BUT DE L ENCYCLOPEDIE
Au xviii* siècle, « l'Encyclopédie » a marqué un magnifique mouvement de la pensée vers la critique rationnelle. A cette époque, une telle manifestation devait avoir un caractère philosophique. Aujourd'hui, Theure est venue de renouveler ce grand eSbrt de critique, mais dans une direction strictement scientifique ; c'est là le but de la nouvelle Encyclopédie.
Ainsi la science pourra lutter avec la littérature pour la direction des esprits cultivés, qui, au sortir des écoles, no demandent guère de conseil qu'aux œuvres d'imagination et à des encyclopédies oii la science a une place restreinte, tout à fait hors de proportion avec son importance. Le moment est favorable à cette tentative; car les nouvelles générations sont plus instruites dans l'ordre scientifique que les précédentes. D'autre part, la science est devenue, par sa complexité et par les corrélations de ses parties, une matière qu'il n*est plus possible d'exposer sansla collaboration de tous les spécialistes, unis là comme le sont les producteurs dans tous les départements de l'activité économique contemporaine.
A un autre point de vue, V Encyclopédie ^ embrassant touttts les manifcs-
ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE. V
talions scientifiques, servira comme tout inventaire à mettre au jour les lacunes, les champs encore en friche ou abandonnés, — ce qui expliquera la lenteur ayec laquelle certaines sections se développeront, — et suscitera peut-être les travaux nécessaires. Si ce résultat était atteint, elle sera 6ère d'y avoir contribué.
Elle apporte en outre une classification des sciences et, par ses divisions une tentative de mesure, une limitation de chaque domaine. Dans son ensemble, elle cherchera à refléter le prodigieux effort scientifique du commencement de ce siècle et un moment de sa pensée, en sorte que dans l'avenir elle reste le document principal où l'on puisse retrouver et consulter le témoignage de cette époque intellectuelle.
On peut voir aisément que V Encyclopédie ainsi conçue, ainsi réalisée, aura sa place dans toutes les bibliothèques publiques, universitaires et scolaires, dans les laboratoires, entre les mains des savants, des industriels et de tous les hommes instruits qui veulent se tenir au courant des progrès dans la partie qu'ils cultivent eux-mêmes ou dans tout le domaine scientifique. Elle fera jurisprudence, ce qui lui dicte le devoir d'impartialité qu'elle aura à remplir.
Il n'est plus possible de vivre dans la société moderne en ignorant les diverses formes de cette activité intellectuelle qui révolutionne les conditions de la vie ; et l'interdcpendance de la science ne permet plus aux savants de rester cantonnés, spécialisés, dans un étroit domaine. Il leur faut — et cela leur est souvent difficile — se mettre au courant des recherches voisines. A tous, V Encyclopédie offre un instrument unique dont la portée scientifique et sociale ne peut échapper à personne.