‹ Indicateur général de l'Algerie description geographique, historique et statistique de toutes les localitesChapitre 97 sur 123 · COMMUNE D’ARZEU · texte numérisé non relu

COMMUNE D’ARZEU

Arzeu-le-Port est situé par 2°37’ de longitude O., et par 35* 51’ de latitude N., sur la côte septentrionale de l’Afrique, à 10 lieues marines E. d’Oran, et à 7 lieues O. de Mostagairem, par la même voie ; par terre, à 37 kilom. d’Oran, et 44 kilom. de Mostaganem.

La baie d’Arzeu, qui a 52 kilom. d’ouverture, et 22 kilom. de flèche, offre un excellent mouillage, pour toutes les saisons, aux bâtiments ordinaires du commerce, et en général à ceux qui sont au-dessous de la force des frégates, parce qu’ils peuvent mouiller en dedans de la ligne qui joint la pointe du fort aux terres hautes du Chélif. Dans cette position, ils sont à l’abri de la mer, que soulèvent les vents du N. et du N.-E. Les grands navires mouillent en dehors de cette ligne par 6, 7 et 8 brasses, fond de sable ; ils y sont bien pendant la belle

saison seulement. Des navires d’un assez fort tonnage peuvent débarquer leur cargaison à quai ; elle peut être chargée immédiatement sur les voitures devant faire le transport à destination. Cet avantage n’appartient à autre point maritime de la province.

note historique* Les Espagnols avaient construit un quai en pierres fort long, sur un développement de 1,000 mètres, qu’on a réparé en partie. On a fonde un débarcadère sur une longueur de 15 mèlres, et le port offre une étendue de 500 mètres carrés. C’est le Portas Deorum des anciens, auquel venait aboutir la voie romaine de Gilva Colonia. Les Arabes l’appelaient la Mersa et le port des Beni.Zian, à cause des princes de ce nom, qui régnèrent près de 380 ans sur Tlemsôn, et tenaient des magasins pour le sel dans la localité dont nous nous occupons. On y est si bien entouré de toutes parts, qu’il v a des points de l’étendue de la rade où la haute mer étant cachée par les coteaux, on se croirait dans un lac. C’est autour de ce port que l’établissement français s’éleva avec une promptitude merveilleuse, à la place même où une tribu de Kabyles marocains, fuyant les vexations des officiers de l’empereur, était venu se réfugier, et avait bâti quelques cabanes, qu’elle abandonna lors de l’occupation française. Les R’arabas lui succédèrent, et finirent par l’imiter dans sa retraite.

Les souvenirs de l’antiquité se rattachent principalement au vieil Arzeu, aujourd’hui Saint-Leu, situé sur une hauteur, à 9 kilom. E. du port, et à 4 kilom. S. de la plage, dont il est séparé par de profonds précipices. Lè, se trouvent des vestiges incontestables d’une grande splendeur, inscriptions, tombeaux, mosaïques, chapiteaux, colonnes, temple de Neptune, cirque et théâtre, médailles d’Antonin-le-Pieux, etc. Marmol dit que la ville fut ruinée par les Arabes, lors de leur invasion en Afrique, et que les princes qui régnèrent sur Tlemsên, la relevèrent.

Les Turcs avaient à Arzeu des magasins servant de dépôts aux grains, qu’ils destinaient^ l’exportation. Pendant les guerres de l’Empire, il en est parti jusqu’à 300 navires, par an, chargés de grains pour l’armée anglaise en Espagne. En 1814, 40,000 bœufs ont été exportés pour cette destination.

En 1831, Bethouna, cadi d’Arzeu, ne fit pas difficulté de pourvoir de vivres et de chevaux nos troupes d’Üran, bloquées dans la place. Abd el-Kader commença ses hostilités par s’emparer de la personne de ce vénérable docteur de la loi, qui l’avait élevé lui-même, et après avoir pillé Arzeu, l’emmena à Mascara, où on le fit étrangler. Le général Desmichels profita de l’exaspération que cette nouvelle excita dans la population

