Rapport cité, p. 20, ai
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leurs enfants ; elle réduira la famille ouvrière à la misère ; elle aura aussi pour effet de faire des enfants des paresseux, de futurs criminels ; enfin elle est contraire aux intérêts de l'industrie, incapable de supporter dans la concurrence internationale les charges nouvelles qui en résulteront.
Interdire ou limiter le travail des enfants, c'est porter atteinte au droit des parents : W. Sidwick, filateur, déclare que les parents considéreront cette réglementation comme une violation de la puissance paternelle 1 . Ce n'est pas seulement agir contrairement aux droits des parents, mais à leurs intérêts les plus pressants. Les industriels prétendent que, s'ils emploient de si jeunes enfants, c'est pour satisfaire les parents et sur leur demande instante 2 . En effet, interdire le travail des enfants, c'est les condamner à mourir de faim et, par suite de la diminution du salaire familial, réduire la famille à la misère ; tel est l'argument inlassablement répété devant la commission d'enquête p^r les industriels : les promoteurs du bill n'ont à opter qu'entre le surtravail et la faim. Sauf Robert Owen et un magistrat, Thomas Price, personne ne paraît s'être rendu compte que l'emploi des enfants avait un effet dépressif sur le sa-
i. Rapport cité, p. 120.
2. Rapport cité par ex., p. 56 Joseph Mayer et p. 74 John Sharrez Ward.
laire des parents et que l'interdiction du travail des enfants pouvait avoir pour résultat une élévation du salaire des adultes, élévation qui pourrait compenser la perte des 1 8 pences par semaine gagnés par les enfants 1 . Robert Owen déclare qu'il ne pense pas que les parents auraient à souffrir de l'interdiction du travail des enfants ; et, comme on lui demande quels sont les fondements de son opinion, il répond : « Toute l'expérience de ma vie m'a appris que, là où les enfants n'étaient pas astreints au travail dès leur plus jeune âge, les familles étaient dans une situation plus confortable et plus respectable ; je crois même que les ouvriers tireraient un grand bénéfice de cette interdiction. » De son côté, Th. Price, magistrat du comté de Warwick, précise la pensée de Robert Owen lorsqu'il dit: « Je pense que, si les parents ne pouvaient tirer profit de leurs enfants en bas-âge, ils perdraient moins de temps, ils travailleraient mieux et obtiendraient de meilleurs salaires pour un meilleur travail 2 . »
Il n'est pas bon, disent les industriels, de laisser trop de loisirs aux ouvriers ; ils ne sauraient en faire qu'un mauvais usage. Joseph Mayer, filateur, déclare que, si les ouvriers avaient plus de
i. Rapport, p, 37, déposition de Robert Owen. a. Rapport cité, p. 121, 122, 123.
Edouard Dolléans.
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temps, ils s'abandonneraient à l'ivrognerie et que Tordre serait troublé * . De même l'interdiction du travail des enfants est destinée à en faire des vauriens et des paresseux. Il y a danger, si on laisse les enfants dans l'oisiveté, à les voir contracter des habitudes vicieuses. Mais Robert Owen proteste contre cette conception de l'interdiction : dans sa pensée, le temps laissé libre ne doit pas rester inoccupé, il doit être consacré à l'instruction des enfants 2 : « Je pense, dit-il, que dans les villes les plus populeuses il y a suffisamment d'écoles ouvertes où pourraient aller les enfants. » Comme on lui demande s'il croit que les parents seront disposés à faire les dépenses nécessaires et si Ton peut espérer qu'ils enverront leurs enfants à l'école, il déclare qu'il convient de ne pas admettre les enfants à la fabrique tant qu'ils ne sauront pas couramment lire, écrire, compter et coudre ; il cite l'exemple de New-Lanark où, malgré la réduction des heures de travail, l'établissement peut donner aux enfants cette instruction, sans aucune perte pour les propriétaires et même en leur assurant un profit raisonnable.
Le droit des parents, la moralité des enfants et l'ordre public ne sont pas les seules raisons invo-