COMMUNE DE SAINT* DENIS-DU-SIG
Saint-Denis est situé à 52 kilom. S.-E. d’Oran, sur la roule de Mascara, à peu près à mi-chemin de ces deux villes, sur b rive droite du Sig qui traverse une vaste plaine de 28 kilom. de longueur, sur une largeur de 10 kilom. Un barrage établi à 3 kilom. du
Imurg, au point où le lit de la rivière, avant de déboucher dans la plaine, se trouve resserré entre deux masses de rochers, oppose aux flots grossis par l'hiver une large muraille en pierres de taille, de 9 mètres 20 cent, de hauteur, au-dessus du fond du lit de la rivière, sur 42 mètres 76 cent, de longueur. C’est l’un des importants ouvrages de ce genre en Algérie. Les eaux retenues et élevées, sont répandues à droite et à gauche par des canaux latéraux de 30 kilom. de développement. Des aqueducs, ménagés dans l’épaisseur de li maçonnerie, et garnis de vannes, permettent de vider le bassin d’amont. Par ce moyen, la plaine a été rendue à la culture, dont l’inondation ta privait depuis longtemps. Aujourd’hui le Sig ne détruit plus, il arrose 3,200 hectares de terres.
Les Turcs, à trois reprises, et à de longs intervalles, avaient’ construit des ouvrages dans le genre du barrage du Sig; leur rupture avait désolé la localité. L’arrêté du 20 juin 1845 créa, dans la vallée, non loin du pont du Sig, et ù 4 kilom. du barrage, un centre de population pour 100 familles. Le voisinage de la concession provisoire, faite à la société civile dite X Union agricole (V Afrique, attira une affluence de colons qui donna un grand relief à Saint-Denis. Un Commissariat civil y fut établi le 15 janvier 1855. La Commune y fut constituée par décret du 31 décembre 1857. 11 y a une église, école, salle d’asile, bureau de bienfaisance, siation télégraphique. Une quadruple enceinte de beaux mûriers, arrosés journellement par des eaux courantes,
encadre Saint-Denis-du-Sig; les rues sont plantées d<? mûriers, de platanes ou de trembles. L’eau arrive dans toute la ville par des canaux ouverts après avoir été reçue dans de vastes bassins où elle s'épure. S. M. l'Empereur a daigné, par une visite spéciale, voir ce centre du plus haut intérêt, le 19 mai 186.*k
Saint-Denis-du-Sig, résidence d'un Commissaire civil et d'un Juge-de-Paix, créé par décret du 5 décembre 1857, a une population européenne de 1,389 Français, 3,343 Étrangers, y compris les employés de la Société de V Union. Il y a 422 Arabes, 440 Juifs et une population en bloc de 577 individus.
Le territoire, d’environ 8,000 hectares, presque partout irrigable, est entièrement cultivé. Depuis que la sécurité a permis de conslruire au dehors de l'enceinte, une multitude de constructions importantes a surgi dans les environs. Des jardins, peuplés de beaux arbres, entourent Saint-Denis et lui donnent un aspect remarquable. , .
Des pépinières sont entretenues par des particuliers. Nulle part les arbres ne poussent avec plus de vigueur, comme on peut en juger par les beaux peupliers et mûriers des plantations publiques et privées.
Le développement des cultures industrielles a été considérable. Les terres du Sig sont susceptibles de produire, outre des céréales, — des tabacs, cotons, garances d.excellente qualité ; malheureusement, par le fait des irrigations, elles sont incessamment envahies par le chiendent, qui y domine facilement toute autre culture.
L’une des grandes sources de richesse pour Saint- Denis, provient des chutes d’eau fournies par le canal du Sig; elles font tourner quatre moulins pour la minoterie; et mettent en mouvement 500 machines d une grande usine ù égréner le coton. Le débit moyen des eaux du Sig n’atteint pas un mètre cube par seconde, et reste bien au-dessous de ce qu’on avait assuré dans l’origine. Celte diminution du volume d'eau, paraît due en partie à la création de la ville de Sidi Bel-Àbbès, en amôrii de la rivière.
On voit aux environs un village arabe de 143 indi- . vidus, et le douair Oulad Ali, de 89 Arabes.
Tous les dimanches 7 à 8,000 Arabes tiennent un important marché sous les murs de Saint-Denis, qui se voit traversé sans cesse par les diligences, les roulages, les troupes, et tout ce qui peut ajouter par les chances commerciales aux avantages agricoles.
