CHAPITRE I
Considérations sur quelques maladies fréquentes de la glande mammaire, justiciables des agents physiques.
Facteurs hygiéniques de premier ordre, moyens prophylactiques puissants, les agents physiques : chaleur, lumière, électricité, air, eau, froid, mouvement, peuvent devenir, quand on sait utiliser leur action, des agents thérapeutiques efficaces. Ce n’est pas qu’il faille les considérer comme des agents susceptibles d’une application universelle, et capables de prendre la place nettement conquise, grâce au temps et à l’expérience par la chirurgie contemporaine, par exemple. Les néoplasmes, en effet, les lésions suppuratives, sont du domaine exclusif de la chirurgie.
Nous les laisserons par conséquent, de côté, de même que les maladies de la région mammaire.
Ces restrictions faites, si nous consultons une classification nosologique de l’organe, et celle qu’en ont donnée Binaud et Braquehaye, nous paraît excellente, il nous reste quatre groupes de maladies :
1° Les anomalies ;
2° Les lésions traumatiques ; \ aiguës,
3° Les affections inflammatoires ; / chroniques.
4° Les troubles nerveux.
Les lésions syphilitiques sont justiciables du traitement iodo-hydrargyrique, et les lésions tuberculeuses, par leur gravité, leur marche envahissante, relèvent le plus souvent d’un traitement chirurgical.
§ I. — Anomalies.
Elles peuvent porter sur l’état anatomique de l’organe ou sur sa fonction.
Anomalies anatomiques. — Nous ne retiendrons parmi elles, que celles qui portent sur le volume de la glande et la conformation de son appareil excréteur : le mamelon.
La plus intéressante des anomalies de volume de la glande mammaire est, sans conteste, son défaut de développement, son état rudimentaire, parfois, mais à tort, désigné sous le nom d’atrophie incomplète.
a). — Micromazie. — Le développement insuffisant de la glande mammaire ou micromazie, estime affection très fréquente. Il est bon de faire remarquer, à ce propos, que le volume du sein ne doit faire préjuger en rien de celui de la glande ; il faut, en effet, savoir différencier le sein glandulaire du sein adipeux.
Le plus souvent bilatéral, cet état rudimentaire des glandes mammaires reconnaît pour cause : la mammite des nouveau-nés et des adolescents, les malformations génitales, la compression par le corset ou certains vêtements.
Pour montrer que cette dernière influence n’est pas illusoire, nous rapporterons ce fait signalé par Maïer (de
Munich), que la plupart des Munichoises ont les glandes mammaires insuffisamment développées et incapables de sécréter pendant plus de trois ou quatre mois, parce que leur costume comporte un corset très serré dont elles n’ont pas voulu se départir. Mais, la grande cause de ce mal, cause toute physiologique, signalée surtout par de Sinéty, c’est l'habitude répandue parmi les mères de la classe aisée, de ne pas allaiter elles-mêmes leurs enfants. Aussi, la grande loi en vertu de laquelle les organes inutilisés entrent en régression, est-elle ici confirmée et l’on peut dire que beaucoup de femmes de bonne volonté qui ne peuvent allaiter leurs enfants, expient aujourd’hui les fautes de leurs aïeules.
Cette dernière cause doit également entrer en ligne de compte pour expliquer les mauvaises qualités des Munichoises comme nourrices, car Maïer rapporte que les catholiques de la Souabe considérant l’allaitement comme un acte indécent, s’en abstiennent.
b). — Microthé lie. — Endothélie. — On observe souvent en même temps que cet état rudimentaire de la glande mammaire, diverses malformations de son appareil excréteur : le mamelon qui peut être trop court , ombiliqué , invaginé.
Anomalies physiologiques . — On ne saurait porter un jugement exact sur la qualité d’une glande mammaire d’après son volume. C’est au moment où elle entre en fonctions, c’est-à-dire pendant et après la grossesse qu’on peut se rendre compte de son développement suffisant ou insuffisant.
a). — Agalactie. — Si chez une femme bien consti-
tuée, il ne se produit pendant la grossesse aucune modification du côté des seins, non plus qu’après l’accouchement, cette absence complète de sécrétion lactée est une agalactie primitive. Une maladie intercurrente, locale ou générale peut également tarir la sécrétion établie, c’est une agalactie secondaire complète. Bilatérale, héréditaire (Puech), prédisposant au cancer ou s’observant avec une hérédité cancéreuse (Feré), cette agalactie primitive est assez rare.
