SOMMAIRE
XLI. — L'ébauche du portrait de Mme d'Haussonville. — Au diable, les portraits ! — Chevalier du roi de Prusse. — Ingres signe le retour des cendres de David. — Gilibert quitte Paris et Cambon y arrive.
XL1I. — Les morts se suivent : après le Prince d'Orléans, c'est Cherubini et Baillot qui s'en vont. — Louis-Philippe commande à Ingres les cartons de la Chapelle expiatoire. — Ces travaux retarderont ceux de Y Age d'Or à Dampierre.
XLII1. — Les voisins de Montauban à Dampierre. — La tille de Gilibert fait bien de préférer la musique allemande à l'italienne.
— Après cinq mois, Y Age d'Or avance. — Vive Lucrèce de Victor-Hugo ! — Cambon est un bon jeune homme.
XLIV. — Le Saint Pierre est terminé pour le musée du Luxembourg. — Que de portraits à faire avec Y Age d'Or ! — Pas même le temps d'aimer les amis. — Montauban l'enorgueillit en lui dédiant des articles. — Son buste, par Ottin, est envoyé.
XLV. — MKe Ingres boit à plaisir le vin blanc de Montauban. — Le portrait de Mme d'Haussonville recommencé. — Mm* de Rothschild sur chevalet. — DesgoflFes fait le paysage de Y Age d'Or. — Trente mille francs à Delaroche pour la gravure de son Hémicycle. — Et à Ingres, pour celle de son Homère ? — Dîner chez Louis-Philippe et concert chez Hittorf.
XLVI. — Ingres, peintre de la Cour, est-il heureux ? — Les neuf mois de galère à Paris et les trois mois d'Age d'Or à Dampierre. — Un mal d'enfant de trois mois, pour accoucher d'un sujet de peinture. — La Comédie plus difficile que la Tragédie : Molière montera au pinacle, dans la nouvelle édition d'Homère.
— Scénario de Y Age d'Or, — Près de soixante ligures, dont la maquette est en cire, pour l'effet des ombres.
XLV1I. — Gilibert envoie des pêches de Montauban. — Ingres veut peindre ce fruit des dieux dans Y Age d'Or. — Il vit à
Dampierre comme un poisson dans l'eau. — Quinze tètes et ligures déjà peintes. — On travaille tout le jour. — Le soir, on joue au loto. — En novembre, reprise des portraits à Paris.
— Que Dieu les confonde !
XLVIII. — Pourquoi Ingres et Gilibert vivent-ils séparés ? — A soixante-trois ans, l'indépendance enfin. — Et pas le droit d'aller planter des choux où l'on voudrait. — Le paradis de Dampierre est perdu pour l'enfer de Paris. — Les portraits maudits l'ont repris.
XLIX. — Le nom d'Ingres à une rue de Montauban. — Il n'en finira pas plus vite ses portraits. — Celui de Mme de Rothschild est à recommencer. — Les rhumatismes et la bile le tuent. — Cambon concourt au prix de Rome. — Ses juges de l'École des Beaux-Arts sont iniques.
L. — Seul à Dampierre, avec une vingtaine de sonates d'Haydn. — L'Age d'Or en est aux deux tiers de sa composition. — Tout le monde en est content : Ingres aussi. — Une copie de M"e Ingres en tapis turc. — Quand Gilibert reviendra-t-il?
LI. — Eglise â décorer ; il la refuse. — Ayez la gloire, le travail ne manquera pas. — Vive Dampierre ! plus agréable que le portrait de Mrae d'Haussonville. — L'Age d'Or est fait et Y Age de Fer dessiné. — Et encore des portraits à exécuter ! Cependant le temps marche et les grandes œuvres ne se font pas. — Et la rue Ingres ? — En reconnaissance, il enverra un vase étrusque pour la cheminée du Conseil municipal.
LU. — Ingres serait l'homme de l'épée, comme de la bourse. — Appel à Gilibert et à Pauline. — Le petit tableau de Cambon.
— La dinde et le vin blanc de Montauban ou de Montefiascone?
— Faites vos paquets.
LUI. — Le petit lit tout neuf pour Pauline. — A Paris, tout est changé, excepté le mauvais goût. — Ingres seul résiste — Il achève l'Age d'Or avec Desgotîes et commence Y Age de Fer avec Pichon. — Retour à Paris pour les deux maudits portraits.
— Il demande au libraire Réthoré une notice sur Montauban. LIV. — Ingrou à la barre de lamitié. — Toujours les petits portraits et jamais les grands tableaux. — Le Jésus avec les Docteurs est bien avancé. — La Vierge à l'Hostie est en train .
— Cambon « victime » par le jury. — Ces académiciens s'entendent comme larrons en foire.
