CL-SILVANVS PERPETVVS
QVINQVENNALIS INPEN
20 DIVM HVlVS ARAE REMIST
Le dernier 1 et le B de NVMIN1B à la troisième ligne, la dernière N et l'E de VATICINATIONE à la douzième, le dernier I et le T de REMISIT à l'avant-dernière, liés en monogrammes; l'I du chiffre XVI à la neuvième réduit à un très petit reste de son extrémité supérieure; le V de IVLIAS à son jambage droit; un accent peutêtre sur le second V de TAVRIBOLIVM, sur l'O de VATICINA- TIONE et sur l'O de RESTITVTO ; les deux premières lignes, la dixième et la moitié gauche de la onzième martelées à dessein dans l'antiquité.
De Boissieu, p. 31. — Comarmond, Description, p. 128, pi. 3; Notice, p. 144. — Monfalcon. Réédition de la Recherche de Spon. 1857, p. 354 et pi.; Musée lapididaire, p. 7, pi. 10. — Wilmanns, 120. — Dissard, Catalogue, p. 91.
Pro sainte Imperatoris M. Aurelii Commodi Antonini Augusii, numinibm Augusti totiusque domus divinae et situ coloniae Copiae Claudiae Augustae Lugudunensium, tauribolium fecerunt dendrophoti Luguduni consiste 11 tes , XVI kalendas julias , [Imp(eratore) M. Aur(elio) Coinniodo Anton ino I Aug(usto) Vï\, Marco Sur a Septimiano consulibus , ex vaticinatione Pusonii Juliani, archigalli ; sacerdote Aelio Castrense , iibicine Flavio Restituto. Honori omnium Claudius Silvanus, perpetuus quinquennalis, inpendium hujus arae remisit. — Locus datas decreto decurionum.
«, Pour la conservation de l'empereur Marc Aurèle Commode s.. Antonin Auguste, pour les divinités d'Auguste et de toute la <\ maison divine et pour le maintien de la colonie Copia Claudia « Augusta de Lyon, les dendrophores établis à Lyon ont fait un « taurobole le 16 des calendes de juillet, sous le consulat de « l'empereur Marc Aurèle Commode Antonin Auguste consul v, pour la sixième fois et de Marcus Sura Septimianus, d'après la « prophétie de l'archigalle Pusonius Julianus. Le prêtre officiant « a été Aelius Castrensis et le joueur de flûtes Flavius Restitutus. « Claudius Silvanus, quinquennal perpétuel (du collège des « dendrophores), a fait, à l'honneur de tous les membres de la « confrérie, la remise des frais de cet autel. — L'emplacement a « été donné par décret des décurions ».
La date indiquée par le consulat de Septimianus. qui répond à l'an 190, ne permet pas de douter que l'empereur en faveur de qui le taurobole a été célébré ne soit Commode. Ses noms ont été martelés dans l'antiquité en exécution d'un décret pris par le sénat au moment même de sa mort, dans une orageuse séance.
dont Lampride (Connu.. 18 à 20) nous a transmis les détails curieux empruntés par lui au livre, non venu jusqu'à nous, de l'historien Marius Maximus : « Que l'ennemi de la patrie soit
« privé de tout honneur ! Que l'ennemi de la patrie , le
« parricide, le gladiateur soit traîné au croc et mis en pièces dans
« le lieu où l'on traîne les cadavres des gladiateurs! Partout
« on voit les statues de l'ennemi, partout les statues du parricide,
« partout les statues du gladiateur : qu'on abatte partout les
« statues du gladiateur et du parricide! Qu'on abolisse jusqu'à
« la mémoire du parricide, du gladiateur! 11 faut abattre les
\< statues qu'a fait ériger de force en son honneur celui qui n'a « vécu que pour la perte des citoyens et pour son propre déshon-
« neur ; il faut les abattre partout où il s'en trouve. Il faut
\< effacer son nom de tous les monuments publics et particuliers... « On sait que par un ordre de Pertinax le corps de Commode échappa à l'opprobre d'être traîné au Tibre avec un croc et fut enterré nuitamment dans le premier tombeau qui se rencontra, d'où il fut, peu de temps après, transporté dans le mausolée d'Hadrien ; mais la volonté du sénat fut exécutée en ce qui concernait le renversement de ses statues et l'effacement de ses noms sur les monuments ; notre inscription en fournit la preuve par le martelage de ses noms aux deux endroits où ils avaient été gravés.
Commode ayant pris depuis l'an 183 le surnom de pins et depuis l'an 185 celui de felix, il se peut que ces surnoms aient figuré à la fin de la seconde ligne à la suite de l'abréviation Aug.; il faut toutefois remarquer que la place eût été insuffisante. Il se peut aussi qu'une première ligne, placée en tète de toute l'inscription sur l'attique ou sur le bandeau de la corniche, ait rappelé la dédicace à la Mère des dieux : Matri deum magnae.
