COMMUNE DE MILIANA
situation. Miliana est situé par 0°6’ de longitude occidentale, et 36^19' de latitude septentrionale, dans Uiniérieur de l’Algérie, ù 75 kilom. O.-S.-O. de Blida, à 124 kilom. S. 0. d’Alger, à 80 kilom. 0. de Médéa, à 72 kilom. S. deCherchel.
aspect extérieur. Miliana, dans les monlagnes du petit Allas, à 700 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, occupe la surface d’un plateau détaché du Zakkar dont ses murs couronnent les arêtes les plus élevées, et dominent à l’Est et au S. les déclivités à pic qui s’applanissent peu à peu en tournant à l’O., au N. et au N.-O. Elle est accessible de plain-pied par un
plateau qui vient du Bou Tektoun, montagne appartenant au système du Zakkar qui, en se dressant à 1,534 mètres au-dessus de la mer, domine la ville au N. et l'enveloppe à distance, à l’E. et à l’O., par des contreforts. Miliana a un aspect riant et pittoresque qu’elle doit aux magnifiques plantations de platanes et de peupliers qui bordent ses principales rues.
hôte historique. Les Romains ont habité longtemps Miliana. Elle fut très-florissante sous le nom de Malliana. Les statues, les colonnes, les monuments dont on rencontre les fragments dans les fouilles avec de nombreuses médailles prouvent que le luxe y avait choisi son séjour. Un assez’ grand nombre de débris antiques ont été réunis dans une sorte de petit musée. Des sculptures curieuses ont été encastrées grossièrement dans les remparts par les Arabes qui ont réparé les travaux de défense à leur manière, à des époques reculées Des tombeaux romains servent d’auge, d’abreuvoir et de bassin pour les ablutions aux portes de la mosquée. A la décadence des rois de Tlemsen (1500), les habitants de Miliana se décla- * rèrent libres et se défendirent contre les Arabes jaloux de leurs richesses. Barberousse, après avoir pris Tlemsen, les soumit au joug des Turcs, qu’ils ne secouèrent pas.
En 1830, l’empereur du Maroc, se réveillant du long sommeil de ses ancêtres sur leur droit au royaume de Tlemsen, envova un officier à Miliana, qui y gouverna'en son nom. Abd el-Kader après le traité de la Tafna, ayant fait connaître au comte d’Erlon qu’il se proposait de se rendre dans cette ville, reçut la défense d’y venir ce qui ne l’empêcha pas d’y aller’ et à’y être bien accueilli. Il y établit bey le Sid Ali Embarek, notre ancien agba. Mais les tribus des Soumata attaquèrent le bey et lui donnèrent fort à faire. Abd el-Kader, au commencement de 1837, y reparut, et y installa son frère en qualité de bey.
Le 8 juin 1840, Les Français entrèrent dans la ville, qu’ils trouvèrent abandonnée. La* garnison qu’on y laissa fut vivement assaillie et longtemps bloquée par Abd èl-Kader. Elle fut ravitaillée en août 1840 et en mai 1841. Elle est devenue le chef-lieu d’une Sous- Préfecture. L’Empereur est venu visiter cette ville le 7 mai 1865. Beaucoup de maisons ont été lézardées par le tremblementde terre du 2 janvier 1867.
iKPoaTANCB politique. Miliana est la résidence d’un Général de Brigade qui commande la subdivision militaire de Miliana, Elle a un Sous-Préfet et un
Juge-de-paix. La ville compte, avec la banlieue, une population de 1,392 Français, 780 Etrangers, 792 Juifs, 3,087 Arabes et en bloc 168 individus.
enceinte. Un mur neuf, garni de créneaux et flanqué de bastions, entoure Miliana, déjà si avantageusement défendue par la nature. Il est ouvert par deux portes : celle du Zakkar au N., celle d'Orléansville à roucst.
établissements militaires. Une caserne peut loger un régiment d’infanterie, et un quartier de cavalerie recevoir un escadron. Il y a une station d’étalons. Une manutenlion et des magasins pour les vivres, assurent les provisions de subsistance pour les militaires. De vastes silos en pierre renferment l’orge et les grains. Les magasins du campement sont bien tenus. Le Génie a aussi des magasins et des ateliers pour ses constructions. Le vaste hôpital contient plus de 500 lits. Le télégraphe est organisé. Les officiers ont un cercle où ils se réunissent pour la lecture des journaux.
