Orléans (Ferdinand-Philippe, duc d
Ce portrait, dont il existe deux répétitions terminées par Ingres et signées de son nom, fut commencé en 1841 et achevé en 1842 ; il a été gravé au burin par Galamatta. (Appartient à S. A. R. le duc d'Aumale.)
Ce fut vers la fin de son séjour à Rome, à l'époque où il remplissait les fonctions de directeur de l'Académie, qu'Ingres fut chargé par le duc d'Orléans lui-même de l'exécution de ce portrait. Le prince en écrivant au maître pour lui exprimer le désir d'être peint par lui, ajoutait que « depuis le départ de celui qu'il regardait comme le chef de notre école, il avait constamment refusé de poser devant aucun peintre, parce qu'il avait fait vœu d'attendre le retour, maintenant prochain, du peintre de Stratonice.» Profondément touché de la bonne grâce avec laquelle le duc d'Orléans lui demandait ce nouveau travail, Ingres s'empressa d'engager sa parole, sauf à regretter quelque peu l'obligation où il allait se trouver d'ajourner d'autres entreprises plus conformes à ses. inclinations. « Entre
nous, écrivait-il à M. Gatteaux le 6 août 1840, malgré tout l'honneur que je ressens de la volonté du prince de n'être peint que par moi, il faudra donc encore taire un portrait! Vous savez quel éloigneraient j'ai à présent pour ce genre de peinture; mais enfin je ferai tout pour son aimable personne. » Une fois le portrait commencé, Ingres écrit en décembre 1841 : «J'ai déjà eu sept séances du duc d'Orléans; il est charmant. » Les séances s'uivantes ne firent que confirmer cette bonne impression. Ingres n'était pas homme à se laisser conquérir à demi; il s'abandonna avec une sorte de passion aux sentiments de gratitude et, comme il disait, «de tendresse paternelle et respectueuse tout ensemble » que le duc d'Orléans lui avait inspirés dès les premiers jours. On devine donc la violence de sa douleur lorsqu'il apprit la fin tragique du jeune prince: douleur effrénée, presque furieuse, dont ceux qui approchèrent Ingres à cette époque se rappellent encore les transports, et que, même au bout de plusieurs mois, il continuait à éprouver sinon avec une égale irritation dans les termes, au moins avec la même amertume et la même impatience au fond. (Voyez à V Appendice (I) le fragment d'une lettre à M. Marcotte, en date de novembre 1842.)