DE LA
CITÉ DES LEMOVICES
PRÉFACE
L'épigraphie des Lemovices est assez pauvre. Cette cité n'a pas fourni, ou du moins on ne lui connaît pas d'inscriptions importantes comme en possèdent les cités voisines des Pictaves, des Petrucoriens et des Santons. Est-ce à dire qu'elle n'ait pas eu, sous la domination romaine, toute la splendeur que possédaient celles-ci ? Je ne le pense pas, mais, par indifférence ou pour d'autres causes, les témoignages écrits de son passé nous font défaut.
11 se peut que les Lemovices n'aient pas fait graver beaucoup d'inscriptions monumentales ; le granit de leur pays s'y prêtait assez mal. Il se peut aussi que celles qui ont été gravées aient disparu sous l'action des agents atmosphériques. Un fait digne de remarque, c'est que le granit,
PRÉFACE
tout dur qu'il est, se corrode beaucoup plus facilement que le calcaire. Toutes les inscriptions des Lemovices sont gravées sur le granit et sont à peu près complètement effacées. Mais une cause qui, plus que toute autre peut-être, a contribué à l'appauvrissement de l'épigraphie des Lemovices est l'indifférence que les habitants du pays paraissent avoir eue de tout temps pour les pierres à inscriptions. Tandis que dès le commencement du dix-septième siècle , Veyrel s'occupait de réunir les inscriptions de Saintes ; tandis que dès 1552 Vinet réclamait à Bordeaux « que par révérance de l'antiquité » les pierres fussent mises en lieu sûr, personne ne prenait soin des inscriptions de Limoges, aucune voix ne se faisait entendre pour les protéger.
A l'heure actuelle , l'ancien Augustoritum n'a même pas de musée épigraphique ! Il est sans doute louable de recueillir et de conserver précieusement les émaux et les faïences qui ont porté si haut la réputation artistique de la ville moderne, mais il le serait aussi de s'occuper des inscriptions antiques. Il ne faudrait pas que le présent fit totalement oublier le passé. Ainsi que l'a dit M. Palustre, dont je me plais à répéter les paroles, « si le premier mérite toute notre attention , on ne saurait méconnaître que le second ne soit digne de tous nos respects » (1).
Plus de soins sont apportés à la conservation des inscriptions qui ont été découvertes dans le département de la Creuse. Il existe un musée départemental à Guéret.
Pour le recueil d'inscriptions que je fais paraître aujourd'hui, j'ai suivi, à peu de chose près, le plan de publica-
(1) Bull, monum., 1877, p. 784.
PRÉFACE 3
tion de mon Epigraphie romaine du Poitou et de la Saintoncje. Au groupement par lieu d'origine, j'ai préféré le groupement par nature d'inscriptions. Les monuments perdus et les monuments apocryphes ont formé toutefois deux chapitres distincts. Leur nombre était beaucoup trop considérable pour qu'il me fût possible de les réunir aux monuments existants de même nature. J'ai compris, en outre, dans un chapitre spécial, d'abord quelques considérations générales sur les Lemoviees et les monuments qu'ils nous ont laissés, ensuite sur leurs voies romaines. Il m'a semblé qu'il y avait là comme le complément naturel, et presque indispensable , du recueil d'inscriptions que j'avais entrepris. On jugera de son opportunité.