LV. — Pauline Gilibert commence à porter les deuils. — Il faut se résigner et tout remettre à la Providence
LVI. — La révolution de 1848 l'inquiète moins que la santé de Gilibert. — S'il pouvait lui donner un peu de la sienne ! — Nouvel appartement, avec la chambre pour l'ami. — La liberté pour nous ; lui seul est esclave de ses pinceaux. — La république sera-t-elle rouge, comme l'enfer ; ou blanche, comme l'Astrée de Y Age d'Or ?
LVU. — Excuses à Cambon pour sa négligence d'écrire. — Fureur du travail et désir d'honorer Montauban. — Malheurs de Gilibert. — L'amitié de Cambon console Ingres.
LVIII. — La carrière de l'art n'est pas rose. — Premières épreuves de Cambon. — Il faut copier l'esquisse bonne pour le bon tableau. — Il faut surtout beaucoup compter sur soi. — Le succès vient à son heure. — Merci pour les excellents raisins de Montauban. — Quand y reviendra-t-il ?
LIX. — Mme Ingres est morte et il vit encore. — La douleur ne tue pas. — Priez pour elle, mais pleurez sur lui. — Le plus inconsolable des hommes.
LX. — Tout renouvelle sa douleur. — Tout l'attire vers cette tombe. — Heureusement, il y a les affaires. — Au n° i5 quai Voltaire, réemménagé, il va se remettre au Jésus parmi les Docteurs. — Quant à Dampierre. sans sa compagne...
LX1. — Le plus malheureux des hommes — Ne plus revoir celle qu'on aime. — Tout le monde fut aux funérailles, excepté lui.
— Et Gilibert ne va pas bien. — Il faut se refaire un foyer à 69 ans. — Il partira pour Nice. — Merci aux amis ; quant aux parents, qu'ils restent chez eux.
LXII. — Cambon malade. — Ingres toujours inconsolable. — L'amitié l'aide à vivre. — Mais Gilibert ne va pas mieux. — Merci pour les raisins. — ■ Le Vœa de Louis XII 1 à la sacristie de la cathédrale. — Offre d'une esquisse de ce tableau. — L'appartement de l'Institut abandonné. — Il loge rue Jacob, 27.
— Aura t-il le logement qu'lsabey va quitter ?
LXII1. — Les douleurs d'Ingres n'ont pas fait oublier celles de Gilibert. — Mais Pauline reste à l'heureux père. — Il n'y a plus d'enfants : elle prend l'art au sérieux. — Lettre retrouvée de Mme Ingres à Pauline.
LXIV. — Mort de Gilibert. — Souffrir et mourir. — Courbons la tête et pleurons. — Comment le père a-t-il laissé la fille ? — Ingres veut s'intéresser à Pauline.
LXV. — Hier lillette, aujourd'hui demoiselle. — Il l'entendra jouer du Beethoven. — Trop à l'étroit, comment logera-t-il ses objets d'art ? — Un recueil gravé de ses portraits. — Celui de Gilibert tiendra la première place. — Pauline lui enverra le portrait peint pour qu'il soit gravé .
LXVI. — Retour du petit portrait de Pauline. — Celui de Gilibert l'a fait pleurer. — Ingres n'a jamais fait mieux.
LXVII. — Les Beaux- Arts sont le baume de la vie. — Pauline y excelle. — Projet du legs Ingres à la ville de Montauban. — Premier envoi, pour prise de possession du futur Musée.
LXVIII. — Ingres malade d'ennui. — Heureux ceux qui sont au pays natal. — En sera-t-il toujours proscrit ?
LXIX. — Il tousse. — Peut-être sa vie va changer. — La solitude lui est impossible. — Il va se remarier. — M" Delphine Ramel est une parente de M. Marcotte.
LXX. — Le bonheur rend oublieux. — Après le voyage de noces, le travail. — Il n'en fera plus qu'à sa volonté.
LXXI. — Fillette est le nom qu'il préfère donner encore à Pauline. — Que n'est-il dans un coin fleuri, comme elle? — Où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute .
LXXH. — Il accepte de peindre l'Apothéose de Napoléon pour l'Hôtel-de-Ville. — Adieu au monde qui bourdonne. — Projets de mariage de Pauline. — Que la petite Madame continue à aimer les arts !
LXXIII. — Tout à son travail. — Il veut faire son paquet le plus gros possible. — Une quantité de vieilles toiles à finir. — Pour lui, plus personne à Paris. — Sa femme lui remplit sa solitude.
LXXIV. — Quel art divin, la musique! — L'italienne est mauvaise. — Vive les symphonies allemandes ! — Le plaisir de les entendre à Paris vaut le voyage.
LXXV. — Que devient Pauline ? — Il vit entre les tisanes et les sirops. — Toujours vigoureux, cependant. — Sa vieillesse à rebours des autres. — Haydn le plus grand musicien. — Le piano dit toute la musique. — La Sainte Germaine est terminée. — La Source a eu un grand succès.
LXXVI. — Reprise de V Homère. — Il amplifie ce sujet pour la gravure. — V Homère déifié doit être l'œuvre de sa vie. — Il en perd le sommeil. — Plus il vieillit, plus il travaille. — Les /-invitations de la Cour.