établissements civils. Le culte catholique célèbre ses mystères dans une église située sur une place. Les Mahométans, qui avaient autrefois viugtcinq mosquées, n’cn fréquentent plus guère qu’une seule, qui est fort belle. Les chapelles* où reposent îles marabouts vénérés étaient nombreuses. Les plus connus parmi ces saints personnages sont : Sidi Mohammed, Ben Kassem, El-Kali et Sidi H’Amed ben Youssef, souvent cité dans cet ouvrage pour les distiques plein de sel qu’il a faits sur la plupart des villes de l’ancienne
régence. Peu galant de sa nature, il s’indigna des soins empressés de ses compatriotes pour le beau sexe, et a dit de sa patrie : « Les femmes commandent à Miliana, et les hommes y sont esclaves. » Les nombreux miracles dont il accompagnait ses poésies n’étaient pas les moindres merveilles de son art. Sa koubba est curieuse à visiter. L’instruction est donnée aux jeunes enfants chrétiens en deux écoles séparées; celle des tilles est tenue par des Religieuses. Les Arabes et les Israélites ont aussi leurs écoles.
Le Château-d’Eau , réunissant le tribut de nombreuses sources, au moyen d'une multitude de tuyaux, divise leurs ondes par toute la ville. Des fontaines en grand nombre les font couler sur les places et dans les principales rues, d’ou elles vont arroser des jardins, au N.-E. et au S. de la ville et sous ses murs mêmes, où ils ont été créés au temps du blocus par les Arabes.
Un marché réunit les gens du dehors sur la place du Zakkar ; trois fondoucks leur offrent des abris. Un marché aux légumes étale les produits des environs, tous les jours , sur cette place ; c’est le vendredi qu’il est le plus populeux. Le dimanche est le jour du marché de Téniet-el-Haad, à 72 kilom. au S. Le mardi, il a lieu au pont du Chélif, le mercredi aux Djendels, et le jeudi à Affreville. Les Arabes y trafiquent de grains, de lai- ' nés, de cuirs, de bestiaux, de chevaux , ’etc.
industrie particulière. Au temps des Turcs, les habitants de Miliana faisaient un grand commerce de sellerie, d’écuelles, sébiles et vases de bois, et se
livraient avec succès à l’éducation des vers à soie. Aujourd’hui la culture de la vigne, du sorgho, et la minoterie les occupent. Il y a six moulins dans les riches campagnes qui se dessinent en amphithéâtre, au-dessous de la ville, et sont sillonnées en tous sens par les torrents de l’oued Boutan et de l’oued En-Nasseur, qui abondent en poissons. Ces cours d’eau descendent en cascades dans la plaine, et font l’agrément comme la richesse de celte partie vraiment privilégiée du département. Le commerce des comestibles est, ici comme presque partout en Algérie , celui qui paraît le plus aisé et le plus lucratif aux Européens. L’hôtel d’Isbj et l’hôtel du Commerce , reçoivent convenablement les voyageurs. Ces deux établissements prennent en pension. Les nombreux cafés sont ceux du Commerce , de Paris , des Quatre- Nations y etc.
