DIPTYQUE CONSULAIRE
Trouvé à Limoges.
CE monument qui est fort dégradé par los I de hauteur, sur 4 pouces et demi de largeur,
injures de l'air, auxquelles il a demeuré long- Il représente le Consul assis dans sa Chaire
tems
eposé, est d'ivoire, et a 9 pouces et demi | Curule,et placé dans la loge qu'il occupoit
Sorti, on ne sait comment, des mains du « bourgeois de Limoges » qui le possédait au siècle dernier, ce feuillet de dyptique est au-
aux spectacles qu'il donnoit au Public. Cette loge est soutenue par deux colonnes d'ordre Corinthien, surmontées d'un fronton, dans l'angle duquel est une coquille ; on voit sur le piédestal de chaque colonne une petite Cariatide, posée sur une boule. On voit aussi la partie antérieure de la Chaire Curule où se remarquent deux têtes de lions ; de la tète de chacun de ces lions pend un anneau destiné sans doute pour passer les bâtons des porteurs.
Le Consul y paroît assis, revêtu des habillemens qui distinguoient sa dignité, en voici le détail.
Il a une première robe qui descend jusqu'aux talons ; les manches extrêmement justes sont arrêtées par les poignets, rien n'y ressemble mieux que les aubes dont les Prêtres se servent pour la Messe.
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Au-dessus de cette robe, il en a une seconda brodée qui laisse voir la première, étant un peu plus courte, et dont les manches ne descendant que jusques au coude, sont légèrement retroussées, et entr'ouvertes par le dessous. Sa troisième robe qui est appellée dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions fascia Consularis ou colobium ou subarmalis êioix de pourpre ; elle paroît chargée de Broderies, dont nous aurions dit quelque chose, si ces broderies n'étoient presque entièrement effacées. Elle est d'une seule pièce sans manches; et à peu près comme les chapes des Églises, à l'exception, 1° qu'il y a une pièce qui pend sur le devant, 2° qu'elle est croisée sur l'estomac, 3° qu'elle vient «'agrafer au dessous du bras droit, 4° qu'elle a une queue traînante qui paroît fort longue.
Cette queue est ramenée du côté droit sur les genoux du Consul, et suspendue sur son bras gauche qui est étendu, et porte le Scipio ou bâton de commandement, surmonté de l'aigle Romaine, et terminé par l'image de l'Empereur.
La main droite est élevée, et serre un rouleau ou petit bâton arrondi pai les bouts, qu'elle semble prête à jetter. On prétend que ce rouleau étoit une espèce de voile, mappa eircensis, destinée à donner le signal pour commencer les jeux, c'est ce qu'on ne sçauroit décider ; tout ce qu'on voit bien distinctement c'est que ce rouleau est plus gros aux deux extrémités que dans le milieu.
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Les traits du visage semblent annoncer un
jeune homme de 25 à 26 ans, sans barbe, les cheveux épais, bien peignés, ornés circulairement de deux rangs de boucles, de la forme à peu près des perruques des Ecclésiastiques, mais sans toupet, et tombant jusques ▼ers le milieu du front.
La chaussure, qui est plate et arrondie comme une mule du Palais, renferme le pied jusqu'audessus de la cheville, et est arrêtée sur le coudepied par deux espèces de rubans.
Au-dessus du fronton de la loge, à droite et à gauche, sont des médaillons où sont représentés un Empereur et une Impératrice, et dans le milieu de la partie supérieure est un troisième médaillon d'Empereur, sur lequel règne dans toute la largeur du diptyque une guirlande supportée par deux symboles de victoire, ou de fortune, dont les pieds sont sur uue boule, les aîles éployées, et qui sont vêtues comme les Lacédémoniennes.
Le tout est surmonté par l'inscription suivante :
PROCOP' anthem' ant' fil'
Procopius Anthemius Anthemii filius.
ce qui fait connoitre que le Consul représenté est Anthemius, dont le premier Consulat tombe à l'an 454, et qui fut Consul une seconde fois, et antépénultième Empereur d'Occident en 466 ou environ.
Des trois médaillons, le plus élevé, et dont la figure paroît la plus jeune, appartient à Va- Ientiniea III qui fut tué dans la même année Page 4.
454 par Maxime. Le second qui est sur la droite, et dont la figure paroît la plus âgée, appartient à l'Empereur Martien, dont le règne avoit commencé en 450, et le troisième qui lui est parallèle, sur la gauche, appartient à l'Impératrice Pulchérie sa femme.
Les visages de ces trois médaillons sont un peu détruits, les têtes sont également couronnées de deux rangs de perles, et leurs cheveux sont nattés.
Nous n'ajouterons que deux remarques, la première qu'Anthemius étoit fort jeune au tems de son premier Consulat qu'il exerça à Constantinople,
Conscenditque senumpuer ipse curulem, dit son Panégyriste (*).
La 2" qu'il dut son avancement à l'Empereur Martien qui lui avait fait épouser sa fille unique d'un premier mariage.
Nous ne croyons pas devoir en dire davantage sur l'explication de ce monument (+),
(*) Sidonias Apollinaris in Anthemii Panegyrico, vers. 208
C-|-) Bonarolti, sénateur do Borne, a publié un diptyque de Basile le jeune.
jourd'hui, sinon perdu, du moins entré dans quelque collection particulière où il reste dans l'obscurité. M. Héron de Villefosse, qui l'a décrit il y a peu d'années, a fait reproduire la gravure de M. Nivet-Fontaubert, en pensant que cette publication contribuerait à faire reconnaître le diptyque « si, comme il y a lieu de l'espérer, il n'a pas été détruit ».
