RACES
li me reste à examiner l'influence des races dans la genèse et les modifications des maladies endémiques et épidémiques, et je suis certainement arrivé à la partie la plus difficile de ma tâche ; car sous cette question se cache, pour certains individus, celle de l’unité ou de la pluralité des origines de l’homme. Laissons ces hautes questions de côté.
Une première et double question se présente : Y a-t-il des maladies propres à certaines races? YŸ a-t-il des races indemnes de certaines maladies? Brassac admet qu’il n’y a pas, à LR ds parler, de maladies spéciales à certaines races.
Si la lèpre grecque, le mal des Barbades, le pian, certaines dermatoses, l’ulcère phagédénique, la maladie du sommeil semblent s’être spécialisés sur une race, cela peut tenir à certaines conditions particulières d'hygiène, d’hérédité, de position sociale; mais ces mêmes maladies s’observent aussi chez la race blanche créole d’origine européenne, et cela avec d'autant plus de fréquence que les conditions dans lesquelles elle vit se rapprochent plus de celles des races colorées. De même l’immunité du créole blanc et des races colorées pour certaines maladies n’est que relative. La méningite tuberculeuse, la scrofule, le rachitisme, sont rares, il est vrai; mais certaines n’en sont pas complètement exemptes, dit Brassac, contrairement à Saint-Vel. Cette immunité n'existe pas plus pour la fièvre jaune, et nous verrons que les
LL ootes habitants des hauteurs sont atteints quand ils descendent devant une épidémie. Saint-Vel parle de nègres atteints en 1830 par la fièvre jaune au Sénégal. Cependant, nous croyons excessives les conclusions de ceux qui prétendent ne faire aucune différence entre les races au point de vue pathologique, qui croient à leur égalité devant les maladies. Si la géophagie a été observée en Italie et en Egypte, comme aux Antilles et à Mayotte, il n’en est pas moins vrai que la maladie du sommeil est spéciale à la race nègre, l’ainhum à la race hindoue. On connaît la maladie des Scythes, des Mameluks (frigidité et atrophie du testicule); elle paraît due à l'équitation. Cette affection est ancienne. Hérodote en parle, et voici comment il l'explique : Une arrière-garde ayant pillé le temple de Vénus, cette déesse envoya une maladie de femme à ceux qui avaient commis ce sacrilège et à leurs descendants. Hippocrate affirme la réalité de l’impuissance ; Klapoth affirme le même phénomène pour les Tartares descendant des anciens Scythes. Epuisés par la maladie héréditaire, ils ressemblent à de vieilles laides femmes ; leur barbe tombe, leur corps se ride ; ils n’ont plus aucune sensation et se mêlent avec les autres femmes, partageant leurs habits, etc.
D'un autre côté, Livingstone signale les populations de l’Afrique centrale comme réfractaires à la syphilis, et leurs métis en présentent, quand ils en sont atteinis, des symptômes d’une intensité proportionnelle à la quantité de sang blanc qu’ils possèdent. Boudin a surtout mis en lumière l'influence des races sur la production et la prédisposition épidémiques. Il démontre, par la relation des diverses pestes, la constante immunité des juifs, et conclut que cette constance exclut l’idée de coïncidence.
Et puisqu'il s’agit de la genèse des endémies et des épidémies, rappelons ce mot de Tolin, que le typhus n’a jamais atteint l’Arabe jusqu’au jour où la race européenne en a été le réactif. On sait que le vomito-négro, quoique susceptible de se développer spontanément sur le littoral atlantique de l'Afrique, ne s’y manifeste que très rarement, tandis qu'il est relativement commun sur celui d'Amérique.
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Tolin pense que la rareté des épidémies de fièvre jaune sur la côte africaine tient précisément à ce que sur cette côte la race blanche, qui fournit au vomito son principal aliment, n’est représentée que dans des proportions minimes relativement à l'importance ethnologique dans les populations du Nouveau-Monde. Les épidémies de fièvre jaune en Afrique n’ont donc pu apparaître que dans de rares circonstances de guerre et de commerce qui entraînent vers ce littoral beaucoup d'individus de racé blanche, donnant ainsi à un foyer d'apparence inerte l'élément qui lui manquait pour manifester sa puissance morbifique.