physionomie locale. L’intérieur de la ville a un aspect tout-à-fait français. On ne rencontre plus rien des anciennes constructions arabes. Les rues à trottoirs sont larges et bien alignées. Elles ont élé ouvertes dans la direction des vents les plus habituels au climat. Les rues Saint-Paul et Saint-Jean sontbordéesde majestueux platanes qui les ombragent entièrement,— des ruisseaux les parcourent, aussi la fraîcheur y règne-t-elle en tout temps. On y remarque d’assez belles maisons. Les places sont celles du Zakkar, au N., et de l’Église , au centre. Le plan incliné de la ville, qui est assise sur des dépôts de carbonate calcaire, recouverts d’argile, de débris de construction et de terre végétale, à 4 ou 5 mètres, fa-
vorise sa propreté que les eaux vives entretiennent. Les habitants emploient le carbonate de chaux à la construction et au blanchiment de leurs maisons. Bien que la chaleur y soit moyennement moins forte, à cause de l’élévation delà ville, qu’à Alger, Bône et Oran, au temps des fortes chaleurs le thermomètre s’élève quelquefois à 29°. Les vents changent plusieurs fois de direction dans le même jour et convergent souvent sur la ville. Ces inconstances atmosphériques, plus sensibles en juin et en septembre, sont funestes aux malades, pour lesquels cependant le climat est sain en tout autre temps de l’année. Une Loge maçonnique réunit les Frères du Zakkar,
environs. L’avenue de Blida est la promenade fréquentée. Les environs de la ville sont riants et se peuplent tous les jours. Le sol est riche en cultures et en minéraux : sulfures de plomb, oxyde et carbonate de fer. Le paysage est pittoresque et agréable, surtout au S. : végétation admirable, ravins remplis d’arbres fruitiers d’espèces variées; tout déploie aux yeux une terre d’avenir sous tous les rapports. Le mont Zakkar, au N., la tête chauve et les pieds verts, où l’on trouve du cuivre, du marbre blanc et d’énormes gisements de puddings et pierres dures diversement veinées, fournit des eaux abondantes et excellentes qui enveloppent la ville de toutes parts. Les cours d’eau les plus considérables sont l’oued Boutan et l’oued En-Nasseur, qui font tourner des moulins dont cinq appartiennent aux Indigènes. La plaine du Chélif, qui a 12 kilom. de large,
s’ouvre au S., à 10 kilom. de la ville. Le fleuve Chétif serpente à 18 kilom. S. de Miliana, assez fort pour porter bateau en hiver. Sa largeur, de 40 mètres , est traversée par un pont de pierre dont la construction est ancienne.
transports. Les voitures de roulage aident au transport des fardeaux, concurremment avec les mulets. Les promeneurs trouvent à louer des cabriolets.
routes. Quatre roules principales se joignent en croix à Miliana :
1° La route de Blida, à LE.;
2° La roule d’Orléansville , à FO.;
3° La route de Cherchel, au N.;
4<> La route de Téniet el-Haad , au S., par le camp de Toued Bou-Tan.
Les sections communales de Miliana sont :
1° AIN-SULTAN, village agricole de 1849, construit par le Génie militaire, fut affecté en 1852 aux transportés politiques,
?[ui ont exécute des travaux considérables de routes et de dérichements. 11 a été remis à l’administration civile, le 22 décembre 1854, ayant été repeuplé par 49 familles, provenant de l’Alsace et de la Provence, qui travaillent avec une courageuse émulation. Aïn-Sultan est situé à 17 kilom. S.-O. de Miliana, au pied d’un des contreforts du Gonthas. Son territoire, d’une grande fertilité et cultivé en céréales sur 429 hectares, s’étend en partie dans la plaine et dans la montagne. Ce village a été pourvu des établissements publics nécessaires, mairie, église, école, fontaines, lavoirs, canal de dessèchement. Population; 164 Français, 11 Etrangers, 673 Arabes.
2° LAVARANDE est un centre créé au pont du Hakem,dans la vallée du Chétif, à 14 kilom. de Miliana, par décret impérial du 10 juillet 1857. Population: 92 Français, 6 Etrangers, 386 Arabes.
3° AFFREVILLE, à 8 kilom. de Miliana, est plutôt un groupe de fermes isolées, placées à l’entrée de la plaine du Chélif, à
l'endroit où elle atteint sa plus grande largeur, qu’un village proprement dit. Son nom a’Alïreville lui a été donné en mémoire de Mgr. Affre, archevêque de Paris, tué aux journées de juin 1848. Il est un peu éloigné de remplacement d 'Azuccàbar, ancienne cité romaine, connue sous le nom de Colonia Augusta. Ce village a été créé, par arrêté ministériel du 9 octobre 1848, sur les deux rives de l’oued Boutan. J1 est traversé par les routes d’Ürléansville, de Téniet el-Haad et d’Aïn-Sultan. 346 hectares sont cultivés en céréales. Les vignes occupent aussi un grand espace. Il y a une église. L’administration a exécuté des travaux importants, dans le but d’assurer le prompt écoulement des eaux pluviales, et d’éloigner ainsi de cette contrée une des causes de l’insalubrité. La population est de 123 Français, 43 Etrangers. Il y a 450 Arabes.
En 185*1, six fàmilles lorraines ont été installées, par l’administration, dans l’enceinte d’un ancien camp, au pied de la montagne. Ce noyau de population sera englobé dans le lotissement d’un village projeté sous le nom d 'Oued Rehan ,