Crisis, vol. I, p
ment par la Banque peut être remis instantanément à celle-ci contre un achat immédiat dans le même magasin. Owen espérait non seulement équilibrer production et consommation et éviter les crises, mais développer indéfiniment la production et la consommation en assurant un emploi permanent aux travailleurs et un débouché illimité aux produits *.
Ces perspectives paraissent étrangement ambitieuses, surtout si l'on en rapproche la tentative qui devait permettre de les réaliser. Dès la première heure, Owen sacrifie le principe qui devait faire l'originalité de l'institution, et l'Équitable Banque d'Échange, même dans son programme initial, ne peut être considérée comme un essai d'application du système de la valeurtravail.
Owen a la prétention d'établir, pour la valeur, un étalon présentant exactement les mêmes caractères que l'unité de longueur ou l'unité de poids r
i. H. Denis, Annales de l'Institut des Sciences sociales (i8g5). — « Owen voulait assurer l'indépendance des travailleurs vis-à-visdes détenteurs de la puissance acquisitive de toute richesse en donnant aux produits du travail cette puissance acquisitive anticipativement à l'échange. Owen cherchait à dégager directement la valeur acquisitive du travail, indépendamment de tout échange, anticipa tivement à tout échange, tandis que Proudhon n'attribue un pouvoir acquisitif et illimité qu'aux seules valeurs constituées par l'échange opéré entre les individus. »
une unité monétaire en tous points comparable au mille, à la livre, au gallon 1 . L'étalon choisi est Theure de travail ; mais encore faut-il définir la réalité concrète qui se cache derrière le mot abstrait. Pour la détermination de l'étalon, Owen •emprunte à la société actuelle les éléments d'évaluation de l'heure de travail : « Il serait hautement désirable, dit-il, de faire que cet étalon de la valeur soit le même à travers tout le royaume, mais pour le moment c'est impossible. Les salaires dans les différentes industries diffèrent de 10 sh. à i sh. par jour : la moyenne peut être fixée à 5 sh. par jour (la plus grande partie des industries étant seulement un peu au-dessus ou audessous). La durée du travail est aussi très variée ; il est désirable de réduire ces variétés à un étalon et, à cette fin, on propose que la journée de travail soit de 10 heures. L'étalon sera l'heure de travail à six pence. La difficulté est de savoir si ceux qui reçoivent des salaires plus élevés travailleront aux mêmes conditions que ceux qui reçoivent moins ; mais s'ils considèrent que les services des ouvriers moins payés sont aussi nécessaires que les leurs pour former une union complète des métiers, un cercle entier d'occupa-
i. Crisis, vol. I, p. 60. — Bourguin, Mesure de la valeur. Larose, 1896, p. l\ à 20, montre la différence entre la mesure de la valeur et celle de la longueur et du poids.
tions, ils ne feront point d'objection 1 . » Jusqu'à ce que l'organisation de toutes les industries permette d'établir l'échange des produits d'après les quantités de travail incorporées en eux, il conviendra de convertir les différents taux de salaire, payés actuellement, en prix fixés d'après Téta- Ion, la journée de travail de 10 heures à 5 sh. Par exemple, la valeur du travail d'une personne qui est payée 2 sh. 6 d. par journée de 10 heures est égale à 5 heures de travail de celui qui reçoit 5 sh. ; les salaires de 7 sh. 6 d. par jour sont égaux à i5 heures de travail à 5 sh. par
On voit que les bons de travail de l'Equitable Labor Exchange n'avaient rien de commun avec les bons d'une société où le travail serait la seule mesure de la valeur. Sans doute l'heure de travail à 6 pence n'était qu'un étalon provisoire. 11 n'en est pas moins vrai que ces bons de travail n'étaient pas en réalité autre chose que des jetons représentatifs de monnaie, semblables à ceux de nos coopératives actuelles, jetons servant à l'usage exclusif des membres, après évaluation des services et des marchandises en monnaie métallique suivant les conditions de la concurrence.
Ce n'est pas là la seule atteinte portée aux prin-