Les numina Augusti totiusque donnas divinae mentionnés à la troisième ligne sont les numina de l'empereur régnant, c'est-à-dire Commode, et des membres de sa famille. La désignation de la
famille impériale par l'expression domus divina se rencontre déjà sous Marc Aurèle (Wilmanns, 2340) et même dès les premières années du règne de Claude (C. I. L., VII, n° 11). Une fable de Phèdre parle de la domus divina d'Auguste; mais c'est seulement à partir de Marc Aurèle et de Commode que cette expression devint d'usage habituel.
De même que le taurobole d'Antonin le Pieux, celui-ci a été fait à la fois pour la conservation de l'empereur et pour la prospérité, le maintien : situ, de la colonie de Lyon. La colonie est nommée ici avec tous ses noms : celui de Copia, reçu au moment de sa première fondation par ordre du sénat l'année qui suivit la mort de Jules César et conformément à l'usage républicain de donner aux colonies des noms de divinités; ceux de Claudia Augusta, reçus de Claude, né dans ses murs et son bienfaiteur par la construction d'un aqueduc qui peut-être nécessita un agrandissement de son territoire.
Ce sont les dendrophores établis à Lyon qui ont fait le sacrifice. Déjà c'est un dendrophore en même temps sévir augustal qui a fait le tauroble offert en 160 en faveur d'Antonin le Pieux. La procession dans laquelle les dendrophores portaient le pin sacré jouait un grand rôle dans les fêtes de la Mater magna. Elle se faisait à Rome le 22 mars. La tige de l'arbre était enveloppée de laine en souvenir de la laine avec laquelle la fille de Midas avait enveloppé la blessure d'Atis après que, dans un accès de frénésie furieuse, il se fût mutilé. Aux rameaux étaient suspendues des guirlandes et des couronnes de violettes (Arnobe, 5, 16; Marquardt, 6, p. 356, note 4).
La cérémonie a eu lieu le XVI des calendes de juillet (16 juin), non pas le XV (17 juin). L'extrémité supéreure de la barre d'unité qui termine le chiffre, bien que réduite à un très petit reste, est encore apparente d'une manière certaine et l'était davantage il y a peu d'années seulement, avant d'avoir été diminuée par l'action corrosive du désastreux lavage à l'acide qu'ont subi , sous la
gestion de Martin-Daussigny, la plupart des inscriptions du Musée.
Venait ensuite la date par les noms des consuls de l'année. Le martelage de la huitième ligne et de la partie de la neuvième qui s'étend jusqu'au mot SVRA inclusivement fait voir que les noms et titres de Commode remplissaient tout cet espace et que son collègue n'était désigné que par son surnom de Septimiaiius. Les mots MARCO SVRA, prénom et autre surnom de ce collègue, qui s'appelait de tous ses noms Marcus Pétronius Sura Septimianus, ont été gravés après coup sur la partie martelée de la neuvième ligne. Le consulat dont il s'agit répond à l'an 190. Commode était alors consul pour la sixième fois. On aperçoit sous les deux dernières lettres du mot SVRA et à leur suite des traces de la gravure primitive qui pourraient être le chiffre VI ou la conjonction ET. 11 reste aussi de la gravure primitive, au commencement de la huitième ligne, le groupe de lettres IMP, non entièrement effacé.
Le sacrifice a été fait sur le désir de la déesse communiqué par inspiration surnaturelle au chef de ses prêtres, l'archigalle Pusonius Julianus. Ce même Pusonius Julianus avait déjà, six ans auparavant, en 184, été l'intermédiaire des volontés de la Mère des dieux relativement à un taurobole célébré à Tain, sous le consulat de Lucius Eggius Marullus et de Cneus Papirius Aelianus, et, comme celui-ci, pour la conservation de Commode et la prospérité de la colonie de Lyon.
Outre le prêtre Aelius Castrensis qui a présidé et conduit la cérémonie, l'inscription nomme le joueur de flûtes Flavius Restituas; nous les retrouverons l'un et l'autre encore plusieurs fois.
Le texte ne dit pas expressément par qui a été reçu le taurobole; c'est vraisemblablement , ainsi que le pensait de Boissieu , par Claudius Silvanus le quinquennal perpétuel du collège des dendrophores, qui dit avoir « à l'honneur de tous fait remise des frais de « la dédicace de l'autel ». Il faut sans doute entendre par là que Silvanus aura reçu le taurobole au nom et à l'honneur de tous les
membres du collège et se sera chargé seul de la dépense de l'érection de l'autel commémoratif de la cérémonie.
L'autel s'élevait sur un lieu public où son emplacement avait été concédé gratuitement par un décret des décurions. Ce lieu public, comme déjà nous l'avons présumé à propos du taurobole offert pour Antonin le Pieux, était vraisemblablement le Forum.
TAVRIBOL1VM, forme connue par d'autres exemples.