‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 53 sur 166 · Odalisque couchée, dite la Grande Odalisque · texte numérisé non relu

Odalisque couchée, dite la Grande Odalisque

Cette œuvre, si célèbre aujourd'hui, ne trouTa qu'à grand'peine à l'origine un acquéreur qui consentît à sacrifier pour elle quelques centaines de francs, et lorsqu'elle parut un peu plus tard au Salon, elle n'y fut guère accueillie que par les railleries du public et par les reproches des prétendus experts (1). Peinte en 1814 et exposée au Salon de 1819, elle ne conquit le succès, à vrai dire, qu'à partir de 1826, époque où elle fut reproduite par Sudre dans une grande lithographie devenue maintenant populaire. Au commencement de la même année, elle avait été lithographiée en petit, mais avec le caractère d'un simple croquis, par Ingres lui-même (2). Une autre lithographie, portant seulement le nom de

(1) Voir à ce sujet la Notice biographique placée au commencement de ce volume, et un passage du Salon de 1819, par Landon, cité en note dans le présent Catalogue, à propos du Vœu de Louis XIII.

(2) Cette petite pièce fait partie d'un recueil publié chez Delpecli et intitulé : Album lithographique, 1826.

l'imprimeur Villain, reproduit V Odalisque dans des dimensions plus restreintes encore; enfin Ton trouve des gravures au trait d'après la même figure, dans le Salon de 1819 par Landon, et dans l'ouvrage publié par M. Magimel.

L? Odalisque, après avoir été exposée une première fois en 1819, a reparu à l'Exposition universelle de 1855.

Acquise en 1816, à Rome, par M. le comte Pourtalès, Y Odalisque devait, originairement, appartenir à la reine Caroline Murât, qui, en 1813 avait commandé ce tableau à Ingres pour servir de pendant à un autre ouvrage de sa main. « Je travaille dans ce moment-ci pour la reine de Naples, écrivait Ingres à M. Marcotte, le 26 mai 1814. Je viens de terminer un petit portrait en pied, d'elle, et j'en suis à terminer aussi pour elle le pendant à cette figure de femme endormie que le Roi m'acheta il y a cinq ans (I). Elle m'a, à la vérité, demandé tous leurs portraits, à eux et à leurs enfants; mais tout cela est subordonné aux circonstances, comme vous devez bien le penser ». Or les « circonstances >> furent bientôt telles pour la reine de Naples et pour sa famille, qu'Ingres dut non-seulement renoncer à la pensée d'entreprendre les nouveaux travaux qui lui avaient été proposés, mais même à l'espérance de voir ceux qu'il venait d'exécuter arriver à leur destination. L' Odalisque resta dans l'atelier du peintre, jusqu'au jour où M. Pourtalès se décida à l'acquérir pour la somme de 800 francs. Après avoir, pendant près de quarante ans, orné la galerie Pourtalès, elle fut vendue à M. Goupil, qui, à son tour, la céda à M. Fau. Elle appartient aujourd'hui à M. le baron Seillière.

Une répétition peinte en grisaille de Y Odalisque appartient à madame Ingres.

Page 1