COMMUNE DE CHERCHEL
Chercliel est situé sur la côte septentrionale de l’Afrique, par 0° 09’ de longitude 0. et par 36° 37’ de latitude N., à 14 lieues marines 0. d’Alger, et à môme distance E. par la même voie, de Ténès. — A 68 kilom. N. -O. de Blida, et à 32 kil. N. de Miliana.
Lorsqu’on vient de l’E., on peut reconnaître la position de Cherchel à 6 ou 8 milles avant d’y arriver, à une pointe basse et longue, à 350 mètres de laquelle est un petit îlot couronné par une fortification. Il y a une autre batterie sur la partie la plus haute de la pointe, qui porte le nom de Joinville. Là est un phare, à feu fixe, de troisième ordre. La darse de Cherchel est projetée par une jetée qui, partant de l’îlot, se prolonge de 110 mètres dans la direction de l’E. Dans cet avant-bassin, creusé de 4 mètres 50 c., peut entrer un bateau à vapeur. Le Cothon, ou port artificiel, — situé dans une petite anse circulaire, que les Romains avaient creusé à l’O. de l’îlot, — a été nettoyé et entouré de solides murailles en blocs de béton. Il a 2 hectares de superficie, et 3 m. 20 cent, de profondeur, au-dessous
des plus basses eaux : 40 navires de 100 à 150 tonneaux peuvent y prendre place.
La ville s’étend en amphithéâtre, vers le S. Les maisons, bâties en pierres et recouvertes en tuiles, sont presque toutes entourées d’arbres ou de jardins, et présentent l’aspect le plus gracieux. De hautes constructions européennes dominent ces frais séjours mauresques. Les environs présentent des points de vue agréables sous le rapport de la végétation. La chaîne du Zakkar, qui l’abrite du S., en forme de croissant, semble l’isoler du reste du continent; ces montagnes sont
très-remarquables par la manière dont elles sont cultivées jusqu’à leurs sommets. LeChenoua, à l’E., interpose sa masse énorme et sauvage entre Gherchel et la plaine de la Métidja. Au milieu du port, lorsque le temps est calme, on voit sous l’eau quelques ruines romaines, que la mer a couvertes. De chaque côté de la presqu’île, la côte est formée par des falaises de moyenne hauteur , taillées à pic, qui se prolongent à une assez grande distance ; lorsqu’on les considère avec attention, on est porté à croire qu’elles n’ont dû prendre cet aspect qu’à la suite d’un éboulement considérable.
hôte historique. Cherchel est Viol des Carthaginois, que Juba, deuxième du nom, agrandit, embellit, et dont il fit, sous le nom de Jalia Cæsarea, la capitale de la Mauritanie Césarienne. Le développement de ses murailles, dont les ruines subsistent encore, avait 8 kilom. La ville d’aujourd’hui a 700 mètres à peine de diamètre ; l’ancienne en avait 2,000. Ses 25 hectares environ de contenance n’occupent pas la dixième partie du périmètre de la cité de Juba. On trouve encore, — à l’E., les restes d’un cirque, où Sainte Marciane a été livrée aux bôtes, et les époux Saint Sévérieu et Sainte Aquila ont été brûlés vifs ;
— au centre de la ville, près des ruines du palais des proconsuls, les restes d’un théâtre, où Saint Arcadius a été coupé en morceaux; — à l’O., un hippodrome, les restes intéressants de thermes monumentaux près de la manutention militaire ,
S lus loin, des bains à ciel ouvert, consacrés à Diane; — au . du phare, un temple de Neptune; — dans le champ de manœuvres, les restes d’une basilique, — et partout une infinité de marbres mutilés, inscriptions et statues.
Après 45 ans du règne le plus heureux, Juba légua le trône à son fils Ptolémée, qui périt victime d’un crime. La Mauritanie Césarienne, réunie à 1 empire romain, envieux de ses richesses, fut alors désolée par une suite de révoltes et de guerres intestines excitées par des religionnaires. Firmus, profitant des querelles suscitées par des points de dogme, entre les Catholiques et les Donatistes-circoncélions, descendit des montagnes et s’empara de Cherchel, qu’il détruisit. Théodose, après avoir vaincu ce barbare, releva la ville, que les Vandales ne tardèrent pas à ruiner de nouveau. Elle parait avoir repris quelque splendeur sous les Gréco-Bysantins. Marmol dit que le khalife hérétique Kaïm, qui régnait à Kaïrouan, la bouleversa de fond en comble. Léon l’Africain dit que ses compatriotes, les Grenadins, se réfugièrent à Cherchel, lors de leur expulsion d’Espagne, et s’y livrèrent avec succès â l’éducation des vers-à-soie. En 1531, André Doria vint y brûler la flotte que Barberousse y avait rassemblée, mais ne put se maintenir dans le port, dont un coup de main l’avait rendu maître.
