‹ Inscriptions antiques (volume 2)Chapitre 8 sur 101 · GESTA V S L M · texte numérisé non relu

GESTA V S L M

Notre copie dessinée : Lettres de bonne forme; l'N et le second I de NVMINIS liés en un monogramme ; avant ce mot, l'amorce de l'extrémité inférieure du jambage droit d'un A, d'une M ou d'un X.

ob haec coepta e]x borta numinis, prospère gesta

votum solvit libens merito.

Les inscriptions funéraires sont en nombre considérable et peuvent former plusieurs catégories :

D'abord , celles en petit nombre qui remontent aux temps d'Auguste ou de ses immédiats successeurs : Tibère, Caligula, Claude, Néron ;

Ensuite, celles qui mentionnent des métiers exercés isolément; les corporations professionnelles ont déjà passé sous les yeux du lecteur dans le chapitre des inscriptions municipales;

Puis celles qui contiennent des indications géographiques;

Enfin toutes les autres , excepté les inscriptions chrétiennes. Celles-ci seront l'objet d'un travail spécial qui viendra le dernier.

I . — INSCRIPTIONS CONTEMPORAINES D AUGUSTE OU DE SES PREMIERS SUCCESSEURS

Quelques inscriptions présentent des indices d'ancienneté qui les reportent au temps même d'Auguste ou à celui de ses premiers successeurs jusqu'à Néron inclusivement, c'est-à-dire à une période qui commence peut-être dès avant notre ère et ne dépasse pas intérieurement les deux premiers tiers du premier siècle. Elles sont facilement reconnaissables à diverses marques caractéristiques :

A la forme de leurs lettres : les A, les M, les N à angles acumi-

nés. les O entièrement circulaires, les autres lettres rondes: les C, les D, les G, les CL, procédant également d'un cercle complet, les T, les F souvent surélevés, et celles-ci quelquefois faites de deux hastes parallèles dont la seconde ne descend qu'à moitié de la hauteur de la première ;

A leur orthographe archaïque : ei habituellement employé pour i;

A leurs formules, différentes de celles des époques postérieures: par exemple beic adquiescit ou situs, sita est; le dits Manibus, la dédicace sous l'ascia, d'un usage ensuite si fréquent, n'y apparaissent pas ;

A la nature de la pierre sur laquelle elles sont gravées : la pierre de Seyssel, d'un grain fin favorable à la sculpture, mais que son manque de résistance aux injures de l'air a fait abandonner de bonne heure pour le calcaire de clooin de Fay, plus grossier et beaucoup plus dur ;

A la forme des monuments auxquels elles appartiennent : de petites stèles à sommet cintré ou de grands tombeaux, véritables édifices en' blocs de grand appareil et à deux étages au moins : un soubassement carré avec base et corniche et, au-dessus, un étage en maçonnerie pleine comme le soubassement ou à jours et alors présentant la forme d'un petit temple ouvert par-devant et sur une partie des côtés, ou bien, dans le premier cas, servant de support à un deuxième étage carré ou circulaire ouvert de toutes parts et terminé par une calotte ou par un pyramidion. La statue en pied du défunt occupait soit cette lanterne, soit la cella du petit temple. Aucun de ces tombeaux n'a été retrouvé entier pour permettre de savoir comment ils finissaient dans le haut, mais des fragments ornés de feuilles imbriquées ne peuvent provenir que de couvertures, sans doute disposées en forme de coupole ou de pyramide ou de toit à double versant.

