‹ Influence de la Grossesse sur la Marche Clinique du CancerChapitre 10 sur 40 · HISTORIQUE DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA QUESTION

Dans ce chapitre, nous allons jeter un coup d'œil rétrospectif sur le passé de la science relatif à la question qui nous occupe, jusqu'àune époque eacorc très peu éloignée, l'inventaire des connaissances acquises à ce sujet est facile à faire. Quelques auteurs en ont parlé incidemment, d'une façon quelque peu obscure. On peut dire que jusqu'à ce siècle, cette histoire se réduit à rien. Pénurie des auteurs anciens sur ce sujet ; la plupart des modernes mêmes, ou, sont muets, ou, accusent superficiellement uue action de la grossesse sur le développement des tumeurs en général et sans insister davantage. Il était réservé aux contemporains de siècle, d’élucider la question en apportant le contingent de leurs observations.

Nous tâcherons de rapporter le plus fidèlement possible les idées de ceux qui ont écrit sur la question. A part quelques exceptions, Cohnstein entre autres, tous sont unanimes à accuser la grossesse comme une cause à

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l'accroissement du cancer. Quelques-uns vont même plus loin et admettent que la grossesse peut faire naître le cancer, et, incriminent alors les grossesses répétées d’être une des causes du cancer.

Les auteurs qui regardent le gravidisme comme une cause favorable à la production du cancer, sont : Courty, West, Lebert, Lever et Scanzoni. Ils avancent que : sur un nombre donné de cancers envisagés par eux. les plus fréquents sont chez les femmes qui ont enfanté.

Sur 26 femmes affectées de cancer, Becquerel (1) n’en trouve que deux qui n’ont pas eu d'enfants. Sibley (2),sur 86 n’en rencontre que 11 qui n’on eu ni fausse couche, ni grossesse.

Laissant ce côté de la question, à part, nous nous bornerons à l'étude de la marche du cancer pendant la grossesse, et nous relèverons les écrits des auteurs au fur et à mesre que nousles rencontrerons.

Ashwell (3) parle à ce sujet en termes quine laissent aucun doute: « Il est à peine nécessaire de dire que les « femmes affectées de cancer (parlant de l'utérus et deses « annexes) qui deviennent enceintes sont exposées à de « grands dangers, les tumeurs se ramollissent vers les « derniers mois, l'accroissement de leur vascularité con- « duit nécessairement à l'inflammation, une suppuration « de mauvaise nature se déclare el la mort survient après

«“ l'accouchement. »

(4) Becquerel. — Traité des maladies de l'utérus et de ses annexes, Paris.

(2) Sibley. — Cite par Courty, in maladies de l'utérus.

(3) Ashwell, Gazette médicale de Paris, 1837,

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Madame Boivin et Dugés (1) ont un langage conforme à celui de Ashweil, et croient même que des tumeurs non cancéreuses peuvent subir une dégénérescence carcinomateuse sous l'influence de la grossesse, ef rapportent à ce sujet une observation où une tumeur fibreuse enlevée à l'autopsie montrait à l’intérieur une texture cancéreuse. Ce n'est que pour mémoire que nous rapportons ce fait, à cause de la rareté, puisque semblable cas ne s’est pas représenté aux yeux d’autres observateurs.

Aran (2) trouve que l’élat gravide crée surtout les circonstances les plus favorables au développement des maladies utérines, et que cet état influe beaucoup sur le développement du cancer et en rend le pronostic plus fâcheux, et il ajoute: « Les grossesses répétées me parais- « sent être une des causes occasionnelles les plus fré- « quentes de l’épithélioma ».

Charles West (3) comme Aran déplore la fâcheuse coincidence de la grossesse et du cancer.

Dans son traité des maladies de l'utérus et de ses annexes, Courty avance que le grand nombre de grossesses est une des causes provocatrices capables de favoriser ou de hâter l'explosion de la diathèse cancéreuse.

Le docteur Mathieu (4) dans sa thèse le doctorat, rapporte une observation de femme grosse affectée de cancer utérin, où, il lui fut permis d'assister à la progression de la tumeur

(4) Mme Boivin et Dugés. (Traité pratique des maladies de l'utérus et de ses annexes. Paris, 1823.

(2) Aran, loco citato.

(3) Ch. West. Deseases of Women, trad. Ch. Mauriat. Paris 1870.

(4) Mathieu. (Ou cancer de l'utérus pendant la grossesse, thèse, Paris 1872).