Dès 1830, il fut porté à la connaissance du chef de l’armée française à Alger, que le cadi de Cherchel était dans nos intérêts.* Le maréchal Clauzel crut que le moment était venu, en 1835, d’établir un bey dans cette ville, et, par arrêté du 9 septembre, nomma à cette dignité Hadj Omar, ex-bey de Titten, qui ne put s’y maintenir. Berkani, homme du pays et khalifa d’And el-Kader, vint y prendre l’autorité au nom de l’émir. Le 26 décembre 1839, les habitants s’étant emparés d’un bâtiment de commerce français, surpris par le calme devant la ville, le maréchal Valée, pour étouffer ce foyer nouveau de piraterie, parut ' le 13 mars 1840 devant la ville, qu’il trouva déserte et y laissa une garnison que les Arabes revinrent attaquer consécutivement du 27 avril au 6 mai. Leurs balles pleuvaient dans la ville et sillonnaient les rues. Les 15 et 16 août, Berkani tenta une attaque furieuse, qui fut la dernière ; les tribus voisines demandèrent à fréquenter le marché, et firent leur soumission. Un arrêté du 20 septembre créa un centre de population pour 100 familles à Cherchel. Le 8 mai 1841 , un commissariat-civil fut établi dans cette ville, qui devint chef-lieu de district. Le maréchal Bugeaud ayant appris qu’une zaoula, dans les Béni Menasses était un lieu de réunion de fanatiques, dont l’esprit exalté nourrisait dans les populations arabes une volonté turbulente, la détruisit en 1842, et assura la paix dans ce canton
par cette mesure énergique. Le 15 juillet 1846, une ordonnance royale fixa la délimitation du territoire civil, et, en 1854, un décret impérial la constitua en commune.
Cherchel est sous la direction d’un Commissaire civil. Une Justice de paix a été installée par décret du 21 novembre 1860 — dépendant de la circonscription judiciaire de Blida. La population de la ville et de la banlieue est de 813 Français, 350 Étrangers, 42 Juifs, 2,295 Musulmans. La religion catholique a un curé, le culte protestant un pasteur, et les Musulmans un muphti.
Une muraille (simple chemise) entoure, au S., à l'O. et à l’E., Cherchel, défendue, au N., par la batterie Joinville, élevée sur la pointe, à l’entrée du port. Au S. des postes extérieurs, suivant la ligne de l’ancienne enceinte des Romains, embrassaient 420 hectares; ils sont délaissés aujourd’hui et tombent en ruines. Les portes d'Alger, de Miliana, de Ténès, donnent entrée dans la ville môme.
La ville de Cherchel est assise en regard de la mer, sur un côteau bien boisé de 100 mètres d’altitude, premier contrefort d’une chaîne qui se dresse à 28 kilom., pour former l’horizon, jusqu’à une hauteur de 34 mètres en arrière , et au-dessus de laquelle domine plus loin, au S., le Zakkar de Miliana.
L’intérieur de la ville présente un aspect gracieux, où les constructions arabes et européennes se lient entr’ elles par un enchaînement pittoresque et bien entendu. La rampe du port, la rue de Ténès, qui va de la porte de ce nom à la porte d’Alger, la rue Miliana,
qui lui est perpendiculaire, les rues du Centre, delà Fontaine , sont les plus belles. Elles sont macadamisées
et conduisent à des places complanlées avec soin , qui sont celles de l’Eglise, du Fort-Cherchel , Bugeaud, Sidi-Ali ou du Marché. Sur cette dernière se tient, ainsi que le nom l’indique, un marché de tous les jours, qui se couvre de légumes et de fruits excellents. Les Arabes apportent, les lundis et vendredis, des grains, des huiles, des laines, des pelleteries et de la poterie grossière. Ils ont un fondouk sur la place du Marché : leur caravansérail , à la porte d’Alger, est actuellement occupé par le. bureau arabe ; ils ont aussi des bains remarquables.