Dans les premiers mois de 1885, les travaux entrepris pour l'établissement du chemin de fer de Saint-Just à Vaugneray rendi-

rent au jour, à peu de distance de l'extrémité de la rue du Jugede-Paix, c'est-à-dire de l'endroit où devait être la porte par laquelle sortait de Lyon la voie d'Aquitaine, plusieurs grands massifs, dans lesquels on ne tarda pas à reconnaître des bases de tombeaux analogues à ceux dont il vient d'être parlé; puis, des fouilles, pratiquées, cette même année, par la Ville, en vue d'une continuation des recherches, en firent retrouver plusieurs autres qui portèrent à dix le nombre des tombeaux découverts et qui, placés

en alignement dans la direction du nord-est au sud-ouest sur une pente fortement déclive , bordaient autrefois le côté droit de' la route. Déjà, dans le courant d'avril 1884, en exécutant des terrassements pour la construction du groupe scolaire situé entre la rue des Fossés-de-Trion et le chemin de la Favorite, qui suit exactement dans ce quartier l'ancien tracé de la voie romaine, on avait rencontré plusieurs massifs pareils, au nombre de cinq, alignés aussi, mais sur l'autre côté de la voie. Auparavant encore, c'est-

à-dire en 1858, avaient été reconnues dans des terrassements particuliers plusieurs tombes monumentales se reliant aux précédentes, mais dont on se borna alors à recueillir pour le Musée un cippe de forme cylindrique trouvé reposant sur sa base, composée de cinq marches. Ces dernières tombes, dont le nombre n'a pas été déterminé, occupaient l'intervalle entre la place de Trion et l'endroit où a été ensuite construit le groupe scolaire.

Une revision de tous ces tombeaux, en commençant par le bout le plus rapproché de la ville, va nous permettre de donner quelques détails sur chacun d'eux.

i° Tombeau, du sévir Calvius Turpio. — Non le plus grand, mais le mieux conservé de ceux qui ont été découverts en 1885 (voir sur la planche ci-jointe le premier à droite), est le tombeau du sévir Quintus Calvius Turpio, dont nous avons donné ci-dessus (pp. 376 et suiv.) la figure et la description et qu'on peut voir reconstruit dans la partie haute de la ville sur la place de Choulans. C'est un soubassement carré formé d'un dé assis sur un socle à moulure'et couronné d'un entablement composé d'une architrave, d'une frise sur laquelle court un élégant rinceau, d'une corniche et d'une attique ; ses angles étaient décorés de pilastres cannelés à chapiteaux ioniques et il portait un étage dont il ne reste que la première assise de la face latérale droite, ornée de trois pilastres cannelés. Ce second corps d'architecture était-il une édicule ouverte ou un massif plein surmonté d'un deuxième étage? Cette dernière hypothèse paraît être la plus vraisemblable.

Le tombeau était à 50 mètres à peine de la porte de la ville et presque joignant à un mur de soutènement qui régnait au nord.

Largeur par-devant et sur les côtés 3 m. 65. Altitude au-dessus de la moulure du socle 269 m. 65.

Sur la face latérale gauche apparaissent lorsque le temps est favorable, c'est-à-dire humide, des inscriptions peintes en rouge au pinceau : dans le haut, en deux lignes, LABEONI// VII

IVLIO / / / /, et au-dessous en lettres de 75 centimètres : C Q (voy. Trion , p. 290); puis aussi des graffites tracés à la pointe, tous aujourd'hui effacés et illisibles excepté toutefois l'apostrophe injurieuse (ci-dessus, II, p. 379) à l'adresse d'un certain Septumus Closinius, gratifié du fâcheux sobriquet de Ficosus, « l'Ulcéreux ».

Derrière le tombeau était déposé un petit sarcophage d'enfant, contenant avec les ossements une monnaie au nom de Tibère, mais du temps d'Auguste encore vivant.

Voir Découverte, pp. 15 et suiv.; Trion, pp. 288 et suiv.

