HOUILLE
Le territoire de la Chine est très-riche en gisements de houille que les Chinois exploitent dans plusieurs régions; ils se servent du charbon de terre pour fondre les métaux, pour cuire les pierres à chaux, pour traiter les minerais destinés à fabriquer l’alun, les sulfates, etc., etc., etc.
On distingue trois espèces de houille :
1° Houille brillante ;
2° Houille en petits fragments ;
3° Houille en poudre.
Houille brillante. — La houille brillante se présente en blocs de la grosseur d’un boisseau chinois; on la rencontre dans le pays de Yen, de Thsi et de Thsin. Elle brûle facilement au contact de l’air sans le secours du soufflet; on peut déterminer son inflammation à l’aide de quelques morceaux de charbon de bois, et la masse brûle jusqu’à ce qu’elle soit entièrement consumée.
Houille en petits fragments. — Celte espèce (le houille se distingue en deux variétés différentes : la première, extraite des pays de Ou et de Thsou , brûle avec une belle flamme brillante; elle est spécialement employée à la cuisson du riz et des aliments; la seconde ne donne qu’une petite flamme (suivant l’expression des Chinois, la flamme ne dépasse pas le niveau supérieur du combustible); elle sert à la fabrication du fer. On l’arrose à cet effet d’une petite quantité d’eau avant de l’employer, et quand elle brûle, il faut avoir recours au soufflet afin de produire une température assez élevée pour amener la fusion du métal.
Houille en poudre. — La houille en poudre doit être toujours mélangée avec (h; l’argile pour qu’on puisse l’employer; on mouille le mélange île manière à en former une pâte (pii puisse facilement se mouler en pains rectangulaires ou cylindriques. Ces pains, séchés au soleil, durcissent et prennent l’aspect de la houille brillante. Ils servent de combustible, et quand ils sont’allumés, ils brûlent lentement en produisant une température régulière. On emploie concurremment avec ce combustible la poussière qui se forme pendant l’extraction de la houille et son transport. Ces agglomérés sont employés partout en Chine pour la cuisson des aliments, ainsi que pour certaines opérations industrielles, telles que la fonte du cuivre, la fabrication du vermillon, etc. Les trois variétés de houille peuvent indifféremment servir de combustible dans la préparation de la chaux vive et dans celle de l’alun 1 .
Extraction de la houille. — Les mineurs chinois, habitués à l’exploitation des houillères, savent découvrir les gise-
•1. On voit, en été surtout, autour des villes chinoises et mémo sur les places publiques, devant les boutiques, des claies en bambou recouvertes de ces pains en train de sécher. Ils ont 10 centimètres de Ion" environ ; leur diamètre est de 5 à G. Ils brûlent lentement, en produisant peu do fumée, et sont d’un usage très-répandu. I’. C,
mcnts de houille d’après l’inspection du terrain, et ils font quelquefois preuve d’une grande sagacité dans cette recherche. Quand on veut exploiter un gisement, on commence par forer des puits de cinquante pieds de profondeur environ, et on trouve souvent, à cette distance du niveau du sol, la partie supérieure du banc de charbon de terre. Le fond des puits ainsi creusés donne souvent issue à des gaz méphitiques ou inflammables dont il faut avoir soin de garantir les ouvriers. A cet effet, on introduit dans toute la longueur du puits un tube en bambou, terminé à sa partie inférieure par une section conique que l’on enfonce dans le lit de houille. Les gaz se dégagent par ce conduit, ils se mélangent à l’air extérieur et ne sont plus à craindre pour les ouvriers qui travaillent au fond du puits. Une fois ce tuyau de bambou installé, les mineurs, armés du pic, détachent des blocs de houille que l’on remonte à la surface du sol au moyen d’un treuil. Quelquefois, suivant la position du gisement de houille, on est obligé de creuser des galeries horizontales dans plusieurs directions. A mesure que ces corridors souterrains découpent le banc boni lier, on les consolide avec une charpente résistante. En général, les Chinois remplissent de terre bien tassée les cavités formées par l’extraction de la houille, et ils évitent ainsi les éboulements. On rencontre souvent au milieu de la houille des morceaux de pierre ovoïdaux qu’on nomme charbon de cuivre (pyrite de cuivre); on les emploie pour fabriquer du soufre et du sulfate de cuivre. Ce minerai de cuivre se trouve particulièrement dans les provinces du Pé-tché-li
et du Hou-kouang.
