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PRÉFACE

Nous assistons, en France, à un réveil des énergies féminines.

Un peu partout, dans les domaines les plus divers de l'activité humaine, surgissent des initiatives qui, tout d'abord, n'ont pas été sans produire un certain étonnement chez les spectateurs, peut-être plus encore chez les spectatrices...

On commence cependant à s'y accoutumer.

On ne se scandalise point parce que des femmes se réunissent en congrès pour examiner entre elles les questions qui les intéressent ou les œuvres qui viennent en aide à leurs sœurs. On admet qu'elles aient leurs revues et leurs journaux, qu'elles demandent la revision du Code et qu elles forcent l'entrée de carrières jusque-là exclusivement masculines. Ou n'est même plus extrêmement surpris d'en entendre quelques-unes prendre la parole dans les réunions publiques, tout comme, seules, le faisaient jadis les ce citoyennes » socialistes.

Ti PRÉFACE.

La chose paraît naturelle — ou bien près. Et cependant, il y a quelque dix ou vingt ans, tout cela eût semblé singulièrement révolutionnaire.

C'est que, depuis lors, il s'est formé et développé un mouvement féminin : faible durant les dernières années du xix* siècle, ce mouvement s'est fortifié en marche et se fortifie, chaque jour, de nombreuses et agissantes adhésions. Hier encore, M. Brunetière lui donnait l'appui de son éloquence et de son autorité : (c ... Si nous étions de vrais chrétiens, déclarait-il^, c'est-à-dire des chrétiens rapportant tous leurs actes extérieurs à cette grande idée que le service de Dieu, c'est le service du prochain, nous serions d'excellents démocrates ; je crois pouvoir ajouter aujourd'hui que nous serions d'excellents féministes. » La parole de M. Brunetière a été entendue : le nombre augmente de ceux qui reconnaissent le bien-fondé de beaucoup des revendications féminines.

Dans ce livre 2, nous avons voulu apporter notre part de collaboration à cette œuvre de justice sociale.

Toutefois, si nous avons tracé un exposé des réformes réclamées à bon droit, nous avons cru de-

1. Conférence fâiteâV Action Sociale delaFemme. Cf. LaFemme contemporaine^ février 1904, p. 122.

2. Plusieurs chapitres de ce livre ont paru dans la revue La Femme contemporaine.

PRÉFACE. Tn

voir faire une très large place aux institutions et aux œuvres qui émanent de l'initiative des femmes. Le « féminisme pratique » nous a peut-être plus fortement intéressé et plus longuement retenu que le « féminisme théorique » : celui-ci nous a semble d'ailleurs efficacement préparé par celui-là qui lui gagne les esprits en touchant les cœurs. En pareille matière, en effet, la pensée de M"** de Rémusat s'applique à merveille : « Pour obtenir des femmes une action, quelle qu'elle soit, il faut presque toujours les convier au bonheur d'un autre. »

Dans ce « féminisme pratique », nous nous sommes attaché de préférence à ce qui était dû aux catholiques. Mais, nous tenons à le dire dès ces premières pages, des femmes qui ne partagent point notre foi religieuse font preuve d'une grande et généreuse activité : il ne nous déplaît nullement de le constater, et peut-être un jour pourronsr nous le montrer avec quelque détail. On verra que, dans ces études toutes les fois que l'occasion s'en est offerte, nous n'avons point manqué à ce que nous considérons comme un devoir de justice.

Max TURMAKN.

Pari», 29 mars 1905.

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