LXXVII. — Cambon est-il à Paris ? — Recherches d'un Apothéose d'Hercule sur un vase grec. — Demande d'un calque à lui adresser à Meung.
LXXVIII. — Les lettres de Pauline sur la musique. — Haydn est le maître des maîtres. — Gluck est le Dieu de la musique de théâtre. — Mn,e Ingres les « dit » à merveille. — A la campagne, il ne regrette pas Paris.
LXXIX. — Envoi de caisses à Cambon pour l'Exposition de Montauban. — Merci à Mme Montet (Pauline Gilibert) pour le portrait de son pore. — Cambon n'oubliera pas d'exposer le sien aussi. — Flandrin et Desgoffes y participeront-ils ?
LXXX. — 11 répond à vue à Pauline. — Il a la fièvre, mais remercie Dieu d'une si longue vie accordée. — Montauban fête les arts avec son Exposition. — Le portrait de Gilibert y sera le meilleur tableau. Ne pas y exposer certaine Chapelle Sixtine qui n'est pas toute d'Ingres. — Envoi de ses ingristes regrets.
LXXXI. — Remerciements à Cambon. — Envoi de son portrait et de celui de son père. — 11 n'ira pas à Montauban. — Sa sœur désole sa vie.
LXXXII. — Ingres, sénateur de l'Empire. — L'Empereur lui-même a proclamé son nom. — Voilà ce que vaut le courage de la vie. — Le succès de l'Exposition de Montauban fait son bonheur.
LXXXIII. — Cambon est trop modeste. — Ingres est franc comme l'or. — Regrets d'avoir manqué la visite du Maire de Montauban.
LXXX1V. — Ingres acquitte à Cambon une dette. — Encore retenu au rivage des honneurs par plus de 5o lettres à répondre
LXXXV. — Réponse à Prosper Debia. — Quelles tristes raisons l'empêchent de retourner à Montauban. — A Paris, il reste toujours sur la brèche. — Il est bien vieux ; mais les Grecs et Raphaël, voilà ce qui fait vivre ! — Il faut en finir avec les gribouillages de lettres.
EPISTOLAIRE D'INGRES
De V " Age dOv " à la " Source " et au " Testament
INGRES A GILIBERT
Paris, 'jG juin 184.2.
J'ai bien éprouvé une ancienne atteinte de paresse, mais me voilà. Je tiens aussi à pouvoir le dire, sans presque mentir, que j'ai enfin fini la copie de l' Odalisque, signée d'hier.
J'ai ébauché le portrait de Mm d'Haussonville. Demain, je vais à Dampierre, y voir mon pauvre duc, bien changé par sa longue maladie. Et, mardi, j'ai séance définitive avec Mme de Rothschild, au prix d'une douzaine de lettres puériles et honnêtes, pour en venir là ! Vive les portraits ! Que Dieu confonde les . . . !
Dans les entr'actes, le petit tableau de Francesca est sur le chevalet. Que Dieu me conduise! N'est-ce pas pour arriver enfin à la liberté de mon pauvre cerveau, pour pouvoir penser et me mettre à l'œuvre de mes grandes choses ? Le portrait du prince esl toujours chez moi, et on ne m'a demandé
encore rien de nouveau de ce grand sujet qu'il faut cependant que j'aborde, un de ces jours.
Sais-tu que le Roi de Prusse vient de me créer l'un des chevaliers de son nouvel Ordre du Mérite, créé par Frédéric-le-Grand ? Je t'avoue que j'en suis singulièrement flatté et heureux ; et tu seras de mon avis.
Mon noble barbier te remettra le calque de mon Odalisque et, de la part de ma femme, un plat de sa façon.
J'ai signé, hier, une pétition qui demande que l'on fasse venir à Paris les restes de notre grand maître David.
Écris donc des comédies ou des satires, mon ami ; je suis persuadé que tu t'y distinguerais. Ta séance de l'Académie de Montauban m'en donne l'assurance, et nous en avons bien ri.
Nous avons reçu le bon des deux mille cinq cents francs du tableau et l'épargne d'une lettre à répondre. Ceci n'est pas tout à (ait vrai cependant, et je te prie de bien remercier l'acheteur et de lui dire que je suis heureux que cet ouvrage figure chez lui, d'autant plus que sa personne me plaît infiniment.
M. de Mortarieu fait trop attention à mon portrait. Est-ce qu'il faudrait lui répondre? Je suis on ne peut plus sensible et reconnaissant à l'intérêt si aimable de nos belles Montalbanaises, et je remercie M. de Gironde d'en avoir donné l'occasion.
Tu penses bien, mon ami, que ton départ d'auprès de nous, nous a causé un véritable
vide. Cette chère enfant donnait à notre foyer quelque chose de paternel qu'il ne nous a pas été possible de goûter dans ce monde. Nous l'embrassons de tout notre cœur.