L’auteur chinois, en parlant de la situation géographique des gisements houillers, admire les lois de la nature qui a distribué cette précieuse substance dans les régions où les forêts sont rares, et où il aurait été difficile de se procurer des combustibles; il ajoute que le charbon de terre peut servir à la cuisson de tous les aliments, excepté le Teou-fou
(sorte (le fromage fabriqué avec des haricots). Le Teou-fou, cuit à la houille, aurait, selon lui, une odeur de brûlé trèsdésagréable; il perdrait ses qualités et ne posséderait plus la couleur blanche qui le caractérise.
[A ces documents puisés dans les livres chinois nous ajouterons quelques observations recueillies sur les lieux.
Les gisements de houille de la Chine sont très-nombreux et très-importants; ils pourraient rendre de grands services à la marine européenne. Les bancs de charbon de terre les plus puissants s’étendent dans la province du Sse-tchuen et aux environs de Pékin. La houille du Sse-tchuen, dont nous avons eu plusieurs échantillons entre les mains, est mal exploitée par les Chinois, qui recueillent indifféremment le toit • et le mur des lits de charbon, parties des gisements presque toujours riches en schiste et en pyrite de fer. L’échantillon que nous avons analysé renfermait du soufre et ne donnait par sa combustion qu’une petite quantité de cendres. Soumis à la distillation, il perdait 30 à ho 0/0 de matières volatiles. Le coke obtenu était poreux et friable.
A bien des reprises différentes, les Européens ont essayé d’employer la houille chinoise pour le chauffage des chaudières à bord des bateaux à vapeur, mais on a dû renoncer presque complètement à son usage, en raison de la variabilité de sa composition. Quelquefois, un chargement de cette houille donnait d’excellents résultats; d’autres fois, au contraire, un second chargement de charbon de terre de même provenance était de qualité tout à fait inférieure. On peut expliquer ces différences par la mauvaise direction des exploitations. La houille chinoise renferme quelquefois des quantités de soufre considérables qui mettent obstacle à son emploi. Néanmoins les steamers américains qui sillonnent le fleuve Bleu sont quelquefois alimentés par le charbon de terre chinois, qui rend exactement les mêmes services que celui de Belgique ou d’Angleterre; mais avant d’en faire
Dli 1/ K. MPI RE CIIiNOIS.
usage, on a soin de le trier avec soin et de rejeter tous les morceaux défectueux. Il est à espérer que les gisements houillers de la Chine seront un jour exploités par les Européens, qui sauront les rendre vraiment productifs. Il ne serait pas impossible d’obtenir la concession de ces exploitations en payant une redevance aux gouverneurs des provinces : les gouverneurs chinois résistent difficilement, en effet, à une pareille tentation.] P. C.
CHAKBON UE BOIS.
On fabrique du charbon de bois en Chine, dans lps régions où il n’existe pas de houille, par la calcination du bois dans des fours analogues aux nôtres. On commence par enflammer le combustible, et quand le feu a pris dans toute la masse, on ferme les ouvertures du four avec de la terre glaise et de l’herbe. Le feu s’éteint, et quand le tout est refroidi, on retire le charbon de bois qui s’est produit. L’opération réussit plus ou moins bien, suivant qu’on a étouffé le feu en temps opportun, pendant la combustion.
Les textes chinois ne parlent pas du procédé si simple que nous employons en Europe pour fabriquer le charbon, et que nous désignons sous le nom de procédé des forêts.
Les Chinois fabriquent des pains de charbon avec le charbon de bois réduit en poudre, et mélangé avec le suc d’une espèce de Ceratophyllum demersum ; on en forme une pâte qui, une fois séchée, est un excellent combustible. On remplace quelquefois le charbon de bois dans cette opération par le charbon friable et léger obtenu en carbonisant les feuilles de pin.