Le Bain turc
Ingres, ses cahiers de notes en font foi (1), s'était préoccupé de ce sujet plus de quarante ans avant l'époque où il entreprit d'en représenter l'ensemble sur la toile. Une petite figure, peinte isolément et à peu près dans la même attitude que la Baigneuse mentionnée plus haut sous le numéro 72, fut pendant longtemps l'unique témoignage de ses projets à cet égard ; elle ne devint qu'en 1859 le centre ou le point de départ de la composition qu'Ingres a intitulée le Bain turc, et dans laquelle il a groupé près de vingt figures autour de cette ancienne figure d'étude. Le
(1) On y lit, à la date de 1819, de longs extraits des Lettres de lady Montague sur les mœurs intérieures du liarem, et particulièrement sur la scène qu'Ingres devait un jour représenter.
tableau une fois terminé, Ingres, au bout d'un an ou deux, se décida à y apporter quelques modifications importantes. Il en changea la forme, qui, de carrée qu'elle était, devint ronde. Certaines figures, assez peu heureuses d'ailleurs, se trouvèrent ainsi engagées dans la bordure. Une autre, véritablement défectueuse, disparut complètement : c'est celle qui, dans la photographie faite d'après le tableau primitif, est placée tout au bas de la composition, à droite.
Le Bain turc, qui, à l'origine, avait appartenu à S. A. I. le prince Napoléon, fut échangé par lui, en 1860, contre le portrait d'Ingres peint en 1804. (Voyez aux Portraits peints l'article relatif à cet ouvrage.) Il fit partie ensuite de la collection mise en vente par Kalil-Bey, en 18G8, et a été à cette époque acquis par M. Say. Ajoutons qu'à cette même vente deux petites toiles signées Ingres et représentant chacune une Femme couchée, ont été adjugées, l'une à M. Hérédia, l'autre à M. Garin.
Quelques études pour le Bain turc, dessinées sur une seule feuille, appartiennent à M. Théophile Gautier. Elles sont signées : /. Ingres à M. Théophile Gautier 1861.