Berlin aîné, directeur du Journal des Débats
Ce portrait, signé : J. Ingres pinxit 1832, a été exposé
au Salon de 1833, et a reparu à l'Exposition universelle
de 1855. Il a été gravé en taille-douce par M. Henriquel-
Dupont, et au trait dans l'ouvrage publié par M. Magimel.
(Appartient à M. Edouard Bertin.)
La famille de M. Bertin possède aussi une très-fidèle copie de ce portrait, peinte dans les dimensions de l'original par M. Amaury Duval.
Le portrait de M. Bertin fut longtemps cherché, diversement conçu, essayé par Ingres sur plusieurs toiles et dans plusieurs attitudes, avant de prendre cet aspect de robuste simplicité auquel il doit sa célébrité actuelle. Peu s'en fallut même qu'à un certain moment le peintre, mécontent des poses contraintes données jusqu'alors par son modèle et surtout mécontent de ses propres efforts, ne renonçât à un travail qu'il n'avait entrepris d'ailleurs que pour tenir une promesse déjà ancienne. Un incident imprévu vint tout sauver. Ingres a raconté à M. Ileiset qu'au plus fort de ses hésitations et de ses inquiétudes, il se trouvait un soir dans le salon de M. Bertin. Une discussion s'était engagée sur les affaires politiques entre le maître de la maison et ses deux fils, et tandis que ceux-ci soutenaient vivement leur opinion, M. Bertin les écoutait dans l'attitude et avec la physionomie d'un homme que la contradiction irrite moins encore qu'elle ne lui inspire un surcroît de confiance dans l'autorité des paroles déjà pro-
noncées par lui ou dans l'éloquence prochaine de sa réplique. Rien de plus naturel et de plus expressif, rien de plus conforme au caractère du personnage à représenter que cette apparence d'une force sûre d'elle-même et d'une bonhomie un peu impérieuse. Dès lors les conditions exactes du portrait étaient trouvées. Aussi Ingres, tout heureux de cette conquête inattendue, s'empressa-t-il de la mettre à profit, et s'adressant à M. Bertin au moment de le quitter : « Votre portrait est fait, lui dit-il. Cette fois je vous tiens, et je ne vous lâche plus. » Le lendemain, en effet, le maître était à l'œuvre, et bientôt il achevait de faire revivre sur la toile celui dont le tempérament moral et les vraies habitudes lui avaient été ainsi fortuitement révélés.