Bibl. — Allou, Descript. des monum. des différents âges, p. 72. — Tripon, Historique monumental de Vancienne province du Limousin, p. 9 (avec une lithographie). — Texier, Rec. des inscript, du Limousin, p. 109. — Abbé Arrellot, Bull, de la Soc. arch. du Limousin, t. XXII, p. 204. — Nivet-Fontaurert, Bull, de laSoc. arch. du Limousin, t. XXIX, 1880, p. 387. — Héron de Villefosse, Gazette archéologique, t. IX, 1884, p. 120 (tiré à part), et Bull, archéol. du Comité des travaux historiques, 1884, p. 309 (tiré à part).
Allou et après lui l'abbé Texier ont reconnu dans le Procop(ius) Anthem(ius) de ce diptyque le consul qui fut en 455 le collègue de Valentinien III, et devint empereur douze ans plus tard. M. de Villefosse ne croit pas qu'il s'agisse de ce personnage.
« Il me parait difficile d'admettre, dit-il, que les deux groupes de lettres ant.fil représentent la suite des noms de ce consul ; s'il en était ainsi, il faudrait lire ANTonius et FiLoxenus, ou quelque chose d'analogue, ce qui me paraît improbable. J'aime mieux y voir l'indication de la filiation, quoiqu'elle ne soit pas indiquée sur les diptyques, et transcrire Amhemii Fihius. »
Il en résulte dès lors que ce diptyque ne peut pas être rapporté au consul de l'année 455, dont le père s'appelait Procope, et dont le grand-père maternel seulement, préfet du prétoire de 405 à 415, avait porté le nom d'Anthémius. Mais ce consul eut un fils, appelé Procope comme son grand-père, qui lutta contre Zénon (474 à 491), fut vaincu
et peut-être en avons-nous trop dit dam un des détails sur l'origine, l'Empire, les actions
tems où l'on marque tant d'indifférence (pour et les Loix d'Anthémius, nous donnerons ce
ne pas dire de mépris) pour les recherches qu'on trouve épars à ce sujet dans différens
de cette espèce. Si cependant on demande Auteurs.
par Hillus, se réfugia en Thraee auprès de Théodoric III, et paraît avoir été, en 515, sous le nom d'Anthémius, le collègue au consulat de Flavius Florentius.
S'il en était bien ainsi, il faudrait identifier YAnthemius dont il est question dans le diptyque de Limoges, avec le Procope, fils d'Anthémius, rentré en faveur à la mort de Zénon. Dans ce cas, d'après M. Héron de Villefosse, les deux bustes placés à la partie supérieure de la feuille d'ivoire seraient ceux de l'empereur Anastase et de l'impératrice Ariadne. Le troisième, qui les domine, pourrait être celui de l'empereur Anthémius.
Réduction à 1/2 d'un dessin de la collection Nivet-Fontaubert.
Descr. etHist. — Ce fragment de diptyque paraît avoir été découvert à Limoges, où il se trouvait au siècle dernier. M. Nivet-Fon-
taubert en possède une gravure sur laquelle on lit cette note manuscrite :
« Fragment d'un diptyque consulaire qui est chez M. Delépine, subdélégué [de l'intendance de Limoges]. 1773. »
Il fit partie de la collection de Janzé, fut vendu le 16 avril 1866, après la mort de cet antiquaire, et acquis alors 1.200 francs par un sieur Couvreur, marchand d'antiquités. Le catalogue de vente de la collection de Janzé l'indique, sous le n° 584, par la description sommaire : « Bas d'un diptyque consulaire représentant des jeux. »
Perdu pendant 18 ans, M. W. Frôhner l'a retrouvé à Rome, en 1884. Il faisait alors partie de la collection Castellani, dont la mise en vente devait se produire au mois d'avril, et on l'adjugea à un inconnu pour la somme de 770 francs. Le catalogue de vente de cette collection le décrivait ainsi :
« N° 580. Ivoire. Bas-relief rectangulaire représentant, en deux registres, des scènes du cirque. Dans le haut, deux amazones entrant dans l'arène en tenant chacune un cheval par la bride. Dans le bas, à gauche, un jongleur ; à la suite, un groupe d'acrobates ; à droite, un acteur tragique, s'appuyant sur un enfant. Travail du ve ou du VIe siècle. Hauteur, 105 millim. ; largeur, 130 millim. » (1).
Pour la quatrième fois, ce diptyque a dû sans doute entrer dans quelque collection particulière. Je n'ai pas d'autres détails à son sujet.
Bibl. — Westwood, A descriptive catalogue of the fictiie ivories in the South Kensington Muséum, withan account of the continental collections of classical and mediaeval ivories. Londres, 1876, in-8°, p. 21, n° 61 (photographié sur la planche de la p. 5). (D'après Artaud, dans Y Autel de Lyon, p. 24 et pl. VIII). — Héron de Villefosse, Feuille de diptyque consulaire conservée au musée du Louvre, dans Gazette archéologique, t. IX, 1884, p. 136 (tirage à part, p. 16), et Bull, archéol. du Comité des travaux historiques, 1884, p. 309 (tirage à part, p. 6).
(1) Collection Castellani, Catalogue des objets d'art antiques, du moyen-âge et de la renaissance . Rome, 1884, in-4.