Le 7 avril 1867, un train de plaisir a essayé la voie ferrée d'Oran à Saint-Denis-du-Sig, qt a déposé à l’hôtel de Mascara les joyeux invités à un splendide déjeuner. Au moment où la locomotive arrivait au Sig, des voyageurs de Sidi bel-Abbès descendaient de voilure. Ils venaient d’inaugurer un chemin de communication entre le Sig et Bel-Abbès que le service des Ponls-el- Chaussées vient d'ouvrir et de livrer ù la circulation. ( Echo d'Oran.)
Saint-Denis du-Sig a pour annexe la grande exploitation de la Compagnie d’actionnaires dite Y Union agricole d'Afrique, située a 3 kilom., sur la rive droite du Sig.’ Une ordonnance du 8 novembre 1846 concéda à cette Société civile une étendue
de 3,059 hectares, dans le but d’y essayer l’association du capital et du travail dans la propriété et dans les bénétices. De grands défrichements furent opérés, de vastes bâtiments construits, une grande pépinière créée, un moulin â eau a deux tournants mis en action, une briqueterie et tuilerie établies. Aujourd’hui, un titre définitif de concession attribue à l’Union une étendue de 1,792 hectares.
La section communale de Saint-Denis-du-Sig est :
PERREGAUX, village sur la rive droite de l’Habra, â 28kil. de Mascara, sur la route de Mostaganem à Mascara, créé le 29 juillet 1858. Population de Perregaux et de scs annexes: Gll Français, 805 Etrangers, 12 Juifs, 1,G21 Arabes.
Les annexes de Perregaux sont :
Mocta-Douz , à 8 kilom. de Perregaux, sur la route de Saint- Denis-du-Sig, créé par décret du 28 août 18G2 ;
Quatorze douairs;
Les chantiers de la Société Debrousse, où travaillent un millier d’ouvriers, pour le barrage de l’Habra.
La plaine de l’Habra, d’une superficie de plus de 30,000 hectares d’un seul tenant, fait suite à celle du Sig, et cette étendue est comprise dans un vaste triangle dont le sommet touche à Mascara, et la base s’étend d'üran à Mostaganem. La réunion de l’oued El-Hammara et de l’oued Fergoum, reçoit le nom de l’Habra. La base de roc ferme a été trouvée et le barrage avance sans interruption. L’eau de l’Habraaété détournée et endiguée dans un canal provisoire, afin de ne pas déranger les travailleurs, et les ateliers fonctionnant avec sécurité. Au 21 septembre 18G6 on avait coulé quatre mille mètres cubes de béton dans les fondations de l’énorme digue.
« Cette digue vraiment cyclopéenne, dont les blocs sont soigneusement encastrés les uns dans les autres, afin de résister à la pression des eaux, n’a pas moins de trente* huit mètres quatre-vingt-dix à sa base ; la hauteur de la partie bétonnée est de 7 mètres. Quant à la hauteur totale du barrage, elle sera considérable ; les derniers jalons sont campés très-haut dans le flanc de la montagne. Pour s’en faire une idée, il suffit de dire que l’eau approvisionnée par cette chaussée de géant se montera à cinq millions de mètres cubes.
« La longueur de la digue basée sur le béton sera de trois cent cinquante mètres, à quoi il faut ajouter, pour la longueur totale et l’aspect général du monument, les cent vingt-nuit mètres d'un déversoir qui fera suite à l’ensemble de la maçonnerie. Le barrage, complètement terminé, coûtera plus de quatre millions de francs.
a On a déjà, depuis le 21 septembre, placé sur la base de béton cinq mille mètres cubes de maçonnerie. On peut donc espérer que ce magasin liquide, que cét opulent trésor de ré-
coites futures, ouvrira ses vannes aux champs de Perregattx et aux plaiues de l’Habra dans l’été de 1868. Le chemin de fer qui, lui aussi, se hâte en ce moment pour desservir Relizane, ne devancera que de bien peu les canaux d’irrigation soudés au barrage de l’Habra.
« La prime attachée à la réussite de cette coûteuse entreprise, adjugée en 1864, sera la concession de 24,000 hectares dans la magnifique plaine de i’Habra, — le grenier d'Oran. (Antonv Mer at).