‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 50 sur 166 · Don Pedro de Tolède baisant lépée de Henri IF · texte numérisé non relu

Don Pedro de Tolède baisant lépée de Henri IF

Ce tableau, signé : J. Ingres pinx. Roma, a figuré au Salon de 181-4 et à l'Exposition universelle de 1855. Il est gravé au trait dans l'ouvrage publié par M. Magimel. (Appartient à M. Deymié, à Montauban.)

On lit dans un des cahiers d'Ingres, au sujet de la scène représentée ici et du principal personnage qui y figure : « Don Pedro passa par Paris, allant aux Pays-Bas. Henri IV le reçut dans la grande galerie de Fontainebleau, s'y promena avec lui si longtemps et à si grands pas qu'il le mit hors d'haleine. Il s'arrêta enfin et lui dit : « Vous vovez, monsieur, comme je me porte bien et quel fond vous devez faire sur les bruits qui se répandent en Espagne sur ma santé. Pour moi ils ne m'effrayent point, pas plus que sa puissance, qui ressemble à la statue de Nabuchodonosor composée de divers métaux et ayant les pieds d'argile.» Don Pedro, blessé de ce discours, se répand en reproches et en menaces. « Tout cela ne m'en impose pas, répond Henri. Si le roi votre maître continue ses attentats, je porterai le feu jusque dans l'Escurial, et l'on me verra bientôt à Madrid. — François Ier y fut bien, répond l'Espagnol. — C'est pour cela, répliqua le Roi, que je veux aller venger son injure, celle de la France et les miennes. Monsieur l'ambassadeur, vous êtes Espagnol et moi Gascon : ne nous échauffons pas. »

» Ce même don Pedro rencontre un jour au Louvre un officier ou un page qui portait lépée de Henri IV. Il s'avance, met un genou en terre et la baise en disant :

« Rendons honneur à la plus glorieuse épée de la chrétienté. »

Le Don Pedro de Tolède exposé au Salon de 1814, en même temps que la Chapelle Sixline, n'y obtint pas à beaucoup près le même succès que celle-ci. Les amis d'Ingres eux-mêmes hésitaient à reconnaître le mérite de cette petite toile, et l'un d'eux, M. Marcotte, ayant écrit au peintre pour lui exprimer à ce sujet quelque chose de plus que de Fincertitude, recevait de lui la réponse suivante, en date du 26 mai 1814 : «Je suis fâché que mon petit tableau,

l'Épée de Henri IV, ne vous ait pas plu , mais je me

défendrai sur tous les points, car ce tableau est vrai de dessin et de pantomime, pur dans les détails, avec des figures bien proportionnées et un goût dans les ajustements très-recherché. Tous ceux qui l'ont vu ici ont trouvé, et moi aussi, qu'il était d'une couleur vraie et forte, et qu'il tenait beaucoup de l'école vénitienne, à laquelle je penserai toujours lorsque je peindrai. Il est peint très-précieusement et finement soigné dans tous ses détails, mais non d'un fini à la Gérard Dow : genre d'exécution ennuyeux, point estimé des peintres de l'école italienne, ni même des excellents Flamands dont vous me citez avec raison les ouvrages. Les ouvrages les plus habiles de ceux-ci sont les Téniers, qui ne sont que touchés, mais qui sont beaux en ce que la touche est juste à sa place et mise avec sentiment.

» Je vous citerai ensuite Metzu, qui est, par excellence, fort et doux dans sa touche, et tant d'autres. Je vous prie après cela de me dire si un fini comme celui de Gérard Dow n'est pas insipide et inutile. Je suis bien loin, certes, d'égaler ces grands peintres, que je prendrai toujours pour modèles; mais je crois que, pour l'exécution, mon tableau a quelque mine de les rappeler, sans parler de ce que j'ai pu y ajouter comme peintre d'histoire : titre qui nous donne la privauté de faire mieux toute espèce de genre que celui qui n'en fait qu'un. »

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