Et la Symphonie Pastorale ? J'ai à ce propos fait, dernièrement, de beaux trios que allons continuer, mardi prochain, avec Mademoiselle Oranger et son maître, accompagnateur distingué à Paris. Il a joué de la basse, comme de son violon, et m'a fait un honneur insigne en m'adressant des louanges.
Les graines de pensées ne sonl pas venues, au grand déplaisir de ma femme.
Mille amitiés à la famille de Gambon, dont j'aurai soin. Il vient de me faire voir une bonne esquisse.
Paris, octobre 184^.
Mon cher Gilibert, bien bon ami, fouille bien encore dans ta poche des indulgences pour me pardonner. Si je suis paresseux à l'écrire, mon cœur et mes sentiments demeurent les mêmes, et ton vieux ami te reste attaché à vie et à mort.
Hélas ! celle-ci n'a que trop exercé son horrible rapacité, depuis que tu nous a quittés; et le meurtre de mon si aimable prince a déchiré mon cœur, à tel point que je le pleure continuellement et que je demeure inconsolable. Cherubini et Baillot l'ont suivi, et bien d'autres encore ; tellement que je ne vois qu'elle, malgré mes nombreuses et incessantes
occupations. Ce cher jeune homme, digne prince à jamais regrettable, si bon pour moi, si essentiel au bonheur de la France ! . . . Ah ! il fallait voir ce roi, ce père, pleurant à chaudes larmes sur son trône, entouré de ses autres enfants: et nous tous, passant devant lui, lui apportant aussi notre vive douleur. Non, Eschyle ni Shakespeare n'ont tracé
une plus terrible scène Et ce digne et grand
artiste, le Poussin des violons, il a succombé aussi et c'est le monde d'aujourd'hui qui l'a tué. Adieu, l'interprète divin de Boccherini, Haydn, Mozart, Beethoven; nous ne l'entendrons plus, que de souvenir. Il n'a rien laissé à sa femme et à sa tille, mais le Minisire de l'Intérieur vient de leur donner une pension de douze cents francs.
Je ne savais pas, après son portrait, devoir m'occuper de son tombeau, à ce pauvre prince ; mais la reine a fait ériger sur le lieu fatal une chapelle à Saint Ferdinand, et le roi a dit à MM. de Montalivet et de Gailleux que c'était M. Ingres qui devait faire les cartons pour les vitraux de ce triste lieu, attendu que le prince m'aimait et que j'avais été l'ami de son tils. Le délai fut très court pour ce travail et tu juges, par ces paroles, du zèle et du sentiment que j'y ai apportés. Je viens de le finir. Dans deux mois, j'ai composé et exécuté douze saints et patrons de la famille royale, et trois cartons des vertus théologales, de grandeur naturelle. Tous ceux qui les ont vues les louent beaucoup, et le roi et la famille royale à qui je les ai présentés à la Manufacture
de Sèvres, copiés en vitraux excellemment exécutés jusqu'à me rendre fier de mon ouvrage, m'en ont remercié et exprimé leur contentement et leur admiration. Cette chapelle devait être ouverte le Jour des Morts ; mais ce terme est pour bien plus tard.
Le roi ne cesse de m' honorer de grandes distinctions, en toute occasion. Il sait, d'ailleurs, combien je lui suis dévoué, et encore bien davantage aujourd'hui. Je lui ai présenté mon Cherublnl au Louvre ; il l'a loué en termes très flatteurs devant tous ceux qui l'accompagnaient. La pauvre désolée duchesse ni la famille n'ont pas encore revu ce portrait, dont le roi m'a demandé une copie pour lui. On va le graver au burin de Calamatta et l'exécuter de grandeur naturelle en porcelaine. On avait cependant oublié le nom le plus familier du prince : alors le roi a substitué à Saint- Charles Borromée celui de Ferdinand, et je vais le faire.
Je fais avertir le duc de Luynes de ce retard dont il accepte le délai pour ouvrages du château, et me voici enfin bientôt libre de m'occuper de mes compositions. Encore deux portraits que je terminerai dans les plus mauvais jours et, au premier mai, je serai à Dampierre traçant ma composition sur le grand mur. On a mis à ma disposition tout un côté du portique que tu connais, avec trois chambres d'amis ; et n'oublie pas que tu m'a promis de venir, à la fin du premier tableau.
Me voilà donc un peu au niveau de mes affaires de peinture. Dieu veuille que je ne sois pas détourné par quelque bâton dans les jambes qui me porte1 ailleurs.
Cher ami, tes fruits sonl délicieux et je garde le souvenir de leur bon goût: 11 n'y a que la terre natale qui puisse en donner de pareils, et j'en ai tressailli de bonheur.
J'écris entin au Maire de Montauban. Les deux bustes sont prêts ; ils sont bien sur leurs piédouches, et j'ai fait graver mon nom dessus. Je te remercie de tout mon cœur de cette espèce d'apothéose vivante que lu m'as donnée, daus mon cher Montauban. Mille souvenirs à nos amis.