La belle mosquée à trois nefs supportées par 100 colonnes de granit, dont les chapiteaux sont habilement sculptés, et qui sert d’hôpital militaire, est située au milieu de la ville, qu’elle domine par un minaret trèsélevé, où l’horloge est établie. Les malades y occupent 250 lits. Une grande caserne contientmille cent hommes, et peut passer pour un monument aussi bien que le bâtiment de la manutention des vivres. Les magasins des subsistances, de l’habillement, du campement, des lits militaires, sont commodes. Il y a une bonne poudrière, une prison au fort Cherchel. Les officiers ont un cercle avec une Bibliothèque. Cherchel possède un Musée où l’on remarque de curieux restes antiques, dont le nombre s’augmente tous les jours. — Station d’étalons. Station du Télégraphe.
L’église est une mosquée appropriée au culte catho-
lique. Les garçons fréquentent une école , et les demoiselles deux institutions. La ville est abreuvée par plusieurs fontaines. Les vastes citernes des Romains ont été retrouvées et déblayées. L’eau y venait autrefois d’audelà du Chenoua, à l’E. On voit encore un aqueduc dans la vallée de l'oued el-Hachem, à 24 kilom. deCherchel, et celui des Beni-Habiba, le mieux conservé et le plus beau, bien que tout aussi inutile; il a 17 arches, dont celles du milieu ont trois étages. Les détours souterrains et à ciel-ouvert qu’il faisait pour apporter l’eau à la ville, suivaient une sinuosité de près de 32 kilom. L’aqueduc des Roseaux qui vient de l’Aïn el-Kossob, au S.-O. de la ville, est le seul qui fonctionne, avec quelques autres prises d’eau. Une Loge maçonnique, sous le titre de Julia Cæsarea , dégrossit la pierre brute.
Deux cafés dits du Commerce et de Clierchel, avec un théâtre qui n'a pas de troupe régulière, sont les lieux de réunion. L’hôtel du Petit Paradis , du Commerce , de la Poste , reçoivent les voyageurs et prennent en pension.
Gherchel est dans la situation la plus heureuse pour son accroissement. La campagne environnante est riante et fertile. La plaine de l’oued Bella, près de la ville, est entièrement allotie et cultivée. Les travaux agricoles s’étendent sur le rideau des pentes septentrionales du Zakkar. Elles sont cultivées en céréales et en vignes.
C’est à cheval ou à dos de mulets que les excursions
se font clans la campagne. On trouve aussi des voilures en location pour la journée.
Trois routes partent de Cherchel : 1° une au S.-E., poussant à l’E. un rameau vers Koléa, et, au-dessous, dans la môme direction, un autre vers Blida ; 2° une • au S., qui serpente vers Miliana ; 3° une autre enfin à l’0., qui suit la côte jusqu’à Ténès.
La commune de Cherchel comprend deux sections communales :
1° ZURICH, colonie agricole de 1848, à 13 kilom. S.-E. de Cherchel , sur les deux rives de l’oued El-Hachem et la route de Blida. Le plan du village a été adopté par arrêté ministériel du 17 novembre 1852. On a planté des arbres de diverses essences dans les avenues. Tous les bâtiments «*ommunaux existent dans cette localité. La population est de 101 Français, 16 Etrangers, 37 Musulmans. Au quartier des Chénoua, ou les Arabes de ce nom sont au nombre de 2,318, il y a 15 Français et 14 Etrangers.
2° NOVI, autre colonie agricole fondée en 1848, au lieu dit SidiRilas, à 7 kilom. 0. de Cherchel, sur une plaine fertile, bornée de l’E. à l’O. par deux ruisseaux , et s’inclinant vers la mer, qui n’en est éloignée que de 150 mètres. L’arrété du 9 juillet 1852, l’a annexée à Cherchel. Population, 179 Français, 15 Etrangers, 164 Arabes.
COMMUNE DE KOLÉA.
Koléa est située au revers méridional du sahel algérien, à 6 kilom. N. de la mer, en face de Blida , dont elle est éloignée de 21 kilom. N. et à 38 kilom. 0. d’Alger.
