ACTION SÉDATIVE DE LA MER SUR LE SYSTÈME NERVEUX
On a dit bien souvent que la guérison du tuberculeux dépend moins du médecin que de lui-même. Il doit suivre à la lettre, des prescriptions minutieuses, désagréables, qui, à la longue, lui paraissent odieuses : ne jamais s'affranchir d’un régime sévère ; pour le malade aisé, s'abstenir de soirées, de bals, de spectacles, pour l’ouvrier, s'abstenir du cabaret et des réunions publiques, en un mot vivre en cénobite.
Le tuberculeux ne peuts”y résoudre. Aun moment donné, il juge inutiles ces rigoureux décrets, car il
a une mentalité spéciale ; sa maladie le rend opti-
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miste. À l'en croire,il se porte bien et prend chaque jour de nouvelles forces. Aussi fait-il mille projets pour l’avenir.
En vain le thermomètre marque la fièvre, en vain la balance indique l’amaigrissement, ces certitudes ne l’influencent point. En vain le médecin le pré. vient et le menace ; quelques heures après, il ne sen souvient plus, Car la tuberculose détruit les poumons sans faire souffrir, et la douleur est le seul avertissement que l’homme écoute. De même, comme je l’ai souvent observé aux Antilles, le lépreux anesthésique dont le corps meurt lentement, et s’en va par lambeaux, étonne le médecin par son insouciante gaieté.
Si vous voyez un tuberculeuxse plaindre, s’effrayer, c’est qu’il a quelque dyspepsie, quelque point pleurétique qui, en lui occasionnant une souffrance, altère son humeur.
L’optimisme des tuberculeux est le grand obstacle à leur guérison.
S'agit-il d’un ouvrier, malgré toutes les remontrances, il continue à fréquenter les cabarets, Quand au bourgeois riche qui se rend à Nice pour se soigner, il y mène la vie à grandes guides, cède aux excès génésiques, et précipite le terme fatal.
Aussi le poitrinaire a t-il tout avantage, pour se soigner, à abdiquer sa volonté, à s'enfermer dans un sanatorium. Il s’abandonne à la sévère direction du médecin, parce que sa volonté est chancelante, inconstante. Le poitrinaire, comme tous les êtres
ERP que
faibles et délicats, manque de persévérance. Comme on exige de lui un traitement long et «énervant », sans résultats immédiats, il se lasse vite de la vie végétative de sa chaise longue, et de son éternelle étiquette de tuberculeux. Il veut secouer le joug, reprendre «la vie de tout le monde». Chez ces impatients, la «mise en tutelle » est nécessaire, et le caporalisme du sanatorium rend de grands services en suppléant par son réglement à l’affaiblissement de la volonté du malade.
Le médecin de sanatorium a une tâche difficile avec un tuberculeux dont la sensibilité est sans cesse excitée, sans cesse à l'affût de sensations nouvelles (Daremberg)... Le phtisique qi veut guérir devrait ne penser qu'à se soigner, qu’à se faire soigner le corps et le cœur. Or il pense trop souvent à tout autre chose. Le médecin le raménera au sentiment de la réalité. Il sera inflexible, s’il veut guérir son malade. Il ne doit pas être un médecin aimable cherchant à plaire. « Quand le malade est éclairé, le médecin doit le conduire avec la traditionnelle main de fer gantée de velours. » Il lui est bien difficile de se faire obéir. Le malade ne comprendra jamais qu’une « petite » promenade puisse lui faire tort, qu'une lecture de Journaux, ou une conversation avec quelques amis puisse entraver sa guérison.
Et quand son médecin lui aura montré le danger et lui aura prouvé que les plus petites causes peuvent avoir les plus grands effets, alors le malade lui men-
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tira ; illui cachera ses imprudences et continuera à les commettre. Tous les tuberculeux ontune mentalité d'enfant ; ils considèrent le médecin commeun « cuistre ronchonneur » auquel ils s'amusent à jouer de bons tours sous l’œil complaisant des parents et des amis, sans se douter que leur santé en pâtit.
Obéirait-il exactement aux prescriptions de son médecin, le malade restera dominé par son cerveau.
Les affaires, la famille, la préoccupation de sa maladie, l'ennui, l’inaction, les désagréments professionnels, la politique, les conversations, la lecture des journaux, mille autres facteurs causent des soucis et des émotions préjudiciables.
Car les facultés mentales retentissent énergiquement sur l’état général, et les efforts intellectuels, comme les sentiments et les passions, consument la substance organique et détruisent la cellule nerveuse plus complètement que le travail musculaire.
Ce repos de l'esprit et du cœur est très difficile à procurer, car repos moral ne doit pas être synonyme d'ennui, et c'est généralement ce qui se produit.
À un plus haut degré que le sanatorium, le traitement par le climat marin exerce sur les nerfs une action sédative et, à ce point de vue, facilite la tâche du médecin.
Tous ceux qui ont voyagé sur mer savent que l’humeur y change considérablement. Après quelques
jours de traversée, lorsqu'on s’est accoutumé à la vie
murs
du bord, on est envahi par une torpeur infiniment agréable, qui repose l’âme et le corps.
On oublie ses affaires, on s'endort dans la contemplation de l’espace. A peine trouve-t-on le courage de parcourir quelques pages d’un roman, ou d’engager une conversation avec ses voisins. Le besoin d'activité qui agite sur terre et pousse à chercher à chaque instant une nouvelle occupation, disparaît complètement sur mer ; on tombe bientôt dans une indifférence absolue, et l’on mène une vie végétative, égoïste, éminemment favorable à la restauration organique.
Les caractères les plus indociles, les plus ee. trants sur terre, sont domptés sur mer et se” soumettent sans difficulté aux prescriptions du médecin et aux exigences du traitement.
La contemplation de l'Océan exerce sur nos sens une action sédative dont on ne connaît pas l'origine, mais que personne ne met en doute (Edom).
D'autre part, le personnel médical et infirmier qu'on doit choisir spécialement éduqué pour l’accomplissement de sa mission, est sur mer en contact nuit et jour avec les malades et n'est pas aussi facilement distrait de sa tâche que sur terre.
Le médecin toujours présent exerce un contrôle plus étroit et plus efficace sur l'espace restreint d'un bateau que dans le parc ou la forêt d’un sanatorium ; n’ayant rien de mieux à faire, il converse avec les pensionnaires, et les initie à tous les secrets
de l'hygiène et de la prophylaxie.