OBSERVATION X
J. T.., 23 ans. — Quinze jours avant le terme de sa première grossesse.
Cette femme habitait une ferme isolée en Normandie. :
Il se déclare chez elle un accident de dent de sagesse inférieure gauche grave d'emblée avec atteinte de l’état général.
Elle est conduite chez un dentiste qui dit qu’il faut attendre le terme pour intervenir. L'état général empire et le trismus s’installe.
Le médecin appelé tente de vaincre le trismus, il y parvient difficilement, au cours des efforts exercés dans ce sens deux dents sont cassées.
Il tente de pratiquer l’extraction de la dent de sagesse, mais n’y parvient pas. |
Un chirurgien appelé en consultation demande le transport immédiat en clinique.
Il est dix heures du soir, la famille de la malade retarde son départ au lendemaïn matin.
Dans la nuit, la malade meurt.
Conclusions
La gestation agit sur la denture dans un sens nettement défavorable, mais beaucoup plus par « l'ambiance buccale » qu’elle crée que directement.
Les aggressions contre la dent ne semblent pas être accrues pendant la grossesse, mais sa résistance est diminuée.
Les caries ne se produisent pas plus fréquemment, mais leur évolution est plus rapide quand elles se manifestent. Les caries existant avant la gestation reçoivent une sorte de coup de fouet.
Une série de manifestations pénibles ou douloureuses accompagnent généralement la grossesse au niveau de la cavité buccale :
ptyalisme, gingivite, odontalgie, qui attirent l’attention de la femme sur sa denture, mais rendent plus rares les soins qu’elle en prend.
L'évolution de la dent de sagesse se fait souvent pendant la gestation sur un terrain rendu fragile.
Le psychisme de la parturiante est assez rarement normal et les accidents prennent une importance qui n’est pas toujours justifiée par leur gravité absolue.
La grande majorité des femmes enceintes ne possède pas les moyens matériels de faire donner à
- leur denture les soins qui leur seraient nécessaires. Quand elles le pourraient, elles en sont trop souvent empêchées par un préjugé tendant à les faire redouter.
La prophylaxie des troubles de la denture pendant la grossesse est difficile à réaliser.
Il faudrait avant tout faire l’éducation des gestantes ; les consultations des maternités qui se développent depuis quelques années pourront certainement manifester là, une fois de plus, leur grande utilité.
Evitera-t-on les troubles en donnant du calcium sous quelque forme que ce soit aux consultantes ?
Nous ne le pensons pas ; toutefois, on calmera ainsi les odontalgies qui semblent se manifester surtout quand la mobilisation calcique s’est faite audelà des limites normales, mais il ne nous semble pas que l’on puisse empêcher les tissus de la dent de s’appauvrir en calcium.
Il ne faut pas d’ailleurs perdre de vue le danger d’un régime trop chargé en sels calciques et les dystocies qui en sont la conséquence habituelle.
C'est seulement par des soins appliqués dès le début des caries que l’on pourra lutter contre leur développement. IT faut souhaiter que les consultations hospitalières de stomatologie prennent aux veux des pouvoirs publics l’importance qu’elles méritent d’une part et, d’autre part, que les mères de familles puissent, si les soins de leur ménage les empêchent d'aller à l'hôpital, trouver les soins