‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 13 sur 166 · Vœu de Louis XIII · texte numérisé non relu

Vœu de Louis XIII

Commencé à Florence en 1821 et terminé dans les premiers mois de 1824, le Vœu de Louis XIII, après avoir été exposé à Paris au Salon de 1824, a reparu en 1855 à l'Exposition universelle. Il a été gravé en taille-douce par Calamatta et reproduit au trait dans l'ouvrage publié par M. Magimel. Il est signé : /. Ingres. 1824.

(Eglise cathédrale de Montauban.)

Lorsque Ingres reçut la commande du Vœu de Louis XIII, pour la cathédrale de Montauban , il fut d'abord mécontent du programme que l'administration entendait lui imposer. Il écrivait à ce sujet au préfet de Tarn-et-Garonne : « Le Vœu de ce roi me paraît ici un double sujet. Il peut détruire l'intérêt et l'unité du principal, VAssomption de la Vierge , qui fournirait à lui seul matière à un tableau important. Par suite de mes constantes études sur l'art en Italie, où ces sortes de sujets anachroniques abondent, j'ai toujours été choqué de leur inconvenance, surtout lorsque placés dans un grand temple ils ne

devraient rappeler que la Divinité Je préférerais le seul sujet de

Y Assomption. »

Le programme fut maintenu toutefois, et Ingres dut se résigner à l'accepter; mais au lieu de représenter Louis XIII aux pieds de la Vierge et de l'Enfant Jésus dans leur gloire, il essaya de le mettre en présence du Christ mort, soutenu par deux anges, et de la Vierge pleu-

(i) OEuvre de J. A. Ingres, membre de l'Institut, gravé au trait sur acier par A. Réveil, 1800-1851 (publié par M. A. Magimel.) Paris, 1851, in-4°.

rant son divin Fils. Une esquisse dessinée, conservée dans la collection de M. Gatteaux, nous révèle cette première pensée et nous montre la scène ainsi comprise. Ce projet d'ailleurs n'eut pas d'autre suite. Ingres, tout à fait réconcilié avec son sujet, entreprit de le traduire dans les termes mêmes qui lui avaient été originairement proposés, et, l'œuvre une fois commencée, il ne songea plus qu'à y mettre tout ce qu'il y avait en lui de sentiment, de science et de talent. Aussi dès le mois de novembre 1821 écrivait-il à son ami M. Gilibert, à Montauban : « Tout ce que je te dirai, c'est que je n'épargne rien pour rendre la chose raphaélesque et à moi, puisant dans la nature, cette véritable mère des grands artistes, où l'on trouve et où l'on trouvera toujours d'aussi immenses trésors peut-être que la variété des objets que renferme la mer ». Et dans une autre lettre : « Je compte beaucoup sur ma grande page, pour laquelle je veux déployer tout le luxe de la grande peinture. J'espère, ou du moins j'en ai le violent désir, acquérir par elle le contre-pied de ce qu'a pu dire ce médiocre aboyeur, Landon (1). Qu'on soit bien persuadé qu'il en a menti par sa bouche; qu'il est le plus grand calomniateur et le plus ignorant... Mais c'est trop s'occuper de lui... Mes ouvrages finis et vus me vengeront de la manière la plus éclatante. Pour cela, il faut frapper juste et fort, et je suis à forger des armes. »

Le tableau avait été commandé par le ministère de l'intérieur au prix de trois mille francs ; mais le succès obtenu au Salon de 1824 détermina l'administration à doubler cette somme, en sorte que le Vœu de Louis XIII 3 contrairement à ce qu'on en a dit, fut payé à Ingres six mille francs.

Une esquisse peinte de la composition entière du Vœu de Louis XIII, signée : Ingres, Flor. 1822, appartient à M. Armand Gambon.

Il existe, en outre, deux toiles signées Ingres, et com-

(1) En rendant compte du Salon de 1819, Landon, entre autres jugements sur les œuvres d'Ingres, avait porté celui-ci sur Y Odalisque : « 11 n'y a dans cette figure ni os, ni muscles, ni sang, ni vie, ni relief,

rien enfin de ce qui constitue l'imitation Il est évident que l'artiste

a péché sciemment, qu'il a voulu mal faire, ou qu'il a cru ressusciter la manière pure et primitive des peintres de l'antiquité; mais il aura pris pour modèle quelque fragment d'un temps postérieur et d'une époque dégénérée qui l'a complètement égaré. >»

prenant chacune une série d'études pour les anges qui, dans le tableau, environnent la Vierge. L'une de ces toiles , appartient à M. Lehmann, membre de l'Institut, l'autre à M. Haro. Enfin, M. Débia possède une étude peinte pour la figure de l'Enfant Jésus.

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