Koléa, sur un plateau élevé à 150 mètres au-dessus de la mer, vu de la plaine de la Métidja et du mamelon qui la domine au S.-O., présente le tableau le plus
champêtre et le plus paisible qu'une âme tranquille puisse désirer. La ville est entourée de la plus fraîche verdure qu’y entretiennent des eaux murmurantes, s'écoulant dans un profond et tortueux ravin, courant au S.-E. que les indigènes ont nommé le Cou du Chameau (Ank el-Djemel). On a dit, avec infiniment de grâce, que les maisonnettes blanches composant cette
petite cité arabe, semblent placées capricieusement dans
une corbeille de fleurs. Un beau minaret, d’une grande hauteur, accosté d’un superbe palmier, s’élève auprès du tombeau de Sidi Ali Embarek, marabout de l’endroit.
note historique. Koléa n’est iUustrée par aucun souvenir antique, pas plus que Blida, qui la regarde de l’autre côté de la plaine. Les Romains semblent avoir dédaigné la Métidja, et s’être bornés à occuper les côtes de cette partie de la province. C’est à Fouka, situé à 4 kilora. au N. de Koléa, que l’on a trouvé des restes remarquables de l’occupation romaine : grands tombeaux en pierre, lacrymatoires, vases, médailles en quantité, le tout enfoui aux entours d’un bocage d’oliviers qui ombrage une abondante fontaine. Des travaux d’une époque fort reculée ont été exhumés , lors de la restauration de ce monument. C’est donc à cette localité, sur un coteau faisant face au N., et à 1 kilom. de la mer, qu’il faut attribuer le nom de Cas# Calvcnli (les Huttes du Chauve).
Koléa emprunte toute sa gloire de Sidi Ali Embarek, dont les miracles éclatèrent, il ÿ a plus de 300 ans, dans cette ville, lorsque Sidi Ferruch, natif de l’endroit, se fut retiré, pour être plus recueilli en Dieu, sur la presqu’île qui porte son nom. Sidi Ali Embarek était le serviteur rustique d’un riche propriétaire appelé Bou Srnail, qui le fit héritier de tous ses biens. Le saint homme s'appliqua à la culture, et après une vie toute pleine de bonnes œuvres et de travaux utiles, fut enterré entre un cyprès et un palmier très-hauts, dont la semence provenait de la Mecque Autour de son tombeau se forma la ville bâtie par Hassan-Pacha, et peuplée de réfugiés andaloux. 11 continua, après sa mort, à en faire la prospérité, les pèlerins n’y faisant point faute; il en venait plus de dix mille tous les ans. Dans le tremblement de terre qui eut lieu en 1825, et bouleversa la Métidja, Koléa s’écroula tout entière, le marabout du saint resta seul immobile. Le dey Mustapha Pacha le fit entourer du péristyle qu’on voit encore, et fit éle-
ver, à côté, la belle mosquée qui sert aujourd’hui d’hôpital. Nous ne nous étendrons pas davantage sur les vertus enam-
S êtres d’Ali Embarek, ni sur ses apparitions dans les nuits 'orage sous forme d’un lion noir. Nous nous bornerons à rappeler que l’armée française parut dans les premiers jours de mars 1831, sous les murs de Koléa, dont les habitants reçurent avec empressement le Générai en chef Bertliezène. La guerre sainte ayant éclaté vers la fin de septembre 1832, le Général Brossard fut envoyé pour se saisir, a Koléa, de l’aga Sidi Mohammed ben Embarek, accusé d’avoir favorisé les soulèvements. Ne le trouvant pas, il emmena prisonniers deux vénérables marabouts de sa famille, et frappa la ville d’une contribution de 1 million 100,000 fr., dont elle ne put jamais payer que 10,000. En avril 1837, le Général Damrémont poussa une reconnaissance jusqu’à Koléa. Le 26 mars 1838, le maréchal Valée la fit bloquer par un camp, pour en écarter les Hadjoutes qui y faisaient le foyer de leurs rassemblements hostiles. Ces derniers ne la quittèrent qu’en forçant à l’émigration tous les habitants valides. A la reprise de la guerre, en 183$, nos troupes descendirent du camp, dont les constructions imposantes dominent la ville du côté de la plaine , et l’occupèrent définitivement. Elles n’y trouvèrent que des ruines et une population inoffensive. Le 1er mai 1841, elle fut attaquée du côté des deux tours par le bey de Miliana, qui fut mis en pleine déroute. Koléa, longtemps restée, par suite de l’arrêté du 17 février 1840, sous l’autorité exclusive des commandants militaires, fut administrée par un Commissaire civil, en exécution de l’arrêté du 21 décembre 1842. Une Justice-de-paix y fonctionne depuis le 9 septembre 1847. Un décret du 21 novembre 1851, a érigé Koléa en municipalité. L’Empereur l’a visitée le 6 mai 1865.