2° Tombeau des Salonius. — Après le tombeau de Turpio venait celui que nous appellerons le tombeau des Salonius à cause des nombreuses marques gravées ou simplement peintes en rouge au pinceau à l'extérieur de sa paroi gauche restée accidentellement sans ravalement, et parmi lesquelles apparaissait plusieurs fois ce nom : T [ Q;SA- en deux lignes de gravure; T | Q;SA,oN en deux autres lignes de gravure, sans doute deux Salonius dont l'un avait le prénom de Titus, l'autre celui de Qiiiutus; puis encore en lettres peintes : Qi SAL D SW. — QiSAL M D S\R, — NAMAN, SA.., — IVAUvSO. — AMOR, — ATDNAS, — ES, — CINGES. Il ne subsistait de ce tombeau que le socle en six assises avec sa moulure; mais, outre qu'il était le plus grand des dix de la découverte de 1885, il paraissait avoir été aussi un des plus ornés. Une statue en pierre, décapitée d'ancienne date et qui devait avoir plus de 2 mètres de haut : celle sans doute de Titus ou de Quintus Salonius; un superbe chapiteau de pilastre, qui entier ne mesure pas moins de 1 m. 10 en hauteur et 1 m. 40 en largeur et dont le feuillage d'acanthe, étage sur trois rangs, se projette en dehors avec des hardiesses étonnantes ; une chimère ailée, d'une riche conception artistique et d'un puissant effet décoratif, représentée assise et de près de 1 mètre de haut : femme par la tête qu'elle renverse en arrière au-dessous de son bras gracieuse-

ment arrondi en demi-cercle, hydre par le corps avec deux longues rangées de mammelles, le derrière et les pattes d'un chien ; de grands masques de Larves au nombre de quatre, des pierres ornées d'imbrications , débris tous retrouvés parmi les décombres qui entouraient la base, témoignent de la magnificence du monument.

Le tombeau a été démoli. La moulure a été transportée sur la place de Choulans; les marques gravées ont été apportées au Musée et déposées sous l'arcade LIV.

Largeur par-devant 6 m. 14, des côtés 6 m. 17. Altitude audessus de la moulure 271 m. 21.

Voir Découverte, pp. 13 et suiv. ; Triou, pp. 285 et suiv.

y Tombeau de Satrius (?). — Le tombeau qui se présentait ensuite est un de ceux qui ont été rétablis sur la place de Choulans. Il se compose de presque tout le soubassement avec son socle et une partie de son entablement conservé sur la face droite, c'est-à-dire l'architrave et un restant de frise dorique à triglyphes et à métopes, celles-ci alternativement remplies par des têtes de taureau et par des patères. La démolition de ce soubassement

pour son transfert sur la place a permis de voir sur les faces intérieures des pierres de son parement un groupe plusieurs fois répété de lettres peintes de 25 à 30 centimètres de hauteur : S R, interprété comme abréviation du gentilice Satrius ou Satria.

Largeur par-devant 6 m. 10, des côtés 6 m. 20. Altitude audessus de la moulure du socle 268 m. 65.

Voir Découverte, p. 13; Trion, pp. 283, 284.

4° Tombeau anonyme. — Ce tombeau, réduit au socle de son

soubassement avec sa moulure, n'a pas été conservé, excepté une partie de celle-ci transportée sur la place de Choulans.

Largeur en tous sens 4 m. 90. Altitude au-dessus de la moulure du socle 267 m. 80.

Voir Découverte, p. 13; Trion, p. 282.

50 Autre tombeau anonyme. — Ce tombeau , qui n'était plus indiqué que par des restes de ses fondations, faisait ressaut sur l'alignement, dirigé à peu près du nord au sud, des quatre tombeaux précédents, et en même temps se trouvait être en retraite des cinq suivants, avec lesquels recommençait par un coude en saillie une nouvelle ligne dirigée du nord-est au sud-ouest. 11 était tellement détruit que ses dimensions n'ont pu être prises.

Il était isolé, et c'est dans l'étroit espace qui le séparait de son voisin ci-dessus décrit qu'a été trouvée encore debout à sa place primitive une stèle au nom à'Ancharia, qui sera plus loin l'objet d'un article et qui, ainsi placée, pouvait appartenir à l'un ou à l'autre des deux tombeaux.

Voir Découverte, p. 12, Trion, p. 280.

