‹ Initiation artistiqueChapitre 28 sur 54 · FLORENCE ET ROME AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

FLORENCE ET ROME AU XVI* SIÈCLE

l'emploi du sfumato, est resté une des conquêtes définitives delà peinture. C'est même cet usage du clairobscur qui marque la principale différence technique entre les « primitifs » et les modernes.

Les élèves de Léonard, «y Léonard a vécu à Milan une partie importante de son existence, avant de venir mourir en France, à la cour de François Ier. Autour de lui, dans la capitale de la Lombardie, se groupèrent de nombreux élèves qui, à défaut de sa spiritualité, retinrent la morbidezza de son modelé ; Luini fut un beau décorateur et un peintre attendri de la Vénus lombarde ; Sodoma peignit la langueur des extases et la volupté.

Les derniers Florentins, o La génération qui suivit Léonard à Florence a aussi retenu le mystère et la caresse de son dessin. Fra Bartolommeo applique cette manière moderne à l'expression de la tendresse religieuse ; un peu de l'âme de Fra Angelico survit chez ce peintre de nobles draperies. Andréa del Sarto est un artiste raffiné, qui donne une élégance nerveuse à toute forme et fait entrer dans le jeu léger des ombres des délicatesses colorées bien rares à Florence. Cette école a fini dans la froideur, avec des portraitistes distingués comme Bronzino, pour avoir perdu le contact de la nature en recherchant la pureté de la forme. Mais, avant de mourir, elle avait donné Michel-Ange.

Rome, o Au commencement du xvie siècle, Rome reprenait son rôle de capitale ; sous le pontificat de Jules II et de Léon X, les plus grands artistes d'Italie y vinrent travailler et les écoles florentine et ombrienne y prirent une ampleur nou-

velle, à la mesure de la majesté romaine. Bramante, d'Urbin, y commença l'église Saint-Pierre, la plus grande église du monde, dont la coupole fut terminée par Michel-Ange. Elle superpose le dôme du Panthéon aux voûtes de la basilique de Constantin. Elle a servi de modèle à toutes les églises pendant trois siècles. Pour décorer le Vatican, les plus beaux peintres et sculpteurs furen. appelés. Deux têtes dominent, Michel-Ange et Raphaël ; et comme ils se dressent sur un des sommets des temps modernes, on voit leur haute silhouette de toutes les avenues de l'histoire.

Michel-Ange, o Michel- Ange, de Florence, est d'abord un sculpteur, un tailleur de marbre ; il l'est resté toute sa vie, même quand il s'est donné à la peinture à fresque. Toute sa vie, avec le crayon ou le ciseau, il a modelé le gonflement du membre qui se contracte ou la dépression du muscle qui se détend. Son imagination s'est formée dans la contemplation du Laocoon ou du torse du Belvédère. Les figures sculptées ou peintes de Michel- Ange expriment une énergie surhumaine ou un désespoir farouche par des attitudes véhémentes ou par l'accablement d'un corps qui s'abandonne. Son Moïse se dresse tout grondant d'une force qui va éclater ; son Jérémie, de tout son poids de géant vaincu, s'écrase sur lui-même. Dans ses fresques de la Sixtine, comme dans ses tombeaux des Médicis, à Florence, ce peintre-sculpteur a ainsi donné les expressions les plus puissantes de l'énergie et du désespoir. Le romantisme moderne aime à reconnaître, dans ce génie tourmenté, un des plus émouvants poètes du pessimisme éternel. Mais les contemporains n'ont vu ou retenu de cette œuvre que le « gigan-

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tisme » ; ils n'ont pu résister aux violences de cette plastique forcenée et, à sa suite, ils ont gonflé de gros muscles vides et agité de grands corps sans âme.

Raphaël, o Au génie indomptable et sauvage du grand Florentin, les contemporains opposèrent le jeune Ombrien Raphaël Sanzio. Il était d'une nature accueillante et ployable à toutes les influences ; durant sa vie, qui fut brève, il eut le temps de traverser l'école ombrienne et l'école florentine avant de s'épanouir en pleine force dans l'air de Rome. Ses premières peintures sont de frêles Madones écloses sous le ciel ombrien ; à Florence, il apprit l'impeccable dessin, et ses « belles Jardinières », sur les rives du Trasimène, montrent une fine élégance. Mais quand il vint à Rome et que Jules II lui demanda de peindre les chambres du Vatican, cet adolescent précoce révéla un génie soudain dans l'art de disposer harmonieusement des groupes vivants. La Dispute du Saint-Sacrement et l'École d'Athènes ne sont pas seulement deux majestueux symboles de la pensée de la Renaissance ; elles ont enseigné l'art d'enfermer, sans les figer, le désordre et l'agitation de la vie dans une cadence musicale. Puis, enivré peu à peu par cette âme qui se respire autour des ruine?, Raphaël voulut ressusciter par la peinture la statuaire antique. En même temps, il fixait dans les petites compositions des Loges du Vatican et dans la série de ses cartons célèbres des scènes de la Bible et des Évangiles. Toutes ces images sont restées vivantes dans l'iconographie. Depuis Giotto, nul peintre n'avait, en Italie, plus fortement influé sur le cours de l'art.

L'influence de Raphaël. ^ L'importance de son rôle dans l'histoire, il la doit à son génie et aux circonstances. Il a su s'assimiler toutes les conquêtes de la Renaissance. Son œuvre résume l'effort de plusieurs générations, dans une beauté aimable et parfaite. Il est apparu après la lente germination, au moment de la pleine floraison. Il règne à Rome qui retrouve son ancienne gloire peur dominer de nouveau le monde, non plus seulement par la puissance politique ou ecclésiastique, mais par la suprématie de l'art. Pour plusieurs siècles, la Ville Éternelle sera la capitale artistique de l'Europe, et quand les artistes viendront y étudier l'antiquité et la Renaissance, en face des marbres grecs et en l'absence d'Apelle et de Zeuxis, Raphaël apparaîtra bientôt comme le demi-dieu de la peinture.

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