Koléa, détruite par le tremblement de terre de 1825, ainsi que nous l'avons dit, a été réédifiée entièrement. Les maisons qui furent alors relevées, et qui sont déjà à l’état de ruines, pour la plupart, ne sont qu'une ou deiu chambres au rez-de-chaussée, couvertes en tuiles; elles occupent le fond d’une petite cour où fleurissent un oranger, un grenadier, un citronnier, quelquefois une treille, et plus souvent un jujubier. Les rameaux de ces arbres y entrelacent un doux ombrage , dont la verdure surabonde, déborde au-dessus des murs de
clôture et pend sur la rue. Sur six rues larges et tirées au cordeau , il y en a quatre qui ne sont point pavées ; au tomber du jour, les troupeaux qui reviennent des pâturages remplissent à grand bruit leur morne solitude. Cetle petite ville compte cependant quelques constructions européennes. Auprès de la mosquée, coule une large fontaine. Devant la caserne de la gendarmerie, à laquelle vient aboutir la rue El-Souk, se trouvent aussi deux bassins. Une masse d’eau considérable, prise au N. de la ville, la traverse au moyen de syphons en maçonnerie, ménagés dans l’épaisseur du mur de quelques maisons, et va se jeter dans l’Ank el-Djemel. D’ailleurs, dans chaque maison il y a un et quelquefois deux puits. L’enceinte de Koléa est actuellement ouverte de toutes parts.
Le camp est un établissement militaire de première ligne. Il est assis sur un mamelon au S.-O. Ses vastes pavillons, d’un développement grandiose, détachent leur relief sur l’Atlas, déroulant au loin un ripeau dont le mirage fait quelquefois distinguer tous les replis dorés par une limpide lumière.
Dans ce camp, 1,200 hommes peuvent être casernés. Là aussi, sont : les magasins de campement, des subsistances, et la manutention. La gendarmerie, en ville, est une grande cour, entourée de quelques bâtiments au rez-de-chaussée, où les individus appartenant à l’ordre civil sont détenus, au besoin. Il y a au camp une bibliothèque choisie, à l'usage des militaires qui tiennent un cercle.
Au-delà d’une esplanade occupant le petit vallon qui sépare le camp de la ville, est une belle promenade réservée aux officiers de la garnison. Ce jardin,— parterre entretenu avec le plus grand soin, plein de fleurs rares, orné de kiosques et allées en treillages, sous l’ombre d’énormes citronniers et orangers en pleine terre, dont quelques-uns ont plus de 40 pieds de haut, et qu’un homme aurait peine à embrasser, — descend de cette esplanade au fond de l’Ànk el-Djemel, par des rampes qui se perdent sous des feuillages peuplés d’oiseaux chanteurs, et remontent du fond du ravin jusqu’aux abords de la mosquée de Sidi Ali Embarek. Un riche potager est joint à ce jardin.
La mosquée bâtie auprès du tombeau de Sidi Ali Embarek, actuellement affectée au service de l’hôpital militaire, est un véritable monument, pour la solidité et l’élégance de sa vaste construction. Deux cents lits sont placés à l'aise sous ses nefs cintrées, qui sont au nombre de cinq, soutenues par des colonnevS de pierre. Nous avons déjà parlé du haut minaret qui la surmonte. Le tombeau du saint personnage, sous la protection duquel cet édifice fut placé, est une chapelle fort pieuse, entourée d’un péristyle et totalement détachée de la
mosquée, dont une dizaine de pas la sépare. Ce tombeau,
encastré dans l’ensemble des bâtiments occupés par l’hôpital militaire, en est pourtant isolé au moyen de cloisons en planches, impénétrables aux regards des Chrétiens. Il est peu de sanctuaire où l’on respire un air de dévotion plus profondément senti. Des tapis, des
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textes dorés, et des lustres en cuivre et en cristal, en font le principal ornement.
L’église est établie dans un ancien caravansérail. Au S.-O. de la ville, non loin de la gendarmerie, une orangerie, qui compte plus de 300 sujets, offre une délicieuse promenade aux habitants.