6° Tombeau de Julia. — Le monogramme IV. peint plusieurs fois en grandes lettres rouges sur les faces intérieures des pierres du revêtement et un fragment sculpté en très haut relief, reste d'une statue d'une jeune femme représentée couchée sur le lit de parade de ses funérailles, la tête coiffée d'une abondante chevelure nouée sur la nuque et se répandant en Larges boucles sur le dos, sur les épaules nues et le haut des bras, ont fait considérer comme étant probablement celui d'une femme du nom de Julia ce tombeau, aujourd'hui reconstruit sur la place de Choulans. Conservé presque intact jusqu'au-dessous de l'entablement qui devait le terminer dans le haut, le soubassement, posé sur un socle à moulure, offre sur sa face antérieure des encadrements simulant une porte à deux vantaux décorés chacun d'un masque

de lion soutenant une large boucle. Également, les faces latérales étaient encadrées.

Largeur par-devant 2 m. 50, sur les côtés 2 m. ^4. Altitude au-dessus de la moulure du socle 266 m. 18.

A ce tombeau attenait par derrière un petit enclos muré de 2 mètres carrés environ, où ont été reconnues onze sépultures. Le mobilier d'une de ces sépultures a fourni divers objets parmi lesquels sont à signaler comme précieux deux grandes aiguières, l'une en verre jaune, l'autre en terre à couverte vitrifiée.

Voir Découverte, p. 12; Trion, pp. 277 et suiv.

7° Tombeau de' Quintus Valerius (?). — Grand soubassement réduit à son socle pourvu de sa moulure par-devant seulement et à ses deux premières assises ; transporté et reconstruit sur la place de Choulans. Rien n'est moins certain que le nom du destinataire de ce tombeau ; sur les assises de la face postérieure se voit gravé plusieurs fois au-dessus de la moulure le groupe (LV\ qui a donné lieu à la lecture conjecturale Qiùntus Valerlus, et, sur la première assise de la face antérieure, gravé aussi mais une seule fois, un autre groupe composé des trois lettres CEL, qui pourrait avec non moins de raison s'interpréter comme le commencement d'un nom ; au-dessus, sur la même face, s'aperçoit, lorsque la pierre est mouillée, le mot OPTVMA, en lettres peintes de 45 cen-

timètres de haut, qui remplit à lui seul toute la largeur du massif et terminait une inscription dont les lignes précédentes manquent, puis encore, peint sur le socle, un groupe formé des lettres INF, auxquelles il est difficile d'attribuer un sens. Dans la maçonnerie qui remplissait l'intérieur du soubassement a été trouvé un beau torse en pierre, demi-nature, provenant d'une statue de Ganymède probablement destinée à la décoration du tombeau d'un jeune garçon.

Largeur par-devant 3 m. 59, des côtés 3 m. 68. Altitude audessus de la moulure du socle 266 m. 26.

De même qu'au tombeau précédent, était joint par derrière à celui-ci un enclos de murs où étaient rangées, tout près de sa base, sur une seule ligne, huit sépultures séparées et abritées par des briques.

Voir Découverte, p. 11; Trion, pp. 275etsuiv.

8" Tombeau de Julitts Severianus (?). — Ce tombeau, le plus petit de tous, était détruit jusqu'au ras de la moulure du socle de son soubassement. Composé de trois assises et plus élevé que ceux des autres tombeaux, qui tous, excepté celui de Salonius, n'avaient que deux assises, ce socle a été rétabli sur la place de Choulans. Le groupe de lettres IV. gravé plusieurs fois et le mot incomplet SEVERIAN peint en rouge, qui se voient l'un et l'autre sur la face postérieure, ont paru pouvoir se lire Julius Severianus ou Julia Severiana et fournir peut-être les noms de la personne pour laquelle avait été construit le monument.

Largeur par-devant 2 m. 15, des côtés 2 m. }2. Altitude audessus de la moulure 266 m. 55.

A ce tombeau attenait aussi par derrière, comme aux deux précédents, un petit enclos muré.

