CONCLUSION
Pour apprécier, au surplus, les résultats effrayans du triste tableau que nous avons offert de la décadence du sol forestier, il suffit de jeter les yeux sur les ravages incessans causés par les coupes de nettoyages, les élagages en plein bois, les coupes claires, par expurgades, les exploitations sans ordre, en temps de sève et au mépris des plus simples
(1) Les plus considérables sont ceux de 1567, 1789 ei de 1825.
(2) Bernard Palissy, Olivier de Serres, Sully , Colbcri , Maleshcrbes, Thoin, etc.
principes de la physiologie végétale , par la diversité d'opinions sur une culture aussi simple que celle des bois, par des hérésies insoutenables, etc. , etc. , fruits en partie de notre indifférence ou de notre ignorance en sylviculture, et principalement de la fausse application des théories mal comprises et appliquées sans considérations préalables. Qu'on ajoute à ces principes de ruine , la division et la subdivision des propriétés plaçant les bois dans les mains de spéculateurs, puis dans celles du petit propriétaire qui, par calcul , et souvent par des besoins irn-périeux, arrachera infailliblement, en peu d'années, la dernière racine du sol forestier (1) tombé dans ses mains; les bois ne pouvant véritablement être conservés que par l'Etat, les communes, les établissemens publics, les grands propriétaires, ou par des corporations riches, comme les caisses d'assurances et les banques nationales, qui ont un intérêt spécial à présenter au public des gages impérissables pour l'avenir.
Or, la conservation des bois est, on ne peut trop le répéter, la meilleure digue qu'on puisse opposer aux inondations.
Le paysan, l'homme le plus simple, ne sait-il pas aujourd'hui, que les eaux sont condensées par les feuilles et les branches des arbres à mesure qu'elles viennent à y tomber, et que, se trouvant brisées et recueillies naturellement par ces avant-gardes de la végétation, puis par les troncs, la mousse, le lierre et l'herbe, en un mot par toutes les plantes et les arbustes qui tapissent les forêts, ainsi arrêtées ou suspendues dans leur cours , elles sont en quelque sorte forcées de s'infdlrer dans le sein de la terre , aidées far le tracé des racines des arbres et même à travers les pierres perméables qui nous représentent celles de nos fontaines filtrantes? Aussi les sources sont-elles très communes dans les
(I) Les bois, poiirèlre conservés, doivent appartenir surtout aux gens de main-morle; les plus belles forêts de M. le comte Roy, comme beaucoup d'autres, seront défrichées un jour, dans leur cent millième partie, par un cultivateur, pour y suivre telle ou telle autre culture.
montagnes boisées, particulièrement quand le sol est granitique.
La nature n'a rien fait en vain; les épines, les genêts, les herbes , les ronces, le lierre , la fougère, la bruyère, les houx ont leur utilité dans les jeunes taillis en ce qu'ils les protègent dans leur enfance et que , vieux , ils leur lèguent en mourant leurs corps comme engrais; en outre, ils neutralisent les terribles effets des pluies torrentielles, en les dirigeant sur les troncs des arbres dont les racines servent de fil conducteur aux eaux pluviales pour alimenter les sources, les fontaines, les ruisseaux et les rivières (1).
Ne sortant des forêts que pour les défendre, la plume en main, nous sommes plus pénétrés que personne de la nécessité urgente qui se manifeste aujourd'hui, de s'en occuper plus que jamais; aussi répéterons -nous à satiété, qu'il faut créer sans retard, en exécution des lois et ordonnances (2), des crèches arboi-icoles ou pépinières mobiles , presque dans chaque commune, et de placer l'école supérieure forestière en -pleine forêt , à laquelle on donnerait , comme annexes , des écoles secondaires dans les régions de France les plus boisées, pour créer des forestiers pratiques, expérimentés, et parce qu'il s'agit d'une science où tout gît dans une -pratique extrêmement facile à saisir, que Ton complique à force de vouloir la rendre précieuse et inintelligible.