Bien plus fréquente est l’insuffisance de sécrétion ou hypogalactie qui est primaire quand la montée de lait ne s’est pas effectuée suffisante dans le délai normal, secondaire quand la sécrétion diminue prématurément au bout de deux à trois mois, pour aboutir à la suppression complète précoce (agalactie secondaire). Pour montrer la fréquence de cette hypogalactie secondaire, nous rapportons les constatations faites par Dunême au dispensaire du VIIe arrondissement : chez plus du tiers des femmes de la classe ouvrière qui allaitent au sein, la sécrétion devient insuffisante avant les premières dents de l’enfant, c’est-à-dire du quatrième au sixième mois.
b). — Galactorrhée. — Inversement, la sécrétion lactée peut être accrue d’une façon démesurée, soit quant à sa quantité,, soit quant à sa durée. Ces faits sont rangés sous l’étiquette galactorrhée.
Il faut distinguer trois sortes de cas (Bidault):
1er Cas. — Sécrétion excessive de lait pendant la période de lactation physiologique, avec altération de la santé de la mère (diabète laiteux de Bœrhaave).
2“ Cas . — Lait sécrété anormal, pâle, aqueux, la santé de la mère et de l’enfant est altérée.
3e Cas . - — Persistance plus ou moins longue de la sécrétion du lait quand rallaitement normal est terminé, sans altération de la santé maternelle (Baldwin). Ce fait est normal au Japon où les enfants prennent le sein pendant plusieurs années. Ce qui démontre bien que plus on demande de lait à une femme bien portante, plus elle en donne (Budin). On trouvera des cas très curieux rapportés dans la thèse de Besson.
§ II. — Lésions traumatiques.
Nous ne nous occuperons que des contusions de la mamelle.
11 en existe trois formes :
1° Traumatisme cutané (ecchymose) ;
2° Contusion mammaire proprement dite, qui peut se terminer par résolution, mais donner lieu souvent, surtout chez les femmes qui allaitent, à une mammite aiguë avec induration hypertrophique et mastodynie (Huguet et Péraire) ;
3° Contusion sous-mammaire (Nélaton) s’étendant au grand pectoral.
§ III. — Affections inflammatoires.
A). — Aiguës. — La glande mammaire représente schématiquement un système ramifié aseptique, mais
sans cesse menacé d’une infection d’emprunt réalisée aux dépens de la surface cutanée d’abouchement qui est normalement septique. Tonicité des fibres lisses du mamelon et de l’aréole maintenant accolées les parois des conduits galactophores, oblitération de ces conduits par des bouchons de produits cellulaires, coudures provoquées par la rétraction normale du mamelon, tels sont les artifices qui protègent la glande contre l’infection ascendante ou canaliculaire. Mais cet organe est en rapport avec l’organisme par les vaisseaux sanguins et lymphatiques, nouvelle porte ouverte à l’infection (infection descendante, voie des septicémies et des lymphangites).
Il est indiscutable que les conditions qui favorisent l’infection sont toutes les causes locales ou générales de déchéance de l’organe : obstacle à l’issue du lait amenant la stagnation de l’humeur, la distension des acini, la dystrophie de leurs parois ; processus dégénératifs du parenchyme, altérant la cellule et privant l’organe de sa défense mécanique etchimique, prédisposent singulièrement aux infections canaliculaires.
Cette voie canaliculaire est si fréquemment suivie, (Duplay n’en admet pas d’autre), qu’il est impossible d’affirmer de la glande mammaire en apparence la plus saine, qu’elle est aseptique. Genoud (de Lyon) a toujours trouvé les conduits galactophores septiques, la glande aseptique. Mais Charrin recueillant avec précaution le lait de femmes bien portantes, y a toujours décelé le staphylocoque blanc. Kostlin a confirmé ces recherches. On comprend maintenant les cas, rapportés
par Galippe, d’abcès intéro-mammaires développés à la suite d’un traumatisme peu violent.
Deux éléments fondamentaux sont à considérer dans la pathogénie des mammites aiguës : la congestion de la glande et l’infection.