Le marché se tient dans la rue El-Souk, devant la mosquée Hanefia, qui n’a rien de remarquable. Les denrées de première nécessité n’y sont pas chères. Le poisson y est excellent et à bon marché. Le voisinage de la mer permet d'y voir de magnifiques homards, langoustes et coquillages, prisés des gastronomes. Tous les vendredis, ce marché est fréquenté par les Arabes des alentours, qui amènent des bestiaux et apportent du charbon. — Il y a un bureau de poste et plusieurs écoles primaires. Les habitants ont formé un cercle. Hôtel de Paris , autres auberges et cafés. Deux moulins fonctionnent dans la localité.
Le sol est presque entièrement composé de tuf calcaire, en couches inclinées vers la plaine. On croit que ce sont des dépôts de sources thermales. Quelques gisements sont fort durs et fournissent une très-belle pierre de taille. Au-dessus de ces bancs calcaires, on voit percer dans le vallon, comme sur les bords du défilé du Mazafran, des couches épaisses de marne bleue. Ces marnes, par leur imperméabilité, retiennent les eaux et donnent naissance aux belles sources de Koléa.
Les environs de Koléa sont très-verts, très-fertiles. Une ceinture de feuillage entoure la ville ; c’est une
suite de petits vergers et jardins où l’hortolage est magnifique. Un peu au-delà s’étendent les terres labourables, fractionnées encore en petits lots. Une troisième zône de larges prairies règne alors sur des terrains onduleux, qui descendent par des pentes rapides, au N., vers la mer, au S. et à l’E. jusqu’aux rives du Mazafran , qui les contourne du S.-S.-E. au N.-E. On passe ce cours d'eau sur un beau pont de pierre construit par l'administration des Ponts-et-Chaussées. C'est sur la rive droite , non loin d’un gué connu sous le nom de Mokta Nçara (Gué des Chrétiens ), et dans le large vallon qui garde le nom de Mazafran , que le 3e léger a été cruellement décimé par les troupes de l’émir, en juin 1841.
On a tant qu’on veut des chevaux et des voitures de louage. Des diligences vont et viennent entre Alger et Koléa, — et entre ce point et Blida.
Les routes qui aboutissent à Koléa, sont : celle d’Alger, au N.-E., de Douéra, à l’E., de Blida, au S., de Chercbel , au S.-O.
La population de Koléa, y comprise celle de ses trois annexes Zoug-el-Abbès, Saïghr et Chaïba, est de 882 Français, 306 Étrangers, 1,361 Arabes.
Zoua-cl-Abbès , à 2 kilom. sur la route d’Alger, — Saïghr , à 3 kuom. sur la route de Bou-Ismaël, sont de petites localités qui, avec Messaoud et Berbessa, dont nous aurons lieu de parler ci-après (section communale de Bérard) ont été fondées sous le nom de Hameaux suisses, dans les derniers mois de 1851, pour donner asile à des cultivateurs du Bas-Valais.
Chaïba , à 4 kilom. S.*0, de Koléa, est une colonie militaire installée en 1852 sur l’emplacement même occupé par les bâtiments d’exploitation de la vaste propriété de M. Fortin d’Ivry. Elle réunit tous les éléments désirables de prospérité.
La commune de Koléa comprend cinq sections communales:
1* FOUKA. L’arrêté du 25 avril 1842^ prenant en considération l’importance d’établir sur la limite même de l’obstacle continu, dont la politique du temps avait fait une ligne de démarcation avec le pays arabe, une population qui pût opposer à l’ennemi une résistance énergique, créa le village d Aïn- Fouka, dont les constructions furent élevées par le génie militaire, pour 80 feux. AIn-Fouka, renfermant une fontaine antique et un bouquet d’oliviers dont nous avons parlé, fut défendu par un mur carré, ayant une tourelle à chaque angle. Ce village est situé à 4 kilom. de Koléa, à mi-côte au versant IL du Sahel, en face de la mer, dont 1 kilom. la sépare. lia une chapelle , un moulin et une briqueterie. Il a été peuplé d’abord de militaires libérés du service, dont quelques-uns s’étaient mariés avec des jeunes personnes de Toulon et de Marseille, dotées par ces villes. Population, 317 Français, 31 Etrangers. 11 y a 56 Arabes aux entours.
