalement et qu'il ne doit sa pente au sud, dont nous venons de faire mention, qu’à l’enlèvement de la terre qui garmssait au nord le pied de ce monument. De cet enlèvement il est résulté une cavité que l’on voit encore et qu’on attribue à la convoitise de quelques dupes qui pensaient que cette pierre devait recouvrir ou indiquer un trésor. (Tradition du pays.)
(2) La Pierre-Frite est recouverte de plusieurs espèces de lichens propres aux schistes, dont une espèce, plus particulièrement, le lichen pulmonarius, L. (lobaria pulmonaria, De. — Sticta pulmonacea, Achar.) est dominante.
Non loin de la Pierre-Frite, se trouvait un dolmen qui a disparu par l'emploi des pierres qui servaient à sa construction. — Quand les idées matérielles qui président à la destruction de ces monuments cesseront-elles d'exister ?
: D’après ce qui est arrivé à ce dolmen n’est-il pas à craindre que pareille chose ne se reproduise par rapport à la Piere-Frite, l’un des peulvans les plus remarquables de l’Anjou, et qui mérite bien à tous égards d’être conservé dans toute son intégrité? Mais pour. cela, il faut qu'il trouve protection contre les casseurs de pierres, qui le réduiraient en macadam, comme bien d’autres, s'ils croyaient y trouver leur compte ; cependant la nature schisteuse de la roche semblerait devoir le préserver de cet accident. Néanmoins, un moyen plus efficace, comme un arrêté de préfecture, serait bien à désirer, et deviendrait un sûr garant de conservation.
Tombeau.
L'église d'Armaillé recèle le tombeau d’un des membres de la famille d’Armaillé, autrefois seigneur de la paroisse de ce nom.
Aneienne chapelle abandonnée.
Une grande et belle chapelle, depuis longtemps abandonnée, et qui appartenait à des religieux de l’ordre de Saint-Etienne-de- Grandmont, se fait encore remarquer dans cette commune.
BOUILLEÉ-MEÉNARD
(ARRONDISSEMENT DE SEGRÉ, CANTON DE POUANCÉ