Une particularité curieuse, c'est qu'un sarcophage, fait de débris pris aux tombeaux environnants et dans lequel a été trouvée avec le squelette d'une femme et divers menus objets une monnaie

présumée de Gordien III, s'engageait par un de ses angles dans la moulure du socle en question entaillée exprès, ce qui montre qua l'époque de cette déposition le tombeau était déjà dans l'état de destruction où on l'a retrouvé et que le niveau du sol s'était assez exhaussé non seulement pour recouvrir les trois assises de la base et la moulure destinées à rester visibles, mais encore pour permettre d'enterrer à la profondeur nécessaire un sarcophage. Cet exhaussement devait être, d'après le calcul de notre collègue M. Dissard, au moins de trois mètres.

Voir Découverte, p. 10; Trion, pp. 272 et suiv.

90, io° Tombeaux détruits. — Deux tombeaux encore remplissaient l'intervalle entre celui dit de Julius Severianus et la place de Trion. Il n'en restait que des fondations formées de petits moellons. L'un de ces deux tombeaux peut avoir été celui de l'édile dont il a été parlé au chapitre des Inscriptions municipales (ci-dessus p. 355). rappelé par un fragment de frise découvert précisément un peu au-delà d'un petit enclos muré attenant par derrière au premier.

Voir Découverte, p. 9; Trion, pp. 271, 272.

Les dix tombeaux qu'on vient de voir s'élevaient tous sur le côté droit de la route romaine, qui, décrivant en cet endroit, ainsi que cela a été reconnu (Trion, p. 291), une légère courbe, avait motivé la déviation d'alignement dont il a été parlé. Ceux qui restent à mentionner bordaient aussi la route, mais sur le côté gauche et au-delà de la place de Trion.

Ce sont d'abord les tombeaux, en nombre indéterminé dont on a rencontré en 1858, au sud du chemin de la Favorite, des restes alignés parmi lesquels a été seulement recueilli un autel cylindrique orné de guirlandes et de masques à visages éplorés, trouvé sur sa base tout près de la place; puis ceux, au nombre de cinq, qui ont été découverts en 1884 au sud du même chemin de la

Favorite sous l'actuel groupe scolaire, tous ruinés plus ou moins près de leurs fondations sauf un seul qui conservait entier le socle de son soubassement avec sa moulure. Ces bases ne donnant pas lieu, en l'état auquel elles étaient réduites, à une description détaillée, il suffit d'en indiquer les dimensions et les altitudes :

— Premier tombeau en s'éloignant de la place : largeur en tous sens quoique dépouillé de son revêtement 6 m. 30; altitude 259 m. 90.

— Second tombeau : non mesuré. — Troisième tombeau, celui dont il restait le socle intact, aujourd'hui rétabli en partie au Musée, arcade XVI : largeur en tous sens 3 m. 60; altitude 260 m. 83.

— Quatrième tombeau, de dimensions considérables, mais non relevées. — Cinquième tombeau, séparé du quatrième par un espace inexploré d'environ 40 mètres et situé presque à l'extrémité du bâtiment annexe placé en bordure sur le chemin de la Favorite : largeur par-devant 4 m. 65, des côtés 4 m. 85; altitude 260 m. 65. Vient ensuite un très grand bloc quadrangulaire à face extérieure convexe, trouvé au siècle dernier dans un jardin attenant à la maison qui fait l'angle du chemin de la Favorite et du chemin des Pommières et aujourd'hui employé dans cette maison comme margelle de puits; il ne peut provenir que d'un tombeau peutêtre circulaire appartenant au même alignement. Encore au-delà, des pierres à ornements d'imbrication, un grand masque de Larve et divers autres débris recueillis au chemin des Massuts témoignent que dans cette direction la ligne des riches tombeaux se prolongeait fort loin.

