‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 146 sur 166 · Funérailles de saint Louis · texte numérisé non relu

Funérailles de saint Louis

« Philippe IÏI, dit le Hardi, fils de saint Louis, porte sur ses épaules à Saint-Denis le cercueil du roi son père. »

Ingres écrivait ceci en 1813, par conséquent plusieurs années avant celle où Pierre Guérin devait traiter le même sujet (1), et quelques pages plus loin, il ajoutait : « Il faut faire le plus tôt possible le tableau de ce roi de France qui porte le cercueil de son père à Saint- Denis. En lisant Montfaucon, je me suis convaincu que l'histoire de France ancienne, au temps de saint Louis et autres, est une mine nouvelle et excellente à exploiter. Les costumes sont très-beaux, et, par leur simplicité, se

(1) Le tableau de Guérin, peint en 1822 pour l'église Je Saint-Denis, oinc encore aujourd'hui la sacristie de eette église.

rapprochent des choses grecques. Ceux même qui paraissent bizarres ne le sont peut-être qu'à cause du peu d'art avec lequel ils nous ont été transmis. Les belles têtes, les beaux corps, les belles attitudes et les beaux gestes étant de tous les temps, un peintre d'histoire qui s'emparerait de ce siècle en pourrait tirer un bien grand parti; un parti aussi bon du côté de l'art que s'il s'agissait de l'histoire antique, et bien plus intéressant pour nos contemporains, à qui, tout beaux qu'ils sont, Achille et Agamemnon doivent tenir moins au cœur que saint Louis, Philippe Auguste ou Louis le Jeune. Il faut avouer aussi que la religion, qui animait ces vieux temps, peut donner aux tableaux un air mystique, un sens grave, profond, véritablement grand. J'en conclus qu'il me faut positivement essayer cette route, et me contenter d'exploiter les Grecs (sans lesquels il n'y a point de vrai salut) pour les approprier à ce nouveau genre. C'est par là, c'est comme cela que je veux devenir un novateur, et imprimer à mes ouvrages un caractère inconnu jusqu'ici. Si Raphaël n'avait peint que des tableaux grecs, ses œuvres ne s'empareraient pas de nous si puissamment, et, j'ose le dire, avec l'idée toute parfaite que nous avons aujourd'hui des Grecs par leurs monuments, il aurait pu nous laisser le droit d'être, en pareil cas, difficiles sur son style. Donc, autant que possible, peignons des sujets français; ils ne manquent pas, ni les héros non plus de toutes les époques, Duguesclin, Jeanne d'Arc, Bayard, Henri IV, etc. »

Page 1