A Monsieur le Maire de Montauban.
Paris, le 14 novembre 1842.
Je vous prie <le vouloir bien agréer mes excuses, sur le retard que j'ai mis à répondre à votre honorable lettre ; un travail incessant et aussi la fièvre en ont été la cause. Permettez-moi de vous offrir ici, ainsi qu'au Conseil municipal auprès duquel je vous prie d'être mon interprète, l'expression des sentiments de profonde gratitude que m'inspirent les témoignages de bienveillance dont nie comblent les magistrats de la ville où je me fais gloire d'avoir reçu le jour. Je suis vivement touché de la nouvelle preuve, si honorable pour moi, que vient de me donner le Conseil municipal de Montauban, en vous autorisant, Monsieur le Maire, à acquérir, pour le placer dans un des établissements publics de la ville, le buste que M. Ottin fait de moi.
Je ne sais vraiment, Monsieur le Maire, comment reconnaître tant et de si constantes bontés; je ne vois qu'un moyen qui soit digne de mes honorables compatriotes, c'est de m'effbrcer de les mériter chaque jour davantage.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, etc. (Fonds Henry Lapauze).
J. Ingres.
A Monsieur Marcotte.
Paris, novembre 1842.
Excellent ami, vous avez tout dit; ma juste douleur ne peut rien ajouter au tableau déchirant que vous faites de notre situation, des douleurs profondes de cette vertueuse et admirable famille royale, et de ma propre douleur, à moi, qui avais éprouvé, mieux que tout autre peut-être, ce que valait ce cœur bon, tendre et généreux. Aussi, je suis anéanti et découragé ; je ne fais que le pleurer, et je le pleurerai longtemps. Une seule chose me console, c'est d'avoir été assez heureux pour retracer ses traits ; mais combien j'aurais voulu faire mieux encore ! Du reste, la douleur est générale, unanime... Tout est à recommencer: l'édifice de ce grand roi vient de s'écrouler, avec la vie de ce prince si aimable et adoré.
En ce moment, dans une demi-heure, le Roi va aux Chambres, et mon émotion est toujours grande en pareille occasion. Que Dieu le protège toujours ! (Fonds Delaborde).
J. Ingres.
Ingres a Gilibert.
Dampierre, Ier décembre 1842.
Celte admirable petite scène d'une des tables du divin Lafontaine : « Vous m'êtes, cette nuit, un peu triste apparu, est un de ces traits qui m'ont le plus touché. Serait-ce sans trop me flatter, que je me suis toujours senti pour toi cette heureuse sympathie de cœur qui honore les hommes dans leur sincère amitié ? J'ai donc appris avec une vraie peine, partagée par ma femme, que tu avais été dernièrement assez indisposé. Là, malheureusement, l'épée ni la bourse ne peuvent grand' chose, et c'est à cause de cela que je me tourmente.
J'ai reçu ton raisin admirable. Le lendemain de son arrivée, j'avais l'honneur de recevoir, à Dampierre, madame Duchatelet, la plus belle et la meilleure de toutes les nobles femmes. La voyant ainsi, nous prîmes Yardire de lui olTrir une grappe qu'elle accepta avec vif plaisir, sachant d'où cela venait. Nous la lui vîmes tenir longtemps dans sa main, n'en mangeant presque pas et nous disant qu'elle la gardait pour la faire manger à son mari. Alors, nous prîmes un joli petit panier que nous emplîmes et qu'elle porta au ministre. Elle me l'a amené, dernièrement, pour voir, lui aussi, mon Age d'Or et pour me remercier de l'excellent raisin. Et voilà pour lui.
Je suis heureux de sympathiser avec ton aimable enfant, sur la musique de caractère et non cette musique italienne qu'elle a si bien jugée. Et voilà une bonne Française ; car je mets, là, du patriotisme aussi. Je suis heureux qu'elle charme tes jours par la belle musique, celle qui est émanée de ces hommes divins, hommes d'en haut, — mais presque tous Allemands. Je te prie donc d'embrasser tendrement ta tille, pour moi et pour ma femme qui est surtout beethoveniste.
J'ai vu Cambon, je l'avis invité à me venir voir ici, à Dampierre que je quitte demain. Que puisje te dire de cet immense travail ? Que je l'ai bien avancé, ces derniers cinq mois, et que le peu de gens qui le voient en sont, il faut le dire, enchantés et dans le ravissement même. Mais moi, pas encore, il s'en faut. Je n'ai, d'ailleurs, pas fini et l'œuvre doit gagner jusqu'à la fin. L'augure est excellent et j'irai jusqu'au bout avec goût et bon courage. Cambon t'en parlera, mais j'ai encore bien avancé depuis sa visite. Espérons que tu viendras le voir, cette distraction te fera du bien...