En 0) t te et à sa marche rapide et conclut que la grossesse sur un terrain prédisposé peut agir commèé cause occasionnelle de l'apparition de la tumeur, et en tous cas, donner un nouvel essor à la marche de cette tumeur, quand elle existe déjà.

M aringer (1) Testeau (2) M. le professeur Peter (3) dans une de ses lecons cliniques, émettent l'opinion que la grossesse et surtout les grossesses répétées, par l’état de congestion permanente de l'utérus, par l’augmentation de son système vasculaire sont une cause qui accélére la marche du cancer.

Le Goupils (4) par les observations qu’il rapporte dans sa thèse, trouve que l'influence de la grossesse sur la marche de l'affection cancéreuse se révèle par une forte aggravation : « La grossesse en changeant les conditions vitales de l'organe, hâte les « progrès du cancer. »

« La grossesse, dit Chaïlly-Honoré, (5) par suite du « surcroit d'activité qu’elle imprime à la circulation uté- « rine, accroit le volume des tumeurs cancéreuses en y « déterminant un afflux sanguin considérable. »

Maintenant, ouvrons Chantreuil (6), nous y trouvons formulée cette opinion que nous rapportons en son entier. « Les modifications qui surviennent dans l'utérus doivent

(1) Marioger. (Du cancer de l'utérus, thèse de Paris, 185S),

(2) Testeau. (Du éancer de l'utérus pendant la grossesse, thèse de Paris, 1872).

(3) M. Peter, cité dans la thèse de Testeau.

(4) Le Goupils (Contribution à l'Etude du cancer de l'utérus au point de vue de la grossesse et de l'accouchement, Thèse de Paris 1879.

(5) Chaiïlly, Honoré. Butlelin de thérapeuthique 1846.

(6) Chantreuil (Mémoire sur les tumeurs de l'utérus au point de vue de la grossesse et de l'accouchement. Paris 1881.)

2; Ve « nécessairement influer sur la marche de l'affection « cancéreuse. Cette influence doit être défavorable, Com- « ment comprendre qu'il en soit autrement avec cette « activité nouvelle de la cireulation, et avec le dévelop- « pement des autres modificatious qu’il n’est pas néces- « saire de rappeler ? On a rarement l’occasion de suivre « tous les changements qui surviennent dans le col ma- « lade depuis le début de la grossesse jusqu'à l'époque où « elle se termine. Mais l’aggravation de la maladie, d'une « façon générale, nous paraît incontestable. » Cependant tous les observateurs qui se sontoceupés de la question, ne sont pas unanimes pour croire que la grossesse donne un essor nouveau, un développement rapide, un coup de fouet, en un mot, à l'affection cancéreuse. Cohnstein (1) distingue deux ordres de faits. Lorsque le cancer s'est développé dans le cours de la grossesse, ses progrès suivant lui, se trouvent modifiés d'une façon très variable. Ainsi dans une série de 43 cas, il observa 3 fois de l’exacerbation ; 6 fois, aucune aggravation notable; 4 fois un temps d'arrêt. Dans Lwifcas de femmes qui avaient accouché une première fois avec un cancer de l'utérus, une seconde grossesse amena «4 fois de l’exacerbation, d'où l’on pourrait déduire que c’est surtout chez les femmes qui ont déjà accouché avec un cancer de la matrice, que l'ont doit s'attendre à voir l'affection progresser rapidement. Mais qu’il nous soil permis de dire, que Cohnstein a eu affaire à une série vraiment favorable, puisque sur treize cas il n’a noté de l’exacerbation que dans {rois cas seulement.

(4) Cohnstein, cité par Courty, et in revue de Hayen.

Il est vrai qu'il peut y avoir un temps d'arrêt dans la marche de la tumeur, un retard dans son évolution pendant la grossesse, mais ces faits ne suivent pas la règle générale.

Comment expliquer ces deux faits qui semblent tant en contradiction : retard et accélération? Peut-être, comme dit le D° Mathieu (1), que l'utérus gravide comprimerait la tumeur, en empêcherait la nutrition et par suite son développement ; ou bien, la matrice après la conception, devenant le siège d'une vie plus active, les matériaux destinés à la tumeur seraient détournés au profit de la gestation. Lorsque, pour une raison ou pour une autre, les faits ne se passeraient pas ainsi, le cancer participant à l’afflux considérable de sang et recevant ainsi une nouvelle impulsion, serait accéléré dans sa marche.

J’allais oublier Bénicke (2) qui professe cette opinion fondée surune grande expérience : que le carcinôme s'accroit rapidement pendant la grossesse, surtout celui de l'utérus.

