CHAPITRE Ill
Influence de la vaccine sur une variole ultérieure
Pour essayer de réunir, dès ledébut, quelques éléments de pronostic, il faut, lorsqu'on se trouve en présence d'une variole, s'informer des faits suivants :
Le malade a-t-il été vacciné ?
Combien at-il de cicatrices vaccinales ?
Quelle est la date de cette vaccination ?
Si le malade n'a jamais été vacciné on est autorisé à porter un pronostic plus sombre. C'est, qu'en effet, les exemples ne manquent pas dans l'histoire ou dans l'observation journalière pour prouver que les épidémies les plus meurtrières sont celles qui ont atteint des individus non vaccinés.
En 1880 (1) les Esquimaux du Jardin-des-Plantes succombèrent en grande partie parce qu'ils n'avaient
(1) Granpmaison. — La variole.
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MS jamais été vaccinés. Pour la mème raison, après la découverte de Christophe Colomb les populations indigènes de l'Amérique furent décimées par le fléau.
Si, de nos jours, la variole paraît avoir perdu une partie de sa gravité, c'est grâce à la vaccination qui, même au-delà de sa période d'immunité, conserve une action favorable et atténue l'intensité du processus, en même temps qu'elle en abrège la durée.
Dans l'épidémie de variole que nous avons observée, cette heureuse. influence d'une vaccin: antérieure s’est montrée bien évidente. Nous ne pouvons publier quelques observations détaillées, car, séparément, elles prouveraient peu de chose ; la statistique seule suffit à mettre ce fait en lumière.
Nous avons eu jusqu'à ce jour (12 décembre 1899) 70 malades dont 14 ont succombé ; dans ce nombre de décès, nous comptons 11 sujets non vaccinés «et 3 sujets vaccinés (parmi ces derniers, une fillette, vaccinée tardivement 6 jours avant les symptômes d'invasion). D'autre part, ceux qui ont guéri avaient tous été vaccinés antérieurement, à l'exception de cinq ou six.
D'après notre statistique, la mortalité ne dépasserait pas 5 pour 100 chez les vaccinés et atteindrait plus de 60 pour 100 chez les non vaccinés. Les proportions rapportées par d’autres auteurs ont un écart moins considérable, mais sont aussi probantes. Tandis que, chez les non vaccinés, la mortalité est de 45 pour 100 (Jébleet Galvagni), 48 pour 100 (Talamon), 59 pour 100 (Welch), elle tombe, d'après les mêmes observateurs,à 10 pour 100,à8 pour 100,à 15 pour 100.
Ye et AP ‘hôpital Saint-André, à Bordeaux, Dubreuilh a eu 142 malades; 107 étaient vaccinés, 15 décès ; 35 ne l'étaient pas, 22 décès.
I est inutile de dire que cette orlite considé-
rable va de pair avec la gravité de la maladie.
La variole a revêtu des formes d'autant plus oraves et pernicieuses qu'elle sévissait sur des individus non vaccinés. D'après Talamon, la proportion des formes légères est de 92 pour 100 chez Îles vaccinés contre 12 pour 100 chezles non vaccinés. |
Cette heureuse influence d'une inoculation vacci-
nale antérieure semble encore augmentée par l'in-
tensité de son éruption et par le nombre des piqûres. Les cicatrices nombreuses ct bien marquées sont d'un bon pronostic.
Masson, directeur de l’ Institut vaccinogène de Londres, a publié des observations tendant à démontrer que les individus atteints de variole présentaient une atfection moins grave s'ils avaient eu une vac-
- cine qui ait laissé des traces profondes-de son pas-
sage. La mortalité fut très faible chez ceux qui présentaient 5 à 6 piqüres.
Un autre élément fort important pour essayer de
| juger du degré de l'épuisement vaccinal et, par con-
séquent d'établir, quelque présomption en faveur du
pronostic, est la date de la vaccine.
Après une période de 7 à 8 ans, quelquefois un peu plus tôt, le pouvoir d'immunisation de linoculation préventive commence à décliner. Chez les jeunes enfants, sa disparition est même plus rapide peut-être, en raison de la rénovation plus active des
Te tissus. Mais cette action préservatrice ne s'éteint pas brusquement et un sujet peut contracter, dans un temps donné, une variole qui sera atténuée par ce qu'il est en état de moindre réceptivité.
À ce mêmetitre, la revaccination a une importance capitale, parce qu’elle rend à l'organisme, une immunité totale ou un complément d’immunité. Quand un individu a été revacciné, surtout revacciné avec succès, il a les plus grandes chances d’avoir une variole bénigne. « Si une population était tout entière « revaccinée, dit M. le professeur Brouardel, on « pourrait la considérer comme à l'abri d'une épidé- « mie de variole; il y aurait peut-être quelques cas de « de varioloïde, mais pas d’épidémie ». D’après Laget, la mortalité, très faible chez les vaccinés, ne dépasserait pas 3 pour 100.
L'influence de la vaccine sur la variole ordinaire, même à longue échéance, paraît à certains auteurs beaucoup plus effacée lorsqu'il s'agit de la forme hémorrhagique. « Si la variole est plus grave chez ceux « qui n’ont pas été vaccinés, dit Jaccoud, en revan- «che il semble que la variole hémorrhagique soit « spéciale aux vaccinés ». Pour d’autres la variole hémorrhagique étant une des diverses causes de mort chez les non vaccinés, devient la principale, sinon l'unique chez les vaccinés. Bien que n'ayant observé aucun cas de variole hémorrhagique dans les trois décès survenus chez des malades antérieurement vaccinés, nous ne pouvons discuter ces asssertions, mais nous trouvons dans, un récent travail du docteur
AT A Arnaud, de Marseille, longuement exposées l'étiologie et la pathogénie de cette forme clinique (1).
Sur 800 malades observés de 1891 à 1896 cet auteur a remarqué 63 varioles hémorrhagiques; 7 seulement ont guéri. Mais, fait curieux, tous les cas de guérison, sauf un, sont survenus chez des sujets non vaccinés. Dans le service d'hommes du docteur Coste même remarque a été faite. Sur ces 63 cas, on trou- vait 29 malades vaccinés, 27 non vaccinés et 7 chez qui la constatation était douteuse ; donc, a priori, les vaccinés ne paraissaient pas plus épargnés. Mais. limmunité, même partielle, pouvait ne plus se faire sentir, en raison de l'ancienneté de la vaccination et, de plus, nombre de sujets présentaient des tares pathoiogiques favorisant le développement d'une variole maligne.
Relativement à l’ancienneté de l'inoculation vaccinale la statistique a prouvé que la forme hémorrhagique ne se montre avant l’âge de quinze ans que chez les non-vaccinés. À partir de cette époque elle augmente peu à peu de fréquence chez les sujets vacciinés à mesure que décroit l'immunité. La proportion des vaccinés présentant une variole hémorrhagique est de 23 pour 100 de 20 à 25 ans, de 52 pour 100 de 25 à 30 ans, de 62 pour cent de 30 à 40 ans et de 72 pour 100 au-dessus de 40 ans.
En résumé (2) le rôle préservateur de la vaccine
(1) ArNauD. — La variole hémorrhagique ; ses causes, sa nature, ses lésions viscérales. Revue de Médecine, 1899. (2) ArNauD. — Loco citato.
be de personnes vaccinées au moins une Fe ee élevé 1e rap au « chiffre tal de la CPoUre
Fait à mesure que le ne avance en âge, et epoutètre | aussi parce que les tares. organiques augmentant avec la durée de la vie en même temps que la vaccine s'éloigne, la variole maligne trouve des con . ditions plus favorables à à son. pes :