L’arrêté précité, avait déterminé dans la partie du terri-
d’entrepôts pour
L’ordonnance royale du 7 janvier 1846, en ordonna la fondation, sous le nom de Notre-Dame-dc-Fouka , autour de la crique de ce nom; cet établissement est tombé dans i’eau.
2° DOUAOUDA, village à 4 kilom. N.-E. de Koléa, sur un plateau élevé de 104 mètres, borné au N. par la mer, à l’E. par le Mazafran qui déroule un ruban sinueux. Ce centre de population a été créé par arrêté du 5 juillet 1843, pour 70 familles de Franc-Comtois, sur un territoire de 807 hectares auquel sont venus se joindre des concessions partielles dans les belles prairies de Farghen.Ce pays attrayant, dont la fertilité est entretenue par l’abondance de ses fontaines, a de belles constructions dans la position la plus avantageuse de toute lu commune, par leur proximité avec Alger, Koléa, le Mazafran, et la mer. C’est un des plus beaux villages du Sahel. On y voit une église et une école de garçons. L’Empereur a visité celte localité le 6 mai 1865. La population est de 202 Français, 73 Etrangers.
3° CASTIGLIONE, sur un plateau disposé en gradins, en face de la mer, à 9 kilom. O. de Koléa, sur le trajet de la route qui doit relier Alger à Cherchel, fut fondé en 1848 pour recevoir des émigrants parisiens, envoyés par l’Assemblée constituante. Ils s’v livrent aux cultures industrielles, et on voit .chez eux des champs de tabacs parfaitement soignés et des jardins ma-
toire qui touche
qui touene a’un villa
ia créa
tion
raichers très-intelligemment entretenus. Ils ont une chapelle et une école de garçons, des fontaines, des abreuvoirs, des lavoirs couverts.
A ce centre se rattache :
Bou-lsmaël , ancienne colonie militaire de la même époque. Des ruines, objets antiques et inscriptions qu’on a retrouvés, semblent y indiquer une station romaine.
Population : 293 Français, 86 Etrangers.
4° TEFECHOUN, à 6 kilom. de Koléa, village qui a sa chapelle et son école. La conduite alimentaire de la fontaine a été construite sur un développement de 460 mètres. Elle est en poterie et en tuyaux de fonte sur le parcours de 100 mètres. Cette localité a de grandes cultures qui offrent le plus bel aspect.
Population: 195 Français, 58 Etrangers, 125 Arabes.
5* BERARD (ainsi désigné du nom de l’officier de marine, souvent cité dans cet ouvrage, qui a reconnu et décrit les côtes de l’Algérie), est un village maritime habité par des pêcheurs, situé sur l’emplacement de la ferme d’Aïn-Tagoureit, à 4 kil. O. de Tefechoun. — à 10 kil. O. de Castigliojie, — à 16 kil. E. de Tipaza. Il a été créé le 13 octobre 1858.
Berard a pour annexe Berbessa et Messaoud à 2 kil. de Koléa, vers la mer, qui ont fait partie des Hameaux suisses fondés en 1851. Les terres de Berbessa, situées sur les bords du Mazafran et pour ainsi dire dans la plaine de la Métidja. sont de toute beauté. Messaoud, qui n’est guère que la continuation du village de Ghaliba, est aussi dans de très-bonnes conditions de réussite. Population totale : 580 Français, 76 Etrangers, 1,664 Arabes.
Par décret du 28 août 1862, il a été créé dans la plaine de la Métidja, à 40 kilom. S. -O. d’Alger, à 11 kilom. O. ae Koléa, sur la route de cette ville à Marengo, sur un territoire de 1,650 liect. 66 ares 25 cent, un centre de population de 60 feux sous le nom d 'Atlatba. L’assiette du village a eu lieu sur l’emplacement d’une forêt séculaire qui avait été longtemps le repaire des sangliers, des hyènes, des panthères et des Hadjoutes. dont on retrouve les campements et les grottes de refuge D'importants travaux ont été entrepris dans cette localité ; de longs sentiers ont été ouverts jusque dans les coins les plus reculés de la forêt, — des canaux ont été construits et amènent une eau pure et salubre sur les places du village, — des terres ont été aménagées pour la culture. Le sol est admirablement propre aux plantes délicates. Des plantations de coton y ont réussi. Une belle route se dirige sur Koléa, au N. -K., et sur Marengo au S. -O. (P. Hawke.)
VF.