Pour le voyageur arrivant par la route, ce devait être un coup d'oeil certes des plus pittoresques et surtout des plus frappants que ce double rang de mausolées rivalisant de magnificence, élevant au-dessus de la verdure des arbustes et des arbres qui les entouraient leurs faîtes merveilleux, leurs dômes, leurs pyramides, leurs coupoles, leurs frontons, leurs édicules ouvertes où apparaissaient de toutes parts, au milieu des splendeurs d'une architecture exubérante, des autels et des statues en nombre infini.

Il a été dit que les tombeaux bordaient de chaque côté la route le long de laquelle ils s'alignaient. Ils ne la joignaient pas immédiatement; ils en étaient séparés par un intervalle plus ou moins large qui, sur le côté droit, était de cinq mètres pour les tombeaux les plus voisins de la porte de la ville et de deux mètres seulement pour ceux qui du même côté suivaient jusqu'à la place de Trion, et, sur le côté gauche, était de cinq mètres pour les tombeaux retrouvés au-delà de la place. Ces intervalles étaient sans doute occupés par des jardinets clos de murs au moins sur le chemin et appartenant aux tombeaux. Chaque tombeau était ainsi placé entre deux enclos murés, celui de devant formant un petit jardin, celui de derrière destiné à des sépultures. Ces sépultures, là où elles ont été retrouvées, étaient constituées d'une façon extrêmement simple; le vase contenant les cendres, le plus souvent en argile, quelquefois en plomb, était protégé par un double couvercle formé des deux moitiés d'une amphore partagée horizontalement par le milieu ; la moitié inférieure, retournée sens dessus-dessous en manière de calotte, était recouverte par la moitié supérieure placée dans son bon sens, la quille de la première enfilée dans le goulot de la seconde; à la surface du sol, un cône effilé en calcaire blanc orné de stries en spirale à l'imitation d'une flamme et peint en rouge marquait la place.

Épitaphe de Pompeius et de Junia Nigella.

Arcade XXVI. — Bloc en pierre de Seyssel, primitivement quadrangulaire et ayant dû faire partie d'une construction; plus tard

retaillé et creusé du côté opposé à la face inscrite pour former l'extrémité inférieure d'une auge sépulcrale que complétait une autre pierre juxtaposée; découvert le Ier juin 1886 à 2 m. 1/2 au-dessous de la surface du sol actuel, rue la FROMAGERIE, au pied de l'angle nord-est du transept septentrional de l'église SAINT-NIZIER, dans des travaux de terrassement pour la construction d'une branche de l'égout qui passe sous cette rue. — Hauteur à gauche o m. 56, à droite o m. 40, largeur o m. 78.

/./>OMPEIO O • F- SERGz'a

^./VNIAEDL-NIGELLA^

uxOKl -EX-TESTAMENTo

arbiTRATV- Q POMPEl • CELSz'./

prI mi

Toutes les lettres de la première ligne incomplètes en haut; la dernière incomplète en haut et à droite ; le troisième T de TESTA- MENTo réduit à une très petite amorce de l'extrémité gauche de sa traverse ; le premier T de arbiTRATV à un débris du milieu de sa haste verticale ; à la première ligne, le point qui devrait suivre POMPEIO, gravé à l'intérieur de l'O final.

Allmer, Revue èpigraphiqne, II, p. 215.

.... Pompeio, Qiiinti filio, Sergia, et Itiniae, Decimi lïbertae, Nigellae, uxori, ex testamento; arbitratu Qitinti Pompeii, Celsi filii, Primi.

« A Pompeius, de la tribu Sergia, fils de Quintus (Pom-

« peius), et à son épouse Junia, affranchie de Decimus (Junius); « tombeau élevé en exécution de son testament par les soins de « Quintus Pompeius Primus, fils de (Pompeius) Celsus ».