Mlle Granger s'est mariée a un littérateur de l'école de Victor Hugo ... A ce propos , vive Lucrèce! En voilà-t-il un bel ouvrage? Aussi ai-je fait dire à son auteur qu'il s'en aille bien vite de Paris, (et c'est ce qu'il a fait !) pour nous revenir avec un nouveau chef-d'œuvre, sans doute.
Notre brave Cambon est un bien digne jeune homme, et je crois avoir fait tout ce que j'ai pu
pour son salul. Facile à se dérouter, il réglera un jour ce qu'il sait ; et alors il ira, j'espère.
Paris, 10 décembre 1842.
Mes continuelles négligences m'amènent quelque petit reproche, mais si amical qu'il me touche d'autant. Je suis heureux de ta générosité, el je te lis avec un plaisir indicible. Ce que je puis dire cependant pour éternelles raisons, c'est le peu de temps que j'ai pour écrire.
Je viens de terminer tout à fait mon Sain/ Pierre et je puis dire aussi, cette fois, à mon contentement et à celui de mes meilleurs juges. Cependant, j'attends d'en avoir fait tirer des daguerréotypes et de le vernir, avant de le montrer au public. Cet ouvrage est un des meilleurs, par toutes les louables qualités de peinture, dessin et couleur. 11 ira au Luxembourg.
Mais il me reste bien des queues à arracher, deux portraits de femme à finir, deux figures (carton) de saints à faire, un Saint Ferdinand à finir et à fournir quelques études à Pradier le graveur, à refaire le vitrail de la figure l'Espérance, une copie du portrait du Due pour le Roi et la surveillance d'une autre pour le Ministre de l'Intérieur, (celui-ci doit servir à donner des copies aux villes du royaume), quelques portraits à dessiner par force ; et tout cela, en même temps que je dois tracer Y Age d'Or et ses études,
tout cela d'ici au mois de mai où j'ai promis d'aller nVinstaller à Dampierre.
Eh ! bien, moi, je suis toujours pressé, englue par le monde et les amis. Les amis ! je les aime de tout mon cœur, mais leur affection me prend une partie de mon temps. J'envie le sort du plus petit artisan qui remplit sa petite journée et qui est cent fois plus libre que moi, et par conséquent plus heureux, car il n'y a que la liberté de son temps a envier dans ce monde.
Et loi, avec celte liberté et ton intelligence, jouis de ta position et sois heureux, comme je le souhaite. Tu as dû recevoir la caisse, en bon état. Remercie, en mon nom, le Maire et tous ceux qui s'occupent de moi dans notre chère ville. J'ai lu avec orgueil l'article du journal que tu m'as envoyé.
Notre Cambon, que j'ai revu avec plaisir, se remet à travailler. Je ferai tout pour lui, tu n'en doutes pas. Je te fais passer le reçu d'Ottin, etc... Je suis heureux avec toi du bonheur que te procurent la musique et les belles* partitions. . .
Paris, 6 février i843.
Rien bon ami. toutes tes munificences culinaires nous sont très bien arrivées. Nous avons bu à ta sauté, avec ce délicieux vin blanc du Fau, en compagnie des Perrin, des Galteaux, des Hitlorf et des amis chez lesquels tu as laissé des souve-
nirs distingués. Oui, mon ami, nous sommes un peu plus matériels que toi, « sage homme », pour parler à la Hugo, Malgré ce, il me semble que tu es assez versé dans l'art de la euisine montalbanaise, et ton petit cours pratique sera suivi par la chère amie qui te remercie de tout son cœur et boit le vin blanc peut-être avec trop de plaisir. Oui, tous ces mets me rappellent avec délices mon cher pays, et il me semble rajeunir avec tous ces souvenirs
Cambon ma montré une petite figure dont j'ai été extrêmement content, sauf le style qui viendra ensuite et qu'on n'acquiert qu'à force de temps et d'observation, si cependant la nature vous a fait pour le posséder, ce que j'espère pour lui. Le voilà donc en bon chemin, pour la figure peinte. A présent, c'est l'esquisse de composition que j'atlends.
Que te dirai-je de moi ? Que, d'ici au premier juin où j'irai prendre possession de Dampierre, j'ai encore à terminer : i° le portrait copie du duc d'Orléans ; 2° le carton de l'archange Raphaël ; 3° l'ébauche entière du portrait de Mme d'Haussonville que j'ai voulu recommencer et qui sera mieux, sans comparaison ; 4° ^a ^te de Mme de Rothschild ; 5° en même temps la composition définitive de Y Age d'Or. Il me semble te voir me demander qu'est-ce que j'ai donc fait ? Eh ! bien, j'ai toujours travaillé.
Mon Saint-Pierre a eu un vrai succès. J'ai aussi dans mes projets, celui d'un voyage de
quinze jours en Angleterre. Je dois le faire, pour le plus grand bonheur, avec M. Amédée Pichot, littérateur et notre ami, qui se fait un plaisir de m'y accompagner et de m'épargner toute espèce de préoccupation matérielle. Il parle anglais et connaît parfaitement le pays.