Une fois sorti du domaine de l'utérus, les auteurs sont moins affirmatifs, s'ils ne restent pas muets sur la question. Cependant, pour les tumeurs cancéreuses du sein et des annexes de l'utérus, nous trouvons encore quelques documents sérieux. Pour les autres localisations cancéreuses, n’avons-nous pas pour expliquer leur accroissement rapide la déchéance vitale que la grossesse imprime à certaines natures.

(1) Mathieu, loco citato.

(2) Bénicke, Ueber Behandlung des gebärmutterkrebses in der Schwan: gerschaft (Berlin, Klin, Wochens n° 30; page 440, 1877).

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La connexion intime qui relie le sein à l'utérus, le développement de l’un qui va de compagnie avec le développement de l'autre, nous portent à penser qu'un cancer développé sur cet organe, pourra tout comme l'utérus recevoir une impulsion accélérée dans sa marche. Peut-être même, pourrait-on croire que le carcinôme du sein, qui par le fait de la prolifération épithéliale, du bourgeonnement que fait naître l'état gravide, aura incontestablement une évolution plus rapide. L'utérus gravide peut comprimer une tumeur développée sur le col, enrayer son développement, mais sur le sein nous ne voyons aucune cause capable d'arrêter la tumeur dans son évolution. Au contraire, la prolifération de l'épithélium, cette production d'éléments nouveaux, qui d'un organe inactif vont en faire un organe d’une importance réelle, influera nécessairement sur la tameur. Cette prolifération, cette génèse d'éléments nouveaux, aura également lieu dans le néoplasme, les vaisseaux se prolongeant jusque dans sa masse.

Nélaton (1) dit: « La fréquence du cancer des mamelles, «s comparé à celui des «utres organes, est peut-être due à « une cause générale, qui dans l'espèce peut obtenir une « grande part, sinon dans la production de la diathése “« cancéreuse, du moins dans la localisation des effets de « cette modification générale de l'économie. Je veux par- « ler en ce moment de ces grands changements dans la « vitalité de certains organes qui ont lieu sous certaines « influences. Combien de fois, dans l'existence d’une fem-

(1) Nélaton (Des tumeurs de la mamelle, thèse d'agrégat. Paris 1839),

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« me, la vilalité des mamelles n'est-elle pas modifiée ? « Accroissement rapide à la puberté; hypertrophie pen- « dant la grossesse. »

Aran (1), dans son traité des maladies de l'utérus, se trouve entraîné, en regardant les rapports de la matrice et du sein, à dire quelques mots sur les maladies de ce dernier : « Pour ne pas rompre la continuité du sujet en

ce qui touche les phénomènes appartenant à la vie

sexuelle, je vous signalerai comme symptôme sympa-

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thique très intéressant les accidents qui se manifestent « du côté des seins. »

Estlander (2), rapporte une observation, où un carcinôme du sein, après avoir pris un accroissement énorme pendant la grossesse, ralentit non seulement sa marche après l'accouchement, mais diminua de volume. Nous avons une observation semblable qui nous a été communiquée par M. Quénu.

Pour les annexes de l’utérus, pour l'accroissement des tumeurs cancéreuses des trompes ct des ovaires, n’avonsnous pas à invoquer l’artivité circulatoire exagérée, la congestion dûe à la grossesse, c'est ce qui ressort des observations de Puchelt (3) sur le cancer de ces organes.

Pour le cancer du rectum, la congestion qui a lieu vers les organes de la génération, explique leur rapide aceroissement, puisque cette congestion est fatalement ressentie par ce qui est proche à ces organes.

4) Aran, loco citato.

2) Estlander, Annales de gynécologie, 1880.

(3) Puchett (Commentatio de tumoribus in pelvi partum impedientibus, Heidelberg, 1840),

N'avons-nous pas vu dans les modifications que la gestation fait subir à l'organisme de la femme que la circulation se trouvait activée et que de là la nutrition des tissus s'en ressentait, d’où l’on peut conclure que les néoplasmus dépendant des fonctions de reproduction recevront avec une activité plus grande le sang par leurs artères et s'accroiteront, et que les néoplasmes éloignés recevront aussi une impulsion moins forte, il est vrai, mais effective, puisque l'organisme entier est modifié. Les modifications ne sont non seulement bornées à l'utérus, elles se généralisent, et, comme le dit si bien Hippocrate ; la femme entière est enceinte. « Tout concourt et tout consent. »

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Em, Blesson

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