Si nous interprétons bien par Sergia, c'est-à-dire par le nom de la tribu Sergia, le groupe de lettres qui termine la première ligne, Pompeius, qui a ordonné par son testament l'érection d'un tombeau pour lui et pour sa femme, n'était pas Lyonnais; la tribu dans laquelle étaient inscrits les citoyens romains de Lyon était la Galeria; mais peut-être était-il originaire de la Cisalpine, où justement on rencontre la tribu Sergia à la limite de la Gaule (C. I. L., V, 6838), à Augusta Praetoria. De plus, il n'avait pas de cognomen, ce qui, après avoir été un cas ordinaire sous la République, était un cas encore fréquent aux premiers temps de l'empire, et il y a grande apparence que notre inscription remonte à cette lointaine époque. La femme de Pompeius s'appelait Junia et était affranchie d'un Decimus Junius. En présence de ces noms et des indices de haute d'ancienneté dont il vient d'être parlé, la pensée se reporte d'elle-même aux événements qui ont suivi de près la mort de Jules César et amené la fondation de Lyon ; on se rappelle la Cisalpine devenue en l'an 43 avant notre ère le théâtre du premier acte de cette longue guerre civile qui ne se termine qu'à Actium ; Decimus Junius Brutus, gouverneur de cette province, assiégé dans Modène par Antoine; Lépide et Planais cantonnés, l'un dans la Narbonnaise, l'autre dans la Celtique, recevant du sénat l'ordre d'amener leurs armées au secours de la ville, puis devenus suspects et invités par un contre-ordre à rester où ils sont et à bâtir au confluent du Rhône et de la Saône une ville pour retirer les expulsés de Vienne réfugiés en cet endroit; enfin Decimus franchissant les Alpes et trouvant la mort sur le territoire des Séquanes. Junia Nigella. affranchie d'un Decimus Junius, peut très bien avoir été l'affranchie du Decimus Junius de la guerre de Modène.

C'est sur un bloc de pierre de Seyssel qu'est gravée l'épitaphe; c'est aussi en pierre de Seyssel qu'étaient construites les tombes monumentales contemporaines d'Auguste, retrouvées au bord de la voie d'Aquitaine dans les dernières fouilles deTrion, et ce bloc, qui, avons-nous dit, paraît avoir fait partie d'une construction, doit

provenir de quelque grand tombeau du même temps et du même genre. La formule arbitratu qui s'y lit n'a encore apparu à Lyon que sur une autre épitaphe (ci-après, p. 48) pareillement gravée sur un bloc de pierre de Seyssel détaché certainement d'un édifice funéraire non moins âgé que les tombes monumentales dont il s'agit, auxquelles d'ailleurs il faisait suite sur cette même route d'Aquitaine. La formule est fréquente sur les inscriptions de Narbonne, en grande partie du temps d'Auguste. Tout concourt à justifier l'ancienneté que nous attribuons à l'épitaphe de Pompeius et de Junia Nigella ; nous la croyons non postérieure à Auguste.

Au moyen âge, la pierre, peut-être apportée de Trion, a été creusée pour fournir l'extrémité d'une auge funéraire complétée par une autre pierre aujourd'hui perdue à laquelle elle faisait suite. La forme de cette auge, fortement rétrécie vers les pieds, est, d'après l'opinion de notre collègue M. Dissard, un indice certain qu'elle n'a pas reçu cette nouvelle destination avant le dixième siècle. L'église de Saint-Nizier, alors l'église des Apôtres, était à cette époque le lieu de sépulture des évêques de Lyon.

Épitaphe d'Ancharia Bassa.

Pilastre entre les arcades XXV et XXVI. — Stèle à sommet cintré, en pierre de Seyssel, trouvée en avril 1885 dans les travaux de terrassement pour l'établissement du chemin de fer de Saint- Just à Vaugneray, à la suite du quatrième des dix grands tombeaux alignés entre l'extrémité de la rue du Juge-de-Paix ou plus préci-

sèment le bastion n° 4 et la place de TRION. L'inscription est gravée sans encadrement un peu au-dessus de la moitié de la hauteur de la pierre. — Hauteur 1 m. 22, largeur o m. 48.