Voilà, mon cher, mon avenir pour à peu près cette année où, j'espère, j'aurai bien établi le trait de mon ouvrage sur le mur en m'occupant du fond de paysage, aidé de Desgoffes. Enfin, de retour à Paris, en décembre, je terminerai mes deux portraits que Dieu bénisse, et je retournerai employer mes études de figures à Dampierre. Du reste. . .
Voilà-t-il de beaux projets ? Oui, pourvu que le diable, qui est partout, ne s'en mêle. Nous allons commencer' enfin la gravure de YHomère avec Calamatta, et tu sauras que le Ministre vient d'accorder trente mille francs à M. Delaroche pour la gravure de son Hémicycle. J'espère avoir assez de droits, pour qu'il en fasse autant pour moi.
J'ai dîné, hier, avec la famille royale qui a été on ne peut plus royalement aimable pour moi. Ma musique régulière, chez l'ami Hittorf, va toujours mieux en ce qu'elle est augmentée, comme assistants, de la famille Sayet et Baillot et comme réfugiés après V orage. Quelle cruelle perte pour la musique belle, haute, touchante et fière, et pour tous ses amis ! Mais, ce que tu ne croirais peut-être pas, c'est que s'étant voués, par deuil,
à ne pas exercer leurs talents pendant quelque temps, ils disent venir m écouter avec un plaisir dont, même avec toi, ma modestie ne peut tracer l'expression.
Les concerts du Conservatoire sont ouverts ; je n'ai que Le temps d'entendre les trois derniers.
Je te vois dans ta solitude et je ne t'en plains pas trop ; tu as des ressources par toimême pour en supporter la monotonie, cl tu as la tille dont l'intelligence se complète : je te trouve assez heureux.
Il vient de me tomber sur le dos un parent que je ne connais pas et qui m'a été adressé par mon oncle Rey. C'est un Genevois appelé Millenet, établi à Montauban. Tu dois le connaître: lu m'en diras deux mots.
Tu as du recevoir deux mauvaises tètes du Clierubini en daguerréotype. Calamatla vient de terminer le dessin du Duc d'Orléans pour être gravé au burin. Il est très bien. Pradier est en train sur la gravure du Saint Pierre. As-tu bien arrangé ton petit cabinet? Dis-moi ce qu'il le manque, en estampes.
Pai'is, 20 juillet 184 3.
Penses-tu donc, mon ami, jouir de la vie comme lu l'aimes ? Quant à moi, je ne veux pas me plaindre avec toi ; cela t'ennuierait. Et, d'ailleurs, en bonne justice, je ne me plains que d'être trop pressé et trop harcelé. Heureux celui qui... Mais
Sophocle l'a déjà dil en paroles de roi dans son Iphigénie en Aullde, bien mieux que je ne pourrais le traduire. Mais lorsqu'on est peintre de Cour et en laveur, on doit, à ce qu'il parail, se lever de bonne heure, ne savoir à qui parler, pour qui travailler, ni à qui entendre. La maison est pleine de gens, les affaires se croisent, se heurtent ; quelquefois, deux ou trois lettres à écrire au même moment ; modèle toute la journée, et il faut apporter à ce travail d'enfantement tout le génie requis, la maturité, la raison, l'étude et le style le plus parfait. Et lorsque, harassé de fatigue, on en est au point que les jambes n'en veulent plus et que l'on tombe de sommeil, il faut souvent Taire toilette, aller dans le inonde et se coucher à minuit, si ce n'est pas à une heure.
Cher ami, à soixante-deux ans bien sonnés, c'est trop : et je n'y pourrais tenir sans l'espoir de me reposer, trois mois, à Dampieirc. Mais non. Si j'ai le bonheur d'y aller rendre la vie à un homme qui se désespère de ne pas m'y voir dans les premiers jours d'août, je serai encore dérangé dans ce dit mois pour venir à Paris ébaucher le portrait du Duc de Nemours. Enfin, en novembre, autre galère : les dames de Rothschild cl d'Haussonville, le Prince, encore une copie (c'est la cinquième) en pied du Duc d'Orléans et neuf cartons nouveaux pour la chapelle sépulcrale de Dreux, le dessin de la gravure d'Homère cl tant d'autres ouvrages qui sont là à
m'a t tendre et qui me feraient plaisir à faire, mais ils me sont défendus.
Voici, cependant, mes modestes compensations : toujours de bonne musique avec d'excellents artistes, et enfin une composition trouvée par un mal d'enfant de trois mois, au moins. Rien de pire, que l'eau qui dort. La comédie est intimaient plus difficile qui la tragédie. Aussi a-t-on bien fait de mettre Molière au pinacle, et je vais l'élever encore dans ma nouvelle édition à' Homère. Oui, je veux faire monter ses ouvrages encore plus haut. L'ami Cambon t'en parlera.
