OBSERVATION IV
RECUEILLIE DANS LA CLINIQUE DU Dr COUEToUx.
O. L. 19 ans de Cholet se présente le 21 juillet 1891 avec une conjonctivite printanière bien typique. Il ne manque que les lésions de la conjonctivite palpébrale. L’hyperplasie périkératique apparaît surtout à droite ; des deux côtés cependant les ornées sont injectées sur leurs bords, surtout en bas et vers le nez, avec saillies interrompues par places. À droite des taches blanchâtres apparaissent sur l'élévation opaline.
Les lésions datent de trois ans. Les yeux rougissent aussi de temps en temps depuis cette époque. Ces exacerbations sont plus fréquentes
que tous les mois et ne paraissent en somme guère plus marquées vers le printemps. On les soigne avec des lotions au borax et à la camomille, mais les améliorations semblent plutôt se produire d'elles-mêmes qu'être subordonnées au traitement. L’insomnie ou la pratique de la pêche provoue facilement des exacerbations.
Le palais est très concave : la respiration nasale est défectueuse. A la suite d’un coup de poing sur le nez, dit le malade, l'affection oculaire qui existait avant sans être trop gênante, reçut comme un coup de fouet et augmenta considérablement. (Il y a dans cette observation du malade une remarque rhinologique fort importante qui se présente souvent sous des aspects variés lorsqu'on questionne les malades sur les coïncidences oculaires et nasales). Il ronfle la nuit mais ne bave pas et avale facilement. La voix est nasonnée, pas de maux de tête. La palpation révèle au cou quelques ganglions. Le toucher rhino-pharyngien fait sentir une couche de végétations adénoïdes peu épaisse, mais les muqueuses des cornets sont très hypertrophiées.
Nous opérons les végétations adénoïdes et preserivons des gargarismes, prises nasales avec calomel et acide borique, iujections nasales salées, des bâtons de beurre de cacao avec icthyol au 10e dans les fosses nasales. Aucun traitement sur l'œil.
Ceci se passait le 21 juin 1891. Le 4 juillet on nous écrit que la respiration nasale est bien rétablie que le malade n’est plus gêné le matin. L’œil gauche a toujours des taches rougeàtres, mais il fait moins souffrir. L'œil droit est rouge et pleure encore. Nous faisons reprendre les lotions sur les yeux tout en continuant le traitement nasal.
Le 15 juillet l'affection rétrocède et le malade est fort soulagé. L'œæil gauche présente encore de petites taches blanchâtres surmontant une légère hyperplasie en bas et en dedans : l'aspect est malgré ça presque normal. A l'œil droit très peu de lésions subsistent, de petits abcès tout périphériques à la cornée et qui se confondaient presque avec le pointillé blanchâtre de l'hyperplasie, se détergent. Le toucher pharyngien donne à peine trace de sang.
Le 16 août. Le malade ne sent plus rien ni aux yeux ni à la gorge, si ce n’est encore une très légère rougeur qui disparaït en ? ou 3 jours de traitement : prises de calomel, gargarismes, irrigations nasales.
Le 20 août, guérison complète.
Dans ce cas nous voyons la marche de l'affection se subordonner aux touchers pharyngiens désinfectants. Les lotions oculaires qui n'avaient rien donné avant l'opération donnent un soulagement immédiat et aménent bientôt la guérison.
Aussi ne pouvons-nous accepter le conseil donné par quelques auteurs et surtout par M. Augagneur de Lyon qui conseille de supprimer toute médication du côté des yeux. Mais pensons au contraire que l'affection oculaire peut évoluer pour son propre compte à la suite d’une infection secondaire d’origine nasale c’est ce que semblent prouver certains cas plus tenaces que les autres et à lésions plus accentuées.
À notre avis il faut attaquer le mal à toutes ses sources, traiter les lésions oculairesen même temps que le nez et ne point oublier letraitement général.