A N C H A R I A Qj L- BASSA

hIoadqviescT

Lettres fortement gravées et d'apparence ancienne. Le dernier I de ADQyiESCIT inscrit dans le C.

Allmer, Revue èpigraphique, II. p. 120; Découverte, p. 19. — Allmer et Dissard, Triou, p. 75.

Ancharia, Qidnti liber ta, Bassa hic adquiescit.

« Ancharia Bassa, affranchie de Quintus (Ancharius), repose « ici ».

L'épitaphe d'Ancharia n'est pas moins ancienne que celles du sévir Turpio et de l'édile anonyme (ci-dessus pp. 376 et 355), reconnues contemporaines d'Auguste. La forme en stèle au lieu de la forme en cippe avec base et corniche, l'aspect des lettres, la physionomie des noms, l'absence du diis Manibus, la formule hic adquiescit sont autant de marques d'une haute époque. A Narbonne, où se trouvent les inscriptions les plus anciennes qu'il y ait en France, la forme ordinaire des pierres à épitaphe est la stèle; au contraire, le cippe ne s'y montre qu'avec des inscriptions manifestement plus récentes. Presque jamais non plus on n'y rencontre le diis Manibus, mais ordinairement hic sepultus est ou hic situs est, et quelquefois aussi hic requiescit, comme par exemple, sur une épitaphe tellement ancienne qu'elle a pris place, à cause de cela, dans le premier volume du Corpus des lnscriptiones latinae (n" 2660) : V1VIT | a* VA ARIVS • C • C • L • | NICEPOR- PECC10 I — V1V1T | CL.-VAAR1A-C-L- PAMP-HLA I — HIC

REQJVIESCENT. L'épitaphe, que, dans Pétrone (Satyric, 72), Trimalcion se propose de faire graver sur son tombeau, commençait par ces mots: OPOMPEIVS TRIMALCHIO MAECENATIA- NVS HIC REdVIESCIT. On lisait sur l'épitaphe d'un esclave de Tibère et de sa femme (ci-après, pp. 47, 48), NOBILIS... HIC ADQYIESCIT; IVLIA ADEPTA HIC ADQVIESCIT. Le nom Ancharius est aussi un de ceux qui, fréquents sous la République, sont de bonne heure devenus rares sous l'empire. La première femme du père d'Auguste était une Ancharia. Le nom n'apparaît pas que cette seule fois sur les inscriptions de Lyon ; une inscription trouvée à Saint-Irénée mentionne un Ancharius Marianus, qui, ayant le nom de Qiiintus, peut avoir été, bien que postérieur, apparenté à l' Ancharia de Trion.

Au-dessous de la stèle consacrée à la mémoire d'Ancharia a été trouvée l'urne contenant ses cendres.

Fragment.

Arcade XLV. — Fragment en pierre de Seyssel, paraissant provenir d'une stèle; trouvé en février 1885 dans les fouilles de Trion. — Hauteur o m. 25, largeur o m. 20.

H I C Adquiescit

vrbI

Allmer et Dissard, Antiquités découvertes à Trion, p. 78.

Fragment.

Arcade XLV. — Fragment en pierre de Seyssel, présentant l'angle inférieur gauche d'une table bordée de moulures ; trouvé en 1885 aux fouilles de Trion. — Hauteur o m. 30, largeur o m. 22.

HEIC adquiescit Allmer et Dissard, Antiquités découvertes à Trion, p. 78.

Fragment.

Arcade XXXV. — Fragment en pierre de Seyssel, trouvé en février 1885 aux fouilles de Trion. — Hauteur o m. 27. largeur o m. 34. — Hauteur des lettres o m. 12.

co

Allmer et Dissard, Antiquités découvertes à Trion, p. 77.

Au dépôt. — Fragment incomplet de tous côtés, paraissant provenir d'une stèle; trouvé en mars 1885 aux fouilles de Trion. — Hauteur o m. 25, largeur o m. 20.

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