Quant à mon Age d'Or, voici le court programme cpie j'ai imaginé : Un tas de beaux paresseux ! J'ai pris, hardiment, l'âge d'or, comme les anciens poètes Font imaginé. Les hommes de cette génération n'ont point connu la vieillesse. Ils vivraient longtemps et toujours beaux. Donc, point de vieillards. Ils étaient bons, justes et s'aimaient. Ils n'avaient d'autre nourriture que les fruits de la terre et Veau des fontaines, du lait et du nectar. Ils vécurent ainsi et moururent en s endormant; après, ils devinrent de bons génies qui avaient soin des hommes. A la vérité, Astrée les visitait souvent et leur enseignait à aimer la Justice et à la pratiquer. Et ils V aimaient aussi, et Saturne dans le ciel contemplait leur bonheur.
Moi donc, pour mettre toutes ces bonnes gens en scène, il me fallait bien un petit brin d'action. Je l'ai trouvé dans un sentiment religieux. Ils sont tous réunis dans un préau élevé, sur lequel
sont une treille et des arbres chargés de fruits. Un homme, acolyte d'un jeune garçon et d'une jeune fille, exprime une noble prière, tandis que ceux-ci élèvent dans leurs bras des fruits et une coupe de lait qu'ils renversent même un peu. Derrière cette espèce de prêtre, s'agite une danse religieuse exécutée par des jeunes filles qui " font tourner un jeune garçon maladroit qui joue des flûtes et est ramené à la mesure par la jeune fille qui conduit la danse en battant des mains. Puis, sont échelonnés des groupes d'amants heureux, et des familles heureuses avec leurs enfants. Ils atlendent sûrement l'heure du repas, autour d'un bassin qu'alimente une source qui sort au-dessous de l'autel. Cependant, à droite, arrive la majestueuse figure d'Astrée, avec ses divines balances. Des hommes sont groupés autour, et elle leur dit : a Tant que vous imiterez la justesse de cet instrument, vous serez heureux. » Un jeune homme baise le bas de son vêtement. Sur le premier plan, un jeune homme, de la nature des faunes, regarde avec bonheur sa femme qui tient son enfant endormi. De l'autre côté, un autre groupe couché, qui balance celui-ci : une femme, les bras posés sur son mari, regarde avec intérêt leur très jeune enfant qui se traîne sur les bras, pour aller vers un lapin qui broute tranquillement. Tout cela dans des natures très variées, à la Raphaël. Une jeune fille couronne de fleurs son amant, d'autres font s'embrasser de jeunes enfants.
Voilà les principales idées. J'ai en cire une
maquette, pour l'effet des ombres, el je compte
près de soixante figures. Je voulais t'en envoyer un gribouillis de calque. Ce sera pour plus tard. J'ai pensé que cela le ferait plaisir, de connaître mes idées, (i).
(i) Variante de cette lettre et des précédentes, publiée par Charles Blanc dans sa Vie d'Ingres (P. i36 et suiw):
Bien ! mon ami, toutes ces magnificences culinaires nous sont très bien arrivées ; ce délicieux vin blanc digne de la sensualité d'Horace et de sa poésie, cet excellent souvenir truffé ; ces belles pêches, belles comme le prisme d'un beau soleil couchant du Midi, aux couleurs d'or et de feu, d'un goût digne des dieux et de l'âge d'or où je veux les peindre à leur place.
Nous avons montalbanisé en ton honneur avec Galtant, Hittorf, Perrin, qui tous t'aiment comme on le doit. Oui, mon ami, nous sommes un peu plus matériels que toi, sage homme, pour parler comme Hugo. Malgré cela, il me semble que tu es assez versé dans l'art de la cuisine montalbanaise, et ton petit cours sera suivi par la chère femme qui t'en remercie de tout son cœur.
Tous ces mets me rappellent mon cher pays, et il me semble rajeunir, revenir enfant par les souvenirs. Envoye-moi donc aussi quelques croquis d'un pays qui m'est si cher et dont je suis proscrit. Ma bonne femme et moi, nous faisons bien souvent le projet d'y aller faire une apparition. Nous avons pensé à descendre d'abord chez toi à la campagne, et moi incognito, avec des moustaches, s'il le faut, aller à quatre heures du matin visiter les lieux si chers de notre enfance. . . Qu'en dis-tu ?
Heureux celui. . . Mais Sophocle l'a dit déjà en paroles de oi et bien mieux que je ne pourrais le traduire. Mais lorsqu'onn est peintre de Cour et en faveur, on doit, à ce qu'il paraît, se lever de bonne heure, ne sachant à qui parler, à quoi travailler, à qui entendre ; la maison pleine d'affaires et de gens qui se heurtent, se croisent ; des lettres à écrire, modèle toute la journée, et apporter à ce travail d'enfantement et d'exécution toute la raison, l'étude, le style le plus pur et le plus