Quoi qu'il en soit, si la question de l'influence des races sur la production des maladies endémiques et épidémiques est discutable, il n’en est plus de même quand :l s’agit des modifications qu’elle peut imprimer à ces maladies.
Les modifications que les maladies subissent sous l’influence des climats et. des races seraient peut-être. si elles étaient connues, la clef de la pathologie dans les pays chauds. Peut-être le nombre des espèces morbides serait-il aussi singulièrement restreint. C’est ainsi que, sous l’investigation patiente de Fonssagrives et de Méricourt, de Plemb et de Rochard, le béribéri est devenu une variété de scorbut, et du même coup une maladie étrange et mystérieuse disparaît du cadre de la pathologie, et les mesures préventives et curatives les plus convenables peuvent être mises en œuvre.
Ce que je dis du scorbut, je pourrais le dire pour bien d’autres. C’est ainsi que Simonot, après avoir décrit les changements dans la forme extérieure observés dans les races, ajoute que ces changements sont l'indice ou le prélude de plus importants que démontrent certaines immunités pathologiques, et que, par exempie, la fièvre jaune, si terrible habituellement pour l’émigrant européen, n’atteint que rarement le créole et perd chez lui presque toute sa gravité. ;
Pour le moment, je désire m’en tenir aux généralités sur la question et prouver l’influence que les races peuvent avoir sur les mod cations des maladies et leur modus agendi. Pour cela, je crois ne
Aro pouvoir mieux faire, afin de mettre bien en relief l'influence de la race considérée isolément, que d'indiquer les modifications qu'elle fait subir aux manifestations de l’alcoolisme.
Certes, si au premier abord je semble m’écarter de la question, il est certain pourtant qu’on peut considérer la maladie dont il s’agit comme endémo-épidémique, comme pandémique; et si la cause en est spéciale, si c’est là une intoxication, elle me servira à faire mieux ressortir l'influence de la race. Qui sait, d’ailleurs, si les maladies endémo-épidémiques ne sont pas des intoxications? On s’est demandé si l’alcoolisme pouvait différer suivant les races. Il est un fait certain, c’est que l’abus des spiritueux, si prodigieux qu’il soit chez les autres peuples, ne semble pas agir sur eux de la même manière que sur nous. Ainsi, il n’est que trop bien démontré par la statistique que la France a le triste privilège de compter une proportion d’aliénés beaucoup plus considérable que l'Angleterre, la Suède, la Belgique, les États-Unis ; et nous savons quelle part revient à l’alcoolisme dans notre lamentable bilan, bien qu'à coup sûr la consommation de l’alcool soit beaucoup moins considérable chez nous que dans ces divers pays.
Comment expliquer une pareille diversité dans les effets du poison? Chauffard et Bergeron, avec lui, invoquent ce fait que l’Anglo-Saxon, mangeant beaucoup et souvent, à ce point qu’il ne veut pas de l’abstinence même dans l’état fébrile, quand il prend de l’alcool, c’est avec un estomac occupé, avec des vaisseaux qui absorbent en même temps des matériaux nutritifs ; les effets alcooliques en sont d’autant diminués. Chez nous, au contraire, c’est le matin à jeun, c’est avant les repas que les individus adonnés à l'alcool le consomment ; le poison ainsi ingéré saisit un homme sans défense, et ses propriétés toxiques s’en accroissent d'autant. Cela est vrai, surtout pour le cerveau, qui dans ces conditions reçoit évidemment une stimulation plus rapide et plus vive.