d’ Arzeu, pour s’en emparer le 4 juillet 1833. En conséquence <lu traité du 25 février, conclu entre ce général et l’émir, trois oukiis de ce dernier furent envoyés à (Iran, Mostaganem, Arzeu. Ben Mahmoud, désigné pour Arzeu, ne tarda pas à démontrer, d’une manière brutale, aux négociants français établis dans la ville pour le commerce des grains, qu’Abd'el-Kader voulait avoir le monopole de ces transactions, de première main, vis-à-vis des Européens. La guerre recommença, et, au mois de juin 1835, Arzeu devint le refuge du petit* corps d’armée d’Oran, après le désastre de la Mak’ta. Sa position fut attentivement étudiée. Le traité de la Tafna nous en assura la possession. Ce ne fut que le- 12 août 1845, qu’ii parut une ordonnance royale portant qu’une ville de 1,500 à 2,000 âmes serait fondée au lieu dit Arzeu-le-Port, et qu’un territoire de 1,800 hectares y serait annexé, pour être concédé aux Européens gui viendraient s’y établir.

Le peuplement n’eut lieu qu’en 1846. La localité fut érigée en district, par décret du 4 novembre 1850, et en conséquence, pourvue d’un commissariat civil. Le décret du 19 septembre 1848 y créa 13 villages, qui en furent détachés par le décret du 21 décembre 1856, en conséquence duquel le commissariat civil y fut supprimé et la commune constituée. Un arrêté du 27 octobre 1856, avait fait remise à l’administration civile des populations indigènes sur la partie S.-E. du district. Après quelques années d’un essor rapide, Arzeu, cruellement éprouvé par le choléra, écrasé entre ses deux puissants voisins. Oran et Mostaganem, est tombé dans une défaveur passagère, d'où les qualités nautiques de son port et l’exploitation des salines, ne tarderont pas, sans doute, à le relever. (Duval. — Manuel du Colon en Algérie )

Le nouvel Arzeu a une population européenne de 397 Français, 657 Etrangers, 13 Juifs. En bloc 91 individus. Il y a aussi 133 Arabes.

L’enceinte n’est qu’une simple chemise, percée par deux portes : la porte de Mostaganem et celle d’Oran. Le Pavillon des Officiers, la Direction du port, la maison des Finances, sont dignes de leurs affectations. Les places sont : la place d’isly, Philippe et Clauzel.

Une caserne, qui peut loger 348 hommes, renferme aussi une ambulance sédentaire, où les habitants civils sont admis. Des Magasins pour les Vivres, les Fourrages,

ie Campement sont établis. Il y a un Cercle civil et militaire.. Le fort Lapointe , qui protège le port, est la fortification la plus avancée au N. Un reverbère sidéral de Bordier-Marcet, élevé plus au N. encore, sur un petit îlot, porte à neuf milles et signale, la nuit, le mouillage d’Arzeu.

L'église est une des plus jolies et des mieux entretenues de la province. Une Mairie, un Bureau de police, une École de garçons, une École de filles, une Salle d’asile, tenue par les Sœurs Trinitaires, un Bureau de bienfaisance, répondent aux besoins de ce petit endroit. Les eaux de la source, dite Tséinamine, située à G kilom. de la ville, y ont été amenées, aussi bien que celles qu'on a réunies dans le ravin de Moulé Magoug. Quatre fontaines publiques les débitent et les déversent dans un lavoir et un abreuvoir. Les Ponts-et-Chaussées, en 1859, ont commencé l'ouverture, dans les schistes, de trois galeries souterraines, à Guessiba, à Tazout et à Sainte-Léonie, pour donner à Arzeu l’eau nécessaire. Aujourd’hui, ces galeries ayant atteint un développement de plus de 1,200 mètres, et le volume des eaux allant sans cesse en diminuant, on s’est arrêté au parti de murer les galeries à leur extrémité en aval, puis d’y introduire les eaux pluviales. On espère qu’elles consti- * tueront, chaque hiver, une importante réserve, qui donnera, durant toute l’année, un débit moyen susceptible de satisfaire aux besoins de la ville d’Arzeu. Une sorte de boulevard a été tracé et complanté en dehors du mur de la ville. Un Abattoir a été construit. Les

légumes et les fruits sont apportés tous les jours sur la place Clauzel, où se tient le marché. Tous les mercredis il en est un autre pour les bestiaux, les grains,

le sel, les poissons salés et le charbon de bois. Siation

télégraphique.

La culture des céréales est Toccupation principale des colons d’Arzeu ; toutefois, l’anis, le cumin et le tabac, réussissent bien dans leurs terres, où les arrosements se font par le moyen de norias. L'eau qu'on trouve à 2

mètres de profondeur, est très-potable et très-saine,

bien que saturée de sel. L’emploi de l’halfa pour nattes et couffins, la confection de briques, tuiles, carreaux de dallages, poteries, cruches, dites gargoulettes , l’exploitation de fours à chaux, sont des industries du pays. La maison Henchehvood, qui emploie cent ouvriers, envoie en Angleterre, par année, 20,000 quintaux d’halfa représentant un million de fr. Un hôtel dit de la Régence, prend en pension. Les cafés Féraud, Dupuis , Duboscq , et un café maure, sont ouverts aux consommateurs.

On trouve, ù volonté, des voitures de tout genre. Les diligences qui vont et viennent deMostaganem àOran, offrent des moyens faciles et agréables de locomotion.

L'aspect extérieur du pays, à l’O., est celui d’un vaste * plateau bien cultivé, mais dépourvu d’arbres, à cause du défaut de cours d’eau. Toutefois, un seul colon a planté 1,200 figuiers, 3,000 amandiers, 600 arbres fruitiers de diverses espèces, et a fait un semis de 50,000 caroubiers. Toutes ces essences sont de la plus belle venue.

A 14 kilom. au S. du port d'Arzeu, on trouve les sa-

lines, dont l’étendue, qui va du N.-N.-E. au S.-S -0., . est d’environ 12 kilom. de longueur sur 6 de largeur. Le sel s’y cristallise par l’évaporation naturelle. La cristallisation commence par les bords de cette espèce de lac, au commencement de l’été. A la fin de juillet, elle est complète. Alors bêtes de somme et voitures peuvent circuler sur ce vaste miroir dont les reflets sont éblouissants, et qui fournit un sel d’une blancheur éclatante. Les couches ont 1 m. et 1 m. 50 d’épaisseur. La compagnie qui exploite ce produit, en a livré, en 1855, 2,700 tonnes, au prix de 20 fr. à la ville d’Oran, qui a tout absorbé. L’extraction du sel donne par année de 6 à 8,000 tonnes, au prix de 18 à 20 francs.

Il y a, aux entours d’Arzeu, des fermes isolées où habitent 60 Français, 97 Étrangers.

La tribu des Hamiâns consiste en 1,509 individus.

Au Port-aux-Poules, habitent 21 Français, 35 Étrangers, 37 Arabes.

A la Mak’ta, groupe de maisons à 20 kilom. de Mostaganem, se trouvent 12 Français et 9 Étrangers.

La commune d’Arzeu comprend deux sections communales, qui sont :

DAMESME, colonie constituée par décret du 11 février 1851, à 8 kilom. S. -O. d’Arzeu, à 3 kilom. de la plage, sur un pla'- . teau fertile en céréales, où des travaux ont amené l’eau suffisante pour le lavoir, abreuvoir, rincoir, etc. 214 arbres- bordent les deux cêtés de la rue principale. La population est de 88 Français, 7 Etrangers, 11 Arabes.

SAINT-LEU, situé sur le même plateau que Daraesme, à 9 kilom. S.-E. d’Arzeu, et à 4 kilom. de la plage. Ce village

a été créé par ordonnance royale du 4 décembre 1846. On y cultive les céréales et on y 'élève avec succès la race porcine. L’eau que les colons ont amenée est légèrement saumâtre. Ils ont aussi utilisé d’anciens conduits romains, qui abreuvaient un centre de population antique au lieu *dit Bel tioua où 620 Arabes habitent encore, et qui est l’emplacement du vieil Arzeu. Des silos gigantesques, de 15 mètres de haut sur 20 de large, des ruines ae toute espèce, ont été trouvées en cet endroit. Population de Saint-Leu : 151 Français, 29 Etrangers, 11 Juifs.

Moule Magouçj , petit hameau créé en 1848, sur le bord du ravin qui porte ce nom, à 3 kilom. O. d’Arzeu. Des puits ont été creusés pour les besoins des hommes et des cultures en céréales. .

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