DISCUSSION
Peut-on admettre sans restriction l’origine dentaire de ces septicémies ? ou bien faut-il leur étendre les critiques que l’on prodigue, non sans raison souvent, à la théorie de la « focal infection »?
À cet égard, la valeur des observations recueillies est assez inégale. Dans le cas de MM. Tardieu et Bécart, c’est faute d’une autre porte d'entrée visible que la septicémie a été attribuée à une carie dentaire ; simple présomption, d’autant que la guérison a été obtenue sans soins dentaires.
L'identité des microbes trouvés dans le foyer dentaire et dans le sang ou un abcès métastatique constitue un argument plus important. À ce point de vue il est fâcheux que l’ensemencement du pus dentaire n’ait pas toujours été pratiqué ; peut-être faut-il attribuer cette lacune au fait que la plupart des observations ont été recueillies en clientèle de ville (ce qui indique du moins une meilleure liaison entre le médecin et le stomatologiste qu’à l'hôpital).
Les critères exigibles sont d’ailleurs nombreux :
L’hémoculture sera pratiquée plusieurs fois, et surtout au moment des poussées fébriles correspondant
à une décharge microbienne au niveau du foyer. Elle
sera faite en milieux spéciaux (milieu aérobie et anaé-— robie).
D'autre part, simultanément, il faudra prélever des germes au niveau des canaux de la dent infectée, de préférence au foyer périapexien où les traces de sang pourraient vicier les résultats.
Mais c’est surtout sur l'identification parfaite des germes isolés les uns au foyer infectieux, les autres dans le sang, qu’il faudra baser le diagnostic : constatation d’une morphologie identique, de réactions biochimiques semblables, du développement parallèle sur différents milieux de culture.
Enfin on pourra terminer par l’épreuve d’immunité croisée : un lapin, auquel on aura injecté des cultures peu vivantes du germe d’hémoculture, doit facilement résister à l’inoculation du germe dentaire.
L'épreuve de déviation du complément faite avec le sérum de ce même lapin doit donner une même réaction positive pour les deux germes sanguin et dentaire.
Mais l'identité complète des germes établie, il ne s'ensuivrait pas nécessairement que l'infection dentaire eût déterminé la septicémie ; elle pourrait en être seulement une conséquence. Comme le font remarquer MM. Bercher et Krivine, à propos d’un cas d’ostéite maxillaire staphylococcique contemporaine d’une furonculose, « la bouche peut au cours des infections se comporter comme un émonctoire et jouer par ses zones de moindre résistance ou sensi-
bilisées un rôle d'appel à l'infection venue par voie
Ai
sanguine ; et la dent peut être à la fois le lieu d’entrée du microbe et le lieu de sa localisation secondaire d’autant plus que le premier passage peut déterminer une sensibilisation locale ».
Ainsi ni l’absence d’autres foyers septiques, ni la rencontre du même microbe dans la lésion dentaire et dans le sang ou les abcès métastatiques ne peuvent prouver absolument l’origine dentaire de la septicémie. La guérison de la maladie par le traitement dentaire ne constituerait-elle point l’argument essentiel ? En droit, il ne saurait être irréfutable : le succès d’une thérapeutique fait surtout impression sur celui qui le constate de ses propres yeux et le lecteur ne manquera pas de soupçonner (et souvent à juste titre) la coïncidence éventuelle d’une guérison spontanée et la mise en œuvre du traitement. La plupart des observations que nous avons colligées, valent par la guérison de la maladie, réserve faite de deux cas cités sommairement par M. Lardennois où la précarité de l’état général enlevait toute chance de succès à la thérapeutique dentaire. Mais M. Lardennois parle de « résurrection » qui suivit l’extraction de la dent de sagesse infectée chez sa malade atteinte de septicopyohémie. Les autres observations, quoique un peu sommaires, rapportent de très belles guérisons. Celle de Delater a la valeur d’une expérience, car l'élévation de la fièvre avec hémoculture positive suivit l’occlusion d’une carie du 4° degré et sa chute suivit exactement l'ouverture de la dent. Ailleurs c’est la longue durée de la septicémie qui donne plus de
R. de la Quérière 4