Quelle que soit en réalité la valeur de cette explication, n'est-il pas manifeste que si l’examen microscopique le plus minutieux ne révèle aucune différence entre le cerveau d’un Germain et celui d’un Celte,
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leur manière de comprendre et surtout de sentir offre cependant des contrastes frappants. Nous savons que les aliénistes allemands expliquent et jugent ces contrastes en nous qualifiant d’une infirmité et d’une infériorité de race. Laissons de côté cette opinion de nos voisins; mais reconnaissons qu’il y a chez notre race une particulière sensibilité à l'effet des alcooliques, particularité provenant sans doute de l’éducation, du climat.
Il semblerait à première vue que, puisque l'alcool pénètre partout, ses effets devraient également se faire sentir dans tous les organes ; or, 1l est certain que l'excitation alcoolique se montre fort irrégulière suivant les individus, non seulement sur l’ensemble de l’économie, mais encore sur les divers appareils, sans que les prédispositions originelles ou acquises, les conditions du milieu dans lequel vivent ces sujets puissent toujours rendre compte de ces différences.
Sous l'influence des mêmes habitudes d’ivrognerie, on voit un buveur conserver la netteté de son intelligence, alors que déjà chez lui le foie et l’estomac sont gravement allérés ; tandis que chez un autre, ce sont les bronches et les voies aériennes qui sont seules atteintes, et que chez un troisième la raison faiblit avant qu'aucun trouble fonctionnel se soit montré,
L'ivrognerie ne se présente pas généralement en France sous la forme brutale et hideuse qu’elle offre dans plusieurs autres États de l'Europe et de l'Amérique du Nord.
Broca dit que, des renseignements recueillis par la Société d’anthropologie, il résulte que toutes les races ne supportent pas de la même manière l'ivresse alcoolique. Les peuples non habitués y résistent moins, comme cela a lieu pour une maladie normale, la variole.
Est-ce là une différence primordiale on le résultat de la sélection de l'agent ? Claude Bernard, Georges Sée, ont montré que les médicaments et les poisons agissent différemment sur les différents animaux, suivant le degré d’élévation de ceux-ci dans l’échelle zoologique, et cela nous montre la vérité de ce que nous avons dit plus haut.
Cette étudesur l’alcoolisme peut s’appliquer à presque toutesles ma-
en PU Nes ladies endémiques et épidémiques;e’esttantôt une race ettantôt une autre qui est atteinte, et chacune des grandes entités morbides semble avoir ses préférences de races, sans que les autres soient complètement soustraites à l'influence morbide. En temps de fièvre jaune, les créoles et les mulâtres ont des fièvres bilieuses dites fièvre jaune des créoles, des acclimatés.
Dumont, à la Havane, a observé que les grandes chaleurs, les années exceptionnellement chaudes, prédisposent le blanc à des épidémies hémorrhagiques, à la fièvre jaune par exemple ; tandis que le noir est alors atteint de maladies avec enflures qu’il appelle bichagen. Nous retrouvons ici la même différence qu'entre le scorbut et le béribéri, différence qui avait fait supposer que le scorbut est propre aux blancs, et ne se rencontre pas dans la race nègre. Quoi qu’on dise de l’innocuité de certaines races pour certaines maladies, la douloureuse expérience du Mexique a démontré tout au moins la résistance des nègres à la fièvre jaune, et les bataillons de turcos et d’Égyptiens ont pu traverser impunément Vera-Cruz, où mouraient tant d’'Européens.
Il avait donc profondément raison le médecin français qui le premier a inauguré l'étude de ces hautes questions, je veux parier de Boudin, lorsqu'il a prononcé cet axiome: « Les manifestations de la vie et de la mort, de la santé et de la maladie, changent avec le climat, se modifient avec la race et la nationalité. »
Mais de tout ce qui précède on peut conclure à la difficulté de pareilles études, à peine commencées par nos contemporains. La race peut-elle, en effet, s’isoler du climat, et enfin les influences de race ne sont-elles pas, en définitive, la résultante des acclimatements successifs qui ont rendu l'individu de plus en plus apte à supporter les influences de climats analogues ?
Quoi qu'il en soit, nous allons maintenant montrer dans leurs détails les influences dont nous venons de faire une revue synthétique rapide.
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