Odalisque à l'esclave, dite la Petite Odalisque
Tableau peint par Ingres pour son ami M. Marcotte, et signé : /. Ingres. Rom. 1839. Il a figuré à l'Exposition universelle de 1855, et a été gravé par M. William Haussoullier pour la Gazette des Beaux-Arts, t. XXIV.
(Collection Marcotte.)
Bien que le tableau mentionné ci-dessus porte la date 1839, il ne fut achevé en réalité que dans la seconde moitié de l'année suivante, puisque, le 25 août 1840, Ingres écrivait à M. Marcotte : « Enfin, nous voici à votre tableau. Il est bien vrai que je l'aurai sans rémission terminé pour la fin de ce mois, et j'espère que je pourrai vous l'expédier par les soins de M. Duban, qui débarque à Marseille; de là une maison de commerce vous le fera
tenir à votre adresse Mon Dieu! je n'ose vous parler
de ce tableau, car je ne sais en vérité ce que je fais. Toujours mécontent de moi, j'ai besoin que l'on soit content
pour moi Vous ferez faire, je vous prie, un assez beau
cadre, bien large, et aussi baroque que possible (car c'est du turc), c'est-à-dire tout ce que vous trouverez d'ornements qui se rapprochent du style de ce pays, s'il y a moyen. »
Et trois semaines plus tard il ajoutait : « Comme je
vous l'ai recommandé, je voudrais un cadre excessivement
large (raisonnable cependant) Pour le sujet, qui est un
sujet gracieux et un peu étrange, des ornements que l'on appelle, je ne sais pourquoi, « gothiques modernes » , me semblent convenir, excepté cependant les clinquants ou les velours dans les fonds. Vous voyez que je
suis au courant »
Ingres d'ailleurs, à l'époque où il terminait ce tableau auquel il avait consacré déjà beaucoup de temps et d'efforts, Ingres, sévère jusqu'à l'injustice envers son œuvre, craignait d'en avoir appesanti l'aspect à force de labeur, et de n'être arrivé, en recherchant l'extrême correction dans la grâce, qu'à une expression contrainte ou surchargée. « Je travaille comme un malheureux, malgré toutes les souffrances de la plus horrible chaleur, au tableau de M. Marcotte, écrivait-il à M. Gatteaux le 5 septembre 1840. Ce tableau, il s'en faut, n'est pas une scène dramatique, touchante, et même, je le dis à vous, c'est un tableau de nécessité singulière et malheureuse, n'ayant jamais été fait de jet et de grande voglia. Je ne puis vous le cacher, je m'en tire comme je peux avec une intelligente volonté, du soin et de la raison. J'espère cependant que, sans être une Stratonice, ce tableau présentera quelques beautés. »
Une fois le tableau arrivé à Paris et accueilli par les artistes comme il méritait de l'être, Ingres écrivait encore à M. Gatteaux (17 décembre 1840) : « Vous avez été content, et contre mon attente même, de mon Odalisque. Tant mieux; mais la Stratonice est une autre œuvre, et, sans refuser les éloges que vous donnez au premier de ces deux tableaux, surtout sans essayer de troubler ou d'affaiblir le bonheur de notre digne ami M. Marcotte, je vous
dirai confidentiellement que ce succès inouï m'étonne
Je reçois et je prends, comme toujours, en considération vos avis. Seulement, et sans m'embarquer dans ce que je me réserve de vous dire de vive voix, je vous ferai obser-
ver qu'il est presque toujours impossible de suivre le modèle, attendu la difficulté de le placer et de l'éclairer pour la toile. Ce modèle d'ailleurs donne rarement ce qu'on veut faire : ce qu'il ne peut donner est l'œuvre du génie ou du goût de l'artiste. Enfin, dans ce tableau, bien des choses, sinon presque toutes, sont peintes sur des dessins, en l'absence du modèle vivant (ceci est pour nous seuls), qui, d'après ce que vous pensez, et c'est aussi mon avis, donne indispensablement la vie à une œuvre et la fait palpiter. »
(Voyez le même sujet aux Compositions dessinées.)