Mastites. — Mammite des nouveau-nés. — A la naissance, le gonflement des mamelles et la sécrétion d’un produit se rapprochant du lait, sont des phénomènes normaux en rapport avec le développement de l’organe. Engorgée, congestionnée, la glande souvent traumatisée par le vêtement, est très apte à se laisser envahir par les agents pathogènes qui suivent la voie canaliculaire, donnant lieu à une vraie galactophoro-mastite. Se terminant souvent par résolution, cette maladie peut, si elle est négligée, aboutir à la suppuration et compromettre l’avenir de l’élément sécréteur.
Mammite de la puberté. — L’inauguration de la fonction génitale donne un coup de fouet au développement de la glande mammaire et la congestionne. L’infection peut se faire par voie sanguine (Tellier), mais plus souvent par voie canalicnlaire ainsi que l’on peut s’en assurer en pressant le mamelon qui laisse sourdre du pus à staphylocoques (Vassal). Il faut prévenir la suppuration d’un pronostic fâcheux.
Mammites puerpérales. — Par sa congestion fonctionnelle fréquente et prolongée, par les traumatismes auxquels elle est exposée de la part du nourrisson, la glande mammaire de la femme qui allaite est, si on ne prend certaines précautions, très susceptible de s’infecter.
La suspension de l’allaitement est une circonstance qui favorise les infections (Velpeau, Nélaton, etc.), non pas en produisant l’engorgement laiteux des anciens (Gosselin, Kelirer, Delbet ont montré, par des expériences, l’inanité de cette théorie), mais en congestionnant la glande et en modifiant sa résistance.
La voie canaliculaire, seule admise par Duplay, est celle que les agents infectieux (streptocoques, staphylocoques, gonocoques parfois) suivent le plus fréquemment, réalisant ainsi le type de la galactophoro-mastite (Budin). Au début de toute mastite, Budin a montré après Chassaignac qu’en pressant sur la glande, on fait sourdre par le mamelon, d’abord du pus plus ou moins concret, pouvant obstruer parfois complètement les galactophores, ensuite du lait plus ou moins pur. Au début, toute mastite est donc une galactophorite (Arbel, Cataliotti), notion importante pour le traitement.
Fissures, gerçures, crevasses de l’aréole et du mamelon, ouvrent la voie lymphatique aux agents infectieux qui produiront une lymphangite superficielle ou profonde.
B. — Affections inflammatoires chroniques.
Elles peuvent être partielles, diffuses.
Inflammations chroniques partielles. — Certains abcès subaigus et chroniques non tuberculeux, en rapport avec des traumatismes, des inflammations antérieures
et la lactation, se terminent souvent par résolution et induration lentes. Mais ce processus inflammatoire peut# aboutir à la formation kystique ou galactocèle vraie , contenant du lait plus ou moins altéré, et évoluant lentement vers 1 induration, parfois la suppuration, ne se transformant pas en tumeur maligne.
Inflammations chroniques diffuses. — - Dans les formes diffuses de l'inflammation chronique de la glande mammaire, le processus pathologique subit l’évolution kystique ou l’évolution fibreuse , d’ailleurs très fréquemment associées.
L’hydatide celluleuse du sein (Astlcy Cooper), bien décrite et connue depuis sous le nom de syndrome de Reclus, est fort peu connue dans sa nature. Les recherches des histologistes (Brissaud, Quénu, Malassez, Bard),
etc., sont trop contradictoires pour inspirer une thérapeutique univoque.
Stade morbide évolutionnel commun, plutôt qu’entité morbide, ce syndrome d’après les observations cliniques ne comporte aucune gravité. Sa fréquence, son indolence, l’incertitude dans laquelle on est touchant la prédisposition aux localisations malignes, commandent de respecter l’organe en se tenant prêt à un traitement chirurgical éventuel (Sicre, Reclus).
De même ordre que la maladie kystique, la maladie noueuse ou fibreuse de Tillaux et Phocas ne réclame pas une intervention sanglante.
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§ IV. — Troubles nerveux.
Sous le nom de mastodynie, on a décrit çà et là les
troubles sensitifs les plus variés, ressortissant tantôt à
la névralgie intercostale, à élection mammaire, tantôt à la grande névrose. Depuis Gooper, ces troubles ont
été confondus sous le nom de sein hystérique, sans qu’on ait pu trouver dans un bon nombre de cas, d’autres manifestations réelles de l’hystérie. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas dans ces cas, en inférer trop hâtiveinent l’existence d’une lésion causale très petite et inappréciable, et recourir à une intervention radicale, sans avoir au moins fait l’essai d’une thérapeutique conservatrice.