La grande institution qui seule peut régénérer les forêts de France , devrait être , comme l'école de droit , sans
(1) Il y a quelque chose d'admirable dans les dispositions prises par la nature, qui no fait rien irinulile; ainsi les bois morts, les mort-bois, les feuilles, les herbes et les autres parasites des forêts, généralement d'une vie éphémère, forment l'engrais forestier. Or, si l'on prend toujours dans un bois, si on n'y laisse ni branches mortes, ni genêts, ni ronces, ni épines, ni herbes qui, en pourissanl sur place, font fumier, on l'épuisé, on le réduit en broussailles et en friches improductives,
(2) Ordonnance du roi, 1" août 1827, n. 8759.
privilèges; les élèves obtiendraient des degrés, mais non des positions assurées au préjudice souvent du mérite et de la science pratique, rélégués dans les plus humbles fonctions.
Nous voudrions, en outre, des écoles secondaires d'élèvesgardes (1), qui se renouvelleraient en entier après deux ans d'exercice, temps suffisant pour former un sylviculteur et un administrateur de forêts. C'est dans cette pépinière de jeunes gens de dix-huit à vingt-deux ans, qu'on pourrait choisir de véritables forestiers , hommes de pratique , pour le reboisement de la France. C'est par leur expérience dans les travaux forestiers et leurs soins éclairés, qu'on parviendrait certainement à semer, bouturer ou planter tous les terrains en friches, même les rives inoccupées de nos chemins de fer, de nos canaux et de nos rivières, enfin tous les points où le bois , loin de nuire , ne pourrait que sauvegarder les bords de nos rivières et fleuves , et favoriser nos cultures , nos prairies et pâturages , en leur procurant des pluies ou de fraîches rosées , surtout dans les saisons où tout périt faute de ces premiers élémens de la végétation.
En résumé, dans la grande et immense question que nous avons essayé de traiter, nous appelons la puissante intervention des économistes et celle des deux chambres qui vont s'assembler. Certes , si l'horrible fléau qui vient de dévaster les plus riches contrées de la France, n'a prouvé que d'une manière trop invincible qu'on ne pouvait plus différer de décréter légalement la réorganisation de notre sol forestier, c'est un devoir devenu impérieux depuis les derniers désastres, et dont il est impossible que nos législateurs ne se préoccupent pas dès leur prochaine session (2).
Sans aucun doute, jamais question économique, d'un intérêt plus général et plus actuel, ne se sera présentée à la déci-
(1) Loi (lui «'août 1827.
(2) La loi sur les défricheraens expire le 22 mai prochain.
— lésion des chambres que celle de l'avenir de nos forêts ; les conserver et maintenir les eaux de nos fleuves dans leurs lits, on peut dire qu'il y a là une même et absolue nécessité!
J.-B. Thomas,
Directeur du Moniteur des Eaux et Foréis.
TRAITE GEIVERAL
DE STATISTIOl E , CULTURE ET EXPLOITATION
DES mis,''
Pau m. ,I.-1î. TH0JL\S.
F/avis des meilleurs praticietis ei les encouragement les plus honorables ont marqué la place de cet ouvrage; c'est un travail que nous consultons souvent, et dont rutllité "nous parait de jour en jour plus indis|un?ablc. Nous pouvons le répéter après tant d'honimes spéciaux, ce livre est écrit pour les propriétaires, les exploilans de bois, les arcbitectes, les maîtres de forges, les agens d'afla ires et tous les bommes dont les études se rattaclienl aux intérêts forestiers. Los tableaux qui s'y trouvent annexés contieum-nl les plus |)etits détails iclalifs aux estimations, à l'administration et à l'exploitation des foréis et même du plus mince buisson. On y trouve les tarifs du cubage des bois, et les instructions les plus nécessaires sur les flottages el le transport des bois; eiilin un extrait entier du Code forestier, et d'autres doctmicns pratiques d'un choix éclairé et d'une utilité constante.
(1) Deux vol., 15 fr., chez l'auteur, 13, nie de Monceau ; à la librairie de madame veuve Bonchard-Huzar.! . rue de l'Fperon, n. 7; à la librairie agricole de Dusacrj, 2G, rue .Jacob.
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