INTRODUCTION
Depuis 15 ans, la convulsivothérapie par les courants électriques est entrée dans la pratique psychiatrique. Elle fut, tout d’abord, utilisée dans les psychoses, en particulier dans les mélancolies, dont elle abrégea l’évolution, améliorant ainsi le pronostic de cette affection. Par la suite, le champ d’application de la sismothérapie s’étendit rapidement, débordant même le cadre de la psychiatrie. |
L’Electro-Choc, appliqué pour la première fois à l’homme par CERLETTI et BInr en 1938, fait suite aux travaux de Von MEpuxA (1934). Ce dernier, pensant à un antagonisme entre l’épilepsie et les états mentaux morbides, créait chez ces malades des crises comitiales artificielles à l’aide du Cardiazol. Les courants électriques offrent les mêmes avantages que ce produit, sans toutefois en avoir les inconvénients.
Mais il y avait longtemps que les médecins tentaient de traiter des affections nerveuses par des secousses électriques. SCRIBONIUS LARGUS, médecin de l'Empereur CLAUDE (43-48 ap. J.-C.) écrivait dans son traité « Compositiones Medicamentorum » : — « Un ancien et intolérable mal de tête, qui se manifesté avec insistance, peut être immédiatement supprimé, si on le soigne au moyen d’un poisson-torpille, vivant, de couleur noire, appliqué sur le lieu de la douleur, jusqu’à ce que celie-ci cesse, et que la partie soit endolorie; dès qu’on aura obtenu ce résultat, on enlèvera le remède afin de ne pas abolir la sensibilité de la partie. Il est nécessaire de préparer un certain nombre de ces poissons-torpilles, le bénéfice de la cure, c’est-à-dire la torpeur, qui est l'indice de l’effet utile, survenant seulement après deux ou trois applications. »
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Au XVIIP siècle, grâce à des machines à électricité statique, renforcées de bouteilles de Leyde, on traita des maladies nerveuses. MARAT, qui écrivit un traité sur l’électricité, lutilisait en thérapeutique. FRANKLIN essaya de réaliser des anesthésies à l’aide du courant. Pendant la période révolutionnaire, un Hospice Médico-Electrique fonctionnait à Paris. Dirigé par LEDRU, un empirique, il recevait des malades de neurologie, et plus particulièrement des malades mentaux.
11 faut toutefois attendre la fin du XIX:* siècle, pour que l’action des courants continus et intermittents soit approfondie. Lepuc, en 1893, décrit le sommeil électrique et BATTEL, en 1903, provoque chez le chien des crises convulsives à l’aide des courants alternatifs.
CERLETTI, avec BaALDUZZI, CuzZERI, et CHIANZZI, entre 1933 et 1935, puis avec Bmi, entre 1935 et 1938, crée chez le chien des crises épileptiformes avec du courant alternatif; il constate qu'avec des temps de passage courts, l’animal ne meurt pas. Il vit ensuite qu’aux abattoirs de Rome, les porcs étaient égorgés pendant le coma succédant à une décharge de courant lumière, appliquée sur la tête de l’animal. CERLETTI fait alors de nouveaux essais, et se rend compte que, même pour un temps long, le passage de l'électricité pouvait ne pas être mortel; il tente (Mars 1938) une première expérience sur un schizophrène.
L'usage de l’Electro-Choc se ne rapidement, du fait des succès curatifs obtenus, de la facilité d'emploi, de la faible proportion d’accidents, qu’il comportait. Par la suite, différents auteurs ont proposé des méthodes dérivées : électro-choc prolongé, électro-choc contrôlé, électro-narcose, etc...
Si certains voient dans cette thérapeutique un retour aux mœurs moyennageuses, où l’on s’efforçait de trouver de nouveaux procédés de chocs, une méthode aveugle et brutale, d’autres ont multipliés les indications, sortant même PASSE du domaine de la pathologie mentale.
L'on a pu être ainsi conduit à pratiquer des Electro-Chocs pour traiter des états psychonévrotiques. Faits dans des états dépressifs, proches parents d’ailleurs de la mélancolie, ils eurent le résultat escompté. Mais appliqués abusivement, sans
indications précises, ils peuvent être néfastes et aggraver le malade.
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C’est dans les névroses qu’on peut avoir à les discuter. S'ils ne constituent pas la thérapeutique de choix de ces états, ils peuvent, surtout dans les cas rebelles aux traitements usuels, fournir un précieux adjuvant.
En effet, les névroses, qui forment un chapitre important de la psychiatrie, nous sont encore mal connues, et leurs traitements sont parfois bien décevants. 4 :
Ces états névropathiques, conscients par définition, ne sont
étudiés que depuis un siècle environ. CULLEN, médecin écossais,
en 1776, tente de les définir: c’est à lui que l’on doit le terme de « Névrose ». PINEL s'efforce de dégager avec plus de précision le caractère de ces troubles. AXENFELD, en 1863, classe dans ce groupe six affections : les états nerveux, la chorée, l’épilepsie, l’éclampsie, la catalepsie et l’hystérie.
En 1892, Hack Tucx considère les névroses, comme un état caractérisé par un désordre du système nerveux, sans relation avec aucune affection organique constante. Précédemment, BERNHEIM y avait vu l'influence de l’imagination et de la suggestion.
Différentes théories essayèrent de préciser l’étiologie de ces états : auto-intoxication digestive (BOUCHARD), fatigabilité excessive (WEIR MiTCHELL)...
En 1862, CHARCOT étudie l’hystérie; ses travaux sont complétés par ceux de BaBINski. À ces névroses, BÉARD, vingt ans plus tard, y ajoute la neurasthénie. En 1900, Pierre JANET décrit la psychasthénie.
Les travaux de FREUD et de son Ecole apportèrent un jour nouveau sur ce problème. Ils mirent en évidence une origine, souvent sexuelle, dans ses affections. FREUD classe ainsi les : psychonévroses en deux groupes :
.— celles dites « actuelles » résultant de troubles directs, évidents de la vie sexuelle (neurasthénie, névrose d'angoisse) ;
__ celles dites « de transfert » dues à un conflit refoulé,
‘ antérieur à la vie sexuelle (hystérie, névrose obsessionnelle).
À la suite de tous ces travaux, la psychanalyse entra dans la thérapeutique, augmentant nos ressources pour ces affections. Malgré tout, des formes particulièrement tenaces, résistant aux narcoses, à la psychothérapie, etc…., ont pu conduire des médecins